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« Monseigneur Lefebvre ? On le poussera au schisme ! » (11)

La difficile Année 1972

Les délibérations du Conseil des professeurs, et les paroles de Mgr Lefebvre auraient dû rester strictement confidentielles, dans le cadre des professeurs. Mais des indiscrétions filtrèrent, notamment par M. l’Abbé Gottlieb.


Mon intervention aux déclarations de Mgr Lefebvre fut vite connue, et tomba dans les oreilles complaisantes de ceux qui étaient « pour la ligne dure », « pour la lutte à outrance » contre l’Eglise de France supposée hérétique, et dont certains se voyaient déjà les futurs Evêques restaurateurs de « l’Eglise de toujours » en France. Plusieurs avaient déjà (!) le Rituel de Consécration des Evêques.


La rentrée nombreuse du début d’octobre 1972 avait en effet apporté un changement très important dans l’état d’esprit serein et équilibré des deux premières années, avec notamment l’arrivée d’éléments plus âgés, durs, rigides, intransigeants. Il y avait un ancien militaire de carrière, Bernard Waltz, âgé de 43 ans, Jean-Claude Poulet, Jacques Seuillot, Donald Sanborn, Edward Black, un anglais venu avec les cheveux tombant sur les épaules. Mgr Lefebvre, ne voulant pas le faire, m’avait chargé, après plusieurs semaines, de lui demander de se les faire couper. « Jamais je ne vous pardonnerai ce que vous m’avez fait faire, j’ai fait un péché mortel contre la charité à cause de vous : c’est une atteinte à ma personne ! »  Et d’autres encore, dont j’ai oublié les noms mais pas les visages.


Il y avait aussi deux Allemands à propos desquels Mgr Lefebvre m’avait écrit le 12 mars 1972 : « Hier j’ai eu un entretien avec nos amis allemands que guidait le Professeur Lauth. Ils semblent en excellentes dispositions. Mais je leur ai demandé de venir à Ecône ». Il s’agissait de Franz Schmidberger, alors âgé de 25 ans, que Mgr Lefebvre avait déjà noté au nombre des inscrits, et de Klaus Wodsack, docteur en philosophie, âgé de 33 ans. Je les ai reçus longuement dans mon bureau, pour « faire le tri » ainsi qu'il m'appartenait de le faire pour chacun des candidats. J’entendis de leur part un long discours sur la « vacance du Siège Pontifical depuis Jean XXIII » ! Ils étaient en réalité tous deux sédévacantistes. Je dis à Mgr Lefebvre qu’il ne pouvait les accepter. Il me répondit : « Ils auront le temps de changer d’avis ».


Il y avait encore Richard Williamson, un Anglais, l'exemple typique de candidat qu'il me paraissait falloir écarter d’un séminaire, en raison de son manque d’équilibre. J’ai conservé les copies des interrogations écrites que je faisais alors régulièrement. C’était un moyen révélateur de l’état d’esprit et de l’état des connaissances de chaque sujet. Celui qui allait devenir Mgr Williamson  et se faire  mondialement connaître récemment, était un inconditionnel des « apparitions » de San Damiano, de Mamma Rosa. Il se rendait fréquemment en Italie et rapportait des jerrycans d’eau de San Damiano, pour les emmener en Angleterre aux vacances de Noël, afin d’assurer la protection de sa famille et de ses amis pendant les « événements à venir pour châtier le monde et l’Eglise hérétique ».


Il y avait enfin un Italien, M. Agostino Sanfratello, ami de Mgr Lefebvre, fondateur du mouvement « néo-fasciste » des « bonnets rouges » dont Mgr Lefebvre admirait la piété, la générosité et le courage, disait-il. Dès le premier contact, je ressentis un adversaire, un « dur », un meneur ; cela se voyait à son regard, à la force de ses affirmations. C’était, à n’en point douter, un homme qui avait reçu une formation certaine pour mener les gens.


Je découvris, au bout de quelques semaines, vers la fin de l’année, après les déclarations de Mgr Lefebvre et ma prise position contraire, que cet Agostino Sanfratello avait organisé, avec les encouragements de l’Abbé Gottlieb, des cours de « close combat », de karaté, pour apprendre aux séminaristes futurs prêtres à savoir se battre. Toujours avec l’aide et l’appui de l’Abbé Gottlieb, il faisait apprendre à nombre de séminaristes différents chants « révolutionnaires » (1) européens de droite. Le 1er novembre 1972, jour de la prise de soutane des nouveaux séminaristes, j’ai dû mettre fin avec autorité à un « concert de chants révolutionnaires », sur la vaste terrasse du séminaire, où s’étaient rassemblés nombre de séminaristes, et tous les amis « bonnets rouges italiens » d’Agostino, venus à cette occasion. Scandale ! J’avais osé ! - oui, sans l’ombre d’une hésitation.


De la sorte, je ne me faisais certes pas des amis. Et les indiscrétions sur la réponse que j’avais osé faire à Mgr Lefebvre ne firent qu’augmenter la tension, le durcissement que l’arrivée de ces nouveaux avait brusquement provoqué. Ce fut la « chasse aux sorcières ». Je fus même traité « d’hérétique, de progressiste » lors d’un de mes cours d’Introduction à la Bible, comme on le verra ci-dessous.


