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L'assassinat d'Antoine Ghanem, le Liban et le message des évêques maronites

drapeau-liban-deuil.jpgI.-    Le Liban est à nouveau endeuillé, par l’assassinat à Sin-el-Fil [Beyrouth], d’Antoine Ghanem (1943-2007), tué en même temps que quatre autres personnes. Ce député chrétien maronite de Baabda, du parti Kataëb, était avocat et professeur de droit à l’Université libanaise. Il avait lui-même fait une partie de ses études à Lyon. Il était de ces politiciens courageux qui se sont opposés à l’hégémonie de la Syrie et de ses alliés au Liban. Nous présentons ici toutes nos condoléances à sa famille.

Après tant d’années de guerre, tant de souffrances, tant de déchirures dans le tissu social et les familles, certains courants politiques et certaines puissances régionales semblent vouloir tout faire pour que ce pays ne retrouve pas de stabilité institutionnelle. Le vide, le chaos est l’humus où ils entendent prospérer et imposer leur loi, directement ou indirectement, par la violence. A l’évidence, des Libanais eux-mêmes sont complices de cette subversion, à des degrés divers. M. Amine Gemayel, ancien président de la République libanaise et chef du parti Kataëb, tout en appelant ses concitoyens à la modération et à la prière, a fustigé le comportement de ceux qui ne cessent de critiquer l’Etat et qui, cependant, « continuent à paralyser le gouvernement, le Parlement, les institutions de l’État et l’économie ».

L’enjeu de ce que L’Orient-le-Jour appelle « le sanglant décompte », qui porte aujourd’hui à dix le nombre des personnalités anti-syriennes assassinées depuis l’assassinat de Marwan Hamadé, le 1er octobre 2004, est pour l’heure celui de la prochaine échéance électorale, par laquelle doit bientôt être désigné le président de la République. Il s’agit de frapper de peur les opposants anti-syriens et de diminuer physiquement leur nombre, comme l’a souligné le chef du PSP, M. Walid Joumblatt : « C’est un rituel macabre, et le décompte l’est tout autant ; le calcul machiavélique du régime syrien consiste à réduire un par un la majorité parlementaire à la veille de l’élection présidentielle. Il faut tenir, nous n’avons pas le choix ».

 
II.-     Là comme ailleurs, l’Eglise et les chrétiens, avec d’autres, restent debout pour s’opposer à cette barbarie de toute leur voix. Voici la déclaration qui a été rendue publique hier par les évêques maronites du Liban, réunis autour du patriarche Nasrallah Sfeir, et dont nous empruntons la citation à l’Orient-le-Jour [Ici]. Elle constitue un exemple de la sollicitude pressante de l’Eglise pour le bien commun de la cité.

« Notre appel cette année émane d’un cœur blessé, en raison de la situation à laquelle est parvenu notre pays. Celui-ci se trouve désormais au bord du gouffre du fait des crises et des catastrophes qui l’ont secoué (…).

« Nous gardons toutefois l’espoir que ses fils sauront faire preuve d’éveil et se rendront compte à quel point ils sont arrivés, et cela afin de se retrouver à nouveau et de joindre leurs efforts pour sauver un pays qui ne peut l’être que par eux. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Il est vain de regarder à droite et à gauche, à l’Est ou à l’Ouest. Nous ne trouverons ce que nous recherchons que sur la terre qui nous a vus naître.


« 1 - Une échéance cruciale

« Le Liban fait face aujourd’hui à une échéance cruciale, l’élection d’un président de la République. Le sort de la nation libanaise dépend du bon choix qui sera fait. Le Liban ne pourrait renaître que dans un climat de coopération entre son président, son gouvernement et son Parlement.

« Mais il souffre aujourd’hui de la difficulté de parvenir à un accord sur le choix d’un bon citoyen prêt à agir pour sauver le pays des périls qui le menacent. Les candidats sont nombreux à la première magistrature et les détracteurs de chacun d’eux le sont aussi, au seul énoncé du nom (…).

« Il est souhaitable que soit élu un président qui rassemble les Libanais de toutes les catégories, un homme d’expérience, un politique chevronné, capable de prendre ses décisions par lui-même, imposant le prestige de l’État et œuvrant à étendre son pouvoir sur l’ensemble des citoyens.

« Il sera de son devoir de savoir qu’il a été élu pour réaliser les aspirations du peuple libanais, non pour satisfaire les ambitions et les souhaits de telle ou telle personne, État, fraction ou catégorie de gens.

