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Contre la maladie de l'égalitarisme et du paritarisme : Lettre aux femmes modernes...

« Ne vous étonnez pas qu'un Vicaire du Christ vous adresse aussi la parole. Ne prenez pas ombrage si cette parole vous semble dure, par instants. Vous êtes plus de la moitié du genre humain, et vous avez aussi votre part de faute dans le  bouleversement  et  la  décomposition  du  monde. Cette faute ne pourra vous être pardonnée que si vous ne la niez pas (…).

 

« Je ne veux ni ne peux être rude avec vous. Je sais trop bien que les hommes vous ont, en paroles, louées à l'excès tout en vous dégradant en fait. Ils n'ont presque jamais su vous élever mais sont arrivés presque toujours à vous abaisser. Eve a été la première cause de la chute, mais elle a payé cher son péché. Non seulement elle a été bannie, elle aussi, de l'asile de félicité, mais elle a vu un de ses enfants abreuver la terre de son sang et son autre fils, le fratricide, errant et maudit à jamais ; elle a senti à côté d'elle, pendant toute sa vie, la souffrance angoissée et le silencieux reproche d'Adam. Quand les temps ont été révolus, Eve a été rachetée par Marie et nul de nous, chré­tiens, n'oubliera ce qu'il doit à la Vierge de Nazareth. Les femmes ont compris, servi, suivi Je Christ plus tendrement que les hommes ; elles ont eu le privilège d'être les premières à voir le Ressuscité. Aujourd'hui encore, vous êtes les plus fidèles autour de ses autels et il vous sera beaucoup pardonné parce que vous avez beaucoup aimé et beaucoup pleuré (…).

 

« Je connais les mille supplices auxquels vous soumet l'inconscient et brutal égoïsme des mâles (…).Les mâles ne vous demandent, d'habitude, que du service et de la volupté. Les plus innocents vous demandent d'incarner un de leurs rêves ; et, quand ils se réveillent, leur démon vous accuse de n'être pas des anges. Les impurs prétendent de vous la pureté, les faibles veulent de vous la force, les agités cherchent en vous la paix. Tantôt ils vous élèvent dans le ciel de la poésie, tantôt ils vous condamnent à l'enfer de la détestation et du déshonneur (…).

 

« En vérité, je l'affirme avec une tristesse infinie, vous avez collaboré à la ruine des hommes bien plus qu'à leur salut. Vos soifs d'opulence, de sécurité, de luxe, ont accru la fébrile cupidité des mâles, déjà bien trop enclins à la conquête de l'argent. Vous avez préféré les hommes opulents et puissants, et, pour se disputer les femmes les plus désirables, les hommes ont pour­suivi avec une fébrilité croissante la richesse et la suprématie — avec les résultats que chacun voit et sait (…).

 

« Le Christianisme vous avait mises très haut, il avait sanctifié le mariage, il avait institué en vous le senti­ment et l'habitude de la pudeur. Mais, dans des temps récents, beaucoup d'entre vous, trop d'entre vous ont oublié et dédaigné toute retenue, bafoué la pudicité et la virginité ; elles se sont prêtées docilement au rut de tous les fornicateurs. Les hommes font la chasse à l'homme pour le piller et pour le tuer ; vous, vous faites  la chasse à  l'homme pour  extorquer de  la renommée, des commodités, des dons et des faveurs. Si le nombre des femmes publiques a diminué, c'est uniquement parce que l'armée stipendiée des prosti­tuées clandestines, des concubines d'un jour, des maî­tresses  d'une heure — s'est  accrue  démesurément. Votre gloire, jadis, était d'être les lis des champs et les rosés du jardin fermé. Il n'y a pas puanteur pire que celle du lis pourri, de la rose putréfiée. C'est donc en partie votre faute si la terre pue, si elle empeste tous les jours davantage (…).

 

« Non contentes de vendre votre corps aux mâles, vous avez désiré et tenté de vous rendre semblables à eux. Votre mission sacrée, votre inégalable grandeur était la maternité, et vous avez multiplié les avortements criminels et la stérilité volontaire. Votre tâche était de faire des hommes et vous avez voulu devenir les singes des hommes. Votre royaume incontesté et légitime était la maison, mais vous avez envahi les bureaux et les usines, vous avez pénétré dans les tri­bunaux et dans les assemblées, vous n'avez même pas craint de descendre dans les arènes peu nettes de la, politique. Un des rôles les plus sublimes de la société humaine vous était assigné : le soin et l'éducation de vos fils, des futurs hommes. Trop souvent, vous les avez abandonnés à des mains mercenaires pour courir à des rendez-vous ou à des spectacles lascifs, à des matches d'athlètes, aux salles noires de l'art qui n'est malheureusement plus muet, aux jeux de toutes sortes, aux réunions publiques, à des danses qui ne sont pas toujours honnêtes, aux pièges cancaniers des salons du beau monde. Les femmes du peuple singent les mauvaises mœurs des femmes riches, les nobles s'encanaillent : toutes veulent imiter, de la liberté de leurs vices à la coupe de leurs vêtements, les mâles leurs maîtres. Les hommes qui avaient gardé encore pour vous quelques vestiges du respect des chevaliers anciens tant que vous viviez à l'écart dans la dignité des vierges ou des mères, ne voient plus désormais en vous que des rivales pétulantes et déplaisantes. Ils vous désirent, mais ne vous respectent pas, ils vous conquièrent, mais ne vous aiment pas ; ils vous crai­gnent, mais ne vous défendent pas. Vous avez tenté de vous soustraire à l'esclavage du mâle et vous êtes devenues plus qu'avant son jouet et son hochet ».

 

(Giovanni Papini, Lettre aux hommes du Pape Célestin VI).

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