La situation se dégradait rapidement avec un durcissement qui ne laissait rien présager de bon pour l’avenir de la Fraternité. J’avais dit à Mgr Lefebvre que tous les « rossignols de la chrétienté » voudraient entrer au séminaire. Beaucoup y étaient en effet entrés. Il était de mon devoir de Directeur, les connaissant mieux que Mgr Lefebvre, souvent en tournée en France et dans le monde, de le tenir au courant. Je dressai alors une liste des personnes qu’il fallait ABSOLUMENT CONGEDIER pour l’avenir du séminaire et de la Fraternité : je lui demandai le départ de 50% des séminaristes. Pas sérieux, s’abstenir ! Les ambitions épiscopales de certains, les déclarations pompeuses : « quand nous rentrerons en France, nous convertirons les gens avec la Messe de Saint Pie V », les franges et les dentelles n'étaient pas des signes d’humilité, mais manifestaient, à mon avis, un manque d’équilibre, une notion erronée du Sacerdoce, l’ambition, et pas la recherche de la sainteté, de l’humilité requises pour être un prêtre de Jésus-Christ. D’autant plus que ceux qui semblaient les plus durs étaient aussi ceux qui manquaient le plus volontiers au règlement de vie du séminaire.


Avoir mon opposition à Mgr Lefebvre, qui ne rejetait pas la possibilité de consacrer des Evêques si les « choses devaient changer », une procession s’établit : pour aller se plaindre de la gestion du Directeur auprès de Mgr Lefebvre. Qu’allait faire le Prélat qui m'avait donné jusque-là toute sa confiance ?


Nous touchons là un point précédemment évoqué, dans l'article antérieur, du tempérament de Mgr Lefebvre, et qui, bien que peu connu ou passé sous silence,  éclaire beaucoup de choses : SA TENDANCE A SE LAISSER CONDUIRE VERS UN DURCISSEMENT VERS LEQUEL IL N’IRAIT PAS DE LUI-MÊME.

 

De fait, c'est le durcissement qui l'a emporté et qui, en quelque manière, ne pouvait pas ne pas l'emporter au regard de l'ensemble de ces circonstances.

(à suivre)

Mgr J. Masson

_______________
(1) L'expérience montrant, selon des remarques qui m'ont été adressées, que le langage ne suffit pas toujours à se faire entendre, il me faut préciser que le mot "révolutionnaires" est bien mis ici entre guillemets et que ce n'est pas un hasard. Cela signifie, dans le langage commun, que c'est une citation. Le mot "révolutionnaires" n'est pas de moi. Il était utilisé par Agostino Sanfratello, l'Abbé Gottlieb et leurs amis pour parler des chants en question. C'était leur langage. Ils parlaient de "chants révolutionnaires royalistes européens". C'est ainsi,  et c'est la vérité. Je ne peux pas dire les choses autrement, à seul dessein de faire plaisir aux personnes que cela dérangerait.
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P

si cela a du sens, cela rétablit l'équilibre.. d'ailleurs qui peut dire qu'il a été tout le temps fidèle au pape et à Rome humm... ! il faut savoir être honnête.


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C

Oui, tout ça est vrai, ou bien joli, ce n'est pas ce qui est en question. Personne ne fait ou ne prétend faire le procès personnel de Mgr Lefebvre pour dire s'il est au ciel ou non, ça n'a pas de
sens.


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P

Et puis j'ajouterai, si j'avais à plaider sa cause le jour du Jugement c'est volontiers que je le ferai. Grâce à lui ce sont des milliers de fidèles qui ont retrouvé le chemin de l'Eglise en
pleine  débâcle. Grâce à lui, grâce à Mgr Masson, j'ai suivi le courant, grâce à eux sans doute j'ai acquis tout ce que j'ai appris et que je n'aurais jamais appris ailleurs. Grâce à eux à 57
ans; voilà je pense avoir la foi et être fidèle toujours à Rome et à son successeur.....
un peu un témoignage de quelqu'un qui a pris quand même de la bouteille..
c'est cela aussi la justice.




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P

Mgr a toujours voulu faire aimer l'Eglise, la Vierge, la Messe, ..; je ne pense pas que l'enfer soit pavé de ces intentions là. je pense que Mgr Lefebvre en est un...
"et nul ne peut ravir à cette Mère les élus que Dieu a constitués ses enfants. dit dom
Roy.
Rendons à chacun ce qui lui est dû. le reste ne nous appartient pas.


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P

... je ne parle pas des conclusions je parle du caractère. Si je peux comparer les deux sans témérité aucune les deux traits de caractère. Quand il s'agit des choses de Dieu je trouve cela très
beau. L'erreur est humaine surtout dans ce contexte, il ne m'appartient pas de juger du salut de Monseigneur Lefebvre qui a dû avoir sa miséricorde. Il a été trompé. C'est ce que ne cesse de dire
Mgr Masson... abusé de son entourage. Mais je pense que ce sont des gens qui avaient la foi et pour cela c'est un témoignage, un courage pour moi. Si j'avais autant d'audace !
même au risque de me tromper et je me suis aussi trompé et bien planté.
Dieu jugera.


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