« Le président de la Chambre a lancé une initiative visant à un accord sur le choix d’un président de la République faisant l’unanimité des Libanais autour de son nom. Nous espérons que cette initiative sera couronnée de succès.

« Il est du devoir des honorables députés de prendre part à la séance électorale, de par la responsabilité qu’ils ont envers la patrie et leurs compatriotes. Le renoncement dans ce domaine est synonyme de boycottage de la nation. Or nul, quel qu’il soit et quelle que soit la position qu’il occupe, n’est en mesure de boycotter sa nation et contribuer à entraver ses affaires.


« 2 - L’émigration massive et ses causes

« Si l’échéance présidentielle n’a pas lieu, le destin du pays sera obscur. Cela inquiète les Libanais et suscite leur colère. Ce sont les dirigeants et les hommes politiques qui devront assumer cette responsabilité devant Dieu, devant la conscience et devant l’histoire. Cette vision pessimiste a porté et porte encore de nombreux citoyens à émigrer à la recherche de la tranquillité sur une terre où ils peuvent retrouver la sécurité et le repos de l’esprit.

« On dit que près d’un million de Libanais de toutes confessions ont quitté le Liban, soit pour trouver un gagne-pain, soit par dégoût de la situation, soit par désespoir face à une situation qui ne fait qu’empirer depuis deux ans. La plupart des Libanais craignent que leur situation n’empire à l’instar de celle des autres qui ont pris la fuite.

« Auparavant, l’émigration était individuelle et se limitait à certains membres d’une même famille. À présent, c’est toute la famille qui s’en va (…). L’émigration vers les pays arabes peut n’être que provisoire, mais ceux qui partent loin, vers l’Australie, le Canada et les États-Unis ne reviennent pas.

« a. Les causes de l’émigration sont nombreuses, la principale étant la raréfaction des opportunités d’emploi qui touche notamment les jeunes, porteurs dans leur majorité de diplômes universitaires. Dans tous les pays, la fuite des cerveaux n’est pas seulement une grande perte, c’est une perte mortelle. »

« b. La situation générale, qui n’incite pas à la tranquillité, poussant de nombreux Libanais, y compris des députés et des responsables, à quitter le pays pour l’Europe ou pour certains pays arabes à la recherche de la sécurité et de crainte d’assassinats. Il suffit de constater que depuis 2004, il y a eu au Liban quatorze assassinats ou tentatives d’assassinats, et quatre personnes visées en ont réchappé. Le Liban n’avait pas connu un tel phénomène au cours des trente dernières années, en dépit des catastrophes survenues sur son territoire (…).

« c. La récession économique que le Liban traverse, notamment la capitale, et la fermeture des magasins et des établissements de tourisme, y compris des hôtels, des restaurants et des cafés du fait du sit-in du centre-ville, qui a incité leurs propriétaires à transférer leurs activités dans certains pays arabes en attendant d’aller encore plus loin.

« Les touristes se sont abstenus de venir au Liban, surtout en été, et comment en serait-il autrement après les attentats qui touchent à la vie des habitants.

« d. Les guerres qui se sont déroulées en juillet-août 2006 et cette année-ci à Nahr el-Bared. On estimait que cette dernière ne durerait pas plus d’une semaine, elle s’est prolongée pendant plus de trois mois et a causé des pertes énormes dans les rangs de l’armée libanaise, sans toutefois et heureusement porter atteinte à sa disponibilité, sa discipline et sa détermination

 « e. Les divergences entre les hommes politiques et leurs interminables polémiques. Les divergences touchent à des questions cruciales portant sur des choix fondamentaux pour la patrie. Ou bien la patrie sera souveraine, libre et indépendante, ou bien elle sera dépendante de l’étranger. Nous avons vu où la dépendance que nous avions connue durant plus d’un quart de siècle nous avait menés. Or au lieu de nous jeter sur nos problèmes avec objectivité et sincérité, nous continuons à prêter l’oreille à tel ou tel pays et à nous précipiter pour agir selon sa volonté. Nous ignorons ainsi que personne au monde ne préfère l’intérêt d’autrui au sien propre et nous sommes heureux des armes et de l’argent qu’ils nous fournissent pour nous entretuer.

« C’est pourquoi il nous faut ouvrir bien nos yeux et voir en face les dangers qui nous menacent à présent que le pays est arrivé au bord de la faillite et que sa dette a dépassé les 40 milliards de dollars, pendant que de nombreux Libanais intéressés continuent à se livrer à des procès vaseux.

« À cet égard, il faut noter que la tonalité des discours a atteint ces derniers temps des niveaux que les Libanais ne connaissaient pas auparavant, une tonalité brutale pleine de mépris pour l’autre. Qui ne se respecte pas lui-même ne peut s’attendre à ce que les gens le respectent.


« 3. Où est le remède ?

« Si chaque grande communauté tente d’asseoir son hégémonie sur les autres avec les armes qu’elle possède et l’argent qu’elle reçoit, quelle que soit son origine, et étendre son pouvoir par la force et la terreur sur ses compatriotes, nous ne voyons alors aucun remède à ce mal. »

« Il existe au Liban dix-huit communautés censées coexister sur un pied d’égalité devant la loi dans un climat de solidarité, de concorde et de fraternité (…).

« Mais comment parvenir à ce climat de tranquillité et de confiance pour tous les Libanais tant que telle ou telle fraction continue à amasser les armes et à mobiliser les combattants et les entraîner au combat ; tant qu’elle se taille quasiment un émirat dans lequel elle exerce le monopole et interdit à quiconque veut y pénétrer de faire ce qu’il entend ; tant qu’elle ne tient pas compte des autres, ni de l’État en place; et tant qu’elle importe ce qu’elle désire de marchandises sans contrôle, qu’elles soient interdites ou pas, comme s’il n’existait pas de douanes surveillant ce qui entre dans le pays. Il ne fait pas de doute que tout cela fait peser (sur le pays) la menace d’une dangereuse dislocation et de la création de mini-États en guerre entre eux sur les ruines de la patrie unique.

« Le remède est que chacun d’entre nous revienne à sa conscience et à son patriotisme (…) pour édifier notre patrie commune, unique en son genre au monde. Ainsi que l’avait dit de lui Jean-Paul II et qui continue à résonner dans tous les esprits, le Liban est le message de l’Orient et de l’Occident. Il est un message de liberté et de coexistence entre chrétiens et musulmans (…).


« 4 - Édifions une patrie

« Les nations se nourrissent et prospèrent des sacrifices de leurs fils. Nous remercions le Ciel que l’armée libanaise se soit montrée plus solide que jamais et que ses officiers et ses soldats aient affronté la mort avec courage et détermination. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, l’armée avait dû affronter plusieurs incidents qui avaient conduit à sa division. Cette fois-ci, elle a tenu face à l’épreuve. Nous en félicitons son commandant, ses officiers et ses soldats.

« La nation a besoin de tous ses fils. Les forts doivent y aider les faibles, les riches tendre la main aux pauvres, les sains assister les malades et les handicapés, surtout en ces jours difficiles qui voient la masse des gens vivre dans des conditions dures.

« Il faut que l’on ait à l’esprit que la nation a besoin de tous ses citoyens. Si chaque groupe pense fonder une patrie indépendante des autres, il ne restera plus de nation digne de ce nom.


« 5 - Les exigences de cette phase de l’histoire du Liban

« Nous vivons aujourd’hui une période difficile qui nécessite beaucoup de sagesse et de capacité de vision. Nous espérons que tous les responsables s’élèveront au niveau des exigences du moment et que nul d’entre eux ne recherchera son intérêt particulier. Nous devons tous rechercher à travers un dialogue franc l’intérêt commun du pays. Nous devons tous savoir que le Liban est trop petit pour être divisé et que la Providence nous impose de vivre ensemble sur un pied d’égalité devant la loi (…).

« Nous ne devons pas regarder notre patrie avec pessimisme, malgré tous les problèmes dont elle souffre, alors que le monde entier le regarde avec optimisme et appréciation (…).


« Conclusion

« Le Liban est notre patrie. Nos fils et nos aïeux y reposent (…). Il n’est pas permis que nos mains le défigurent, déchirent l’unité de ses fils et portent atteinte à son passé glorieux et son avenir prometteur.

« En conclusion, nous appelons tous les Libanais à s’en remettre à Dieu auquel nous croyons tous, chacun à sa manière, et à lui demander de retirer de leur cœur toute haine et amertume et à y placer en échange la concorde (…) ».

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E
Maginifique message. Prions pour le Liban.
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