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Madame Dati ou les grandeurs et servitudes de la parité

    On le sait, mieux, on le croit : s’il y avait plus de femmes en politique, les choses iraient nécessairement, mécaniquement, automatiquement, par principe, bien mieux en tous domaines, tant leur approche des problèmes et leurs méthodes sont supposées être naturellement différentes et meilleures. Pourtant, Mme Thatcher, ne nous a pas montré la naturelle tendresse des femmes, ni Mme Condoliza Rice leur indéfectible amour de la paix et du genre humain, ni Mme Dufoix, leur sens immanent des responsabilités, ni Mmes Ciller, Pinochet, Marcos et Cresson, leur automatique intégrité. Il faut donc s’y résoudre : les femmes politiques sont – malheureusement – des hommes comme les autres.

Si une plus grande participation des femmes à la chose publique paraît souhaitable, on ne peut qu’être effrayés par l’idéologie paritariste, parce que c’en est bien une. C’est parce que des femmes ont des compétences plus grandes que celles de certains hommes, en telles circonstances, qu’elles doivent être présentées à tel poste ou au suffrage à leur place, pas parce qu’elles sont des femmes, sauf à pratiquer un sexisme inversé, tout aussi irrationnel et ridicule que celui auquel il est opposé. Qu'on veuille bien nous permettre ici d'en rire un peu.

    Il n’est pas assuré que Mme Dati, puisqu’en l'occurrence il s’agit d’elle, soit en train d’apporter la preuve de ce que les femmes portées au pouvoir soient, en quelque sorte par nature, toujours préoccupées de principes, d’humanité et de finesse dans l’action.

On sait qu’elle est le premier ministre – et qui plus est, premier Garde des Sceaux, fonction ô combien prestigieuse – à perdre la majorité des membres de son cabinet, dont les principaux, en l'espace de quelques mois… Les critiques, naturellement, ont fusé de toutes parts. D'aucuns, qui font mine de  s’indigner de ces dernières, parlent de réactions machistes, voire racistes, et fustigent le départ de ces personnes qui n’auraient pas compris le poste pour lequel elles avaient été sollicitées, ou le nom de leur futur patron. Mme Dati serait, tenons-nous bien, c’est sérieux, « la victime d’une élite blanche »  (cf. Nouvel Observateur [Ici]), comme l'angine du même nom. Diable…Il semble cependant que son caractère, sa façon autoritaire de gérer les dossiers, voire peut-être son mépris des subalternes soient davantage la cause de ce petit séisme qui l’a même exposée à la menace d’une démission collective de son cabinet.

Plus raisonnablement, d’autres s’interrogent sur sa turbulente parentèle, même si Mme Dati n’est évidemment ni comptable, ni responsable des déboires judiciaires de ses deux chers frères. Il n’est cependant pas absurde de se poser la question : était-elle la mieux placée pour occuper le poste de Garde des Sceaux et présenter – au hasard – une loi sur la récidive ? Le citoyen de base, bien qu'il ait mauvais esprit, ne saurait évidemment imaginer que des pressions judicieuses puissent être exercées pour aider un proche en proie à des difficultés imméritées et à des sanctions excessives. Néanmoins, les pressions exercées par Mme Dati depuis son entrée en fonction sur le monde judiciaire, sans grande nuance ni respect pour les principes institutionnels ou les personnes, ne sont pas faites pour rassurer.

    D
ernière histoire en date, dans une liste qui s’allonge, la mutation forcée du procureur général d’Agen, prié par la ministre (-esse, -euse, au choix, on s'y perd), à 8 mois de la retraite et après 10 ans de demandes infructueuses, de libérer la place (Le Point [Ici]) au nom… de la parité et de son trop long séjour en fonction. Heureusement, le Conseil supérieur de la magistrature a été saisi. La caporalisation des magistrats aux humeurs du ministre en dit assez long sur le respect des institutions, du mérite et de la compétence ! On ne sait trop ce qui doit le plus surprendre, de ce mépris ou de l’indiscrétion tapageuse avec lequel il est manifesté. Un magistrat nous confiait récemment – mais c’est vrai que ces gens, c’est connu, sont des frondeurs, des anarchistes et des sexistes impénitents – qu’il s’étonnait de ce que Dame Dati n’ait pas encore cru devoir démissionner de sa charge, en considération à la fois de son contexte familial chargé et de son incompétence fraîchement acquise.


On peut aussi rappeler le cas du vice-procureur de Nancy, menacé par le ministre de sanctions pour avoir dit en audience ce qu’il pensait d’une loi qu’il voulait appliquer avec discernement (cf. Rue89 [Ici]). Il est pourtant de principe (immémorial et fondamental !) que pour le parquet, si la plume est serve, la parole est libre. Plus aujourd’hui, apparemment, eu égard aux oukazes de Madame le Garde (la Garde, ou La Gardère, comme vous voulez).


    En dépit de ces critiques nourries, il faudra pourtant, idéologie oblige, se convaincre de cette consolante réalité : Dame Dati est une dame, ce qui constitue à soi seul, dans l’air du temps, et selon le vocabulaire d’usage, un « plus ». Un plus ? C’est-à-dire, selon le Littré, « une plus grande quantité ». Si vous ne savez pas de quoi, c’est que vous n’y entendez rien, à l’évidence. Le même dictionnaire ajoute que plus sert « de régime direct à un verbe ». Etonnant : Mme Dati est directe, sans nul doute, au service du verbe élyséen.

Car si l’on en croit les mauvaises langues, outre que Mme Dati est une femme, et probablement parce qu’elle l’est, elle a ce « plus » aussi d’avoir, paraît-il, des liens privilégiés avec le Président. Evidemment, ces liens sont étrangers au poste qu’elle occupe. Tout sportif accompli de télévision sur canapé a d’ailleurs pu observer, samedi soir, non sans étonnement, en regardant le match France-Nouvelle-Zélande, que Mme Dati était présente auprès de M. Sarkozy dans les tribunes. Ce n’était pas assez qu’un Président de la République et un premier ministre se crussent obligés d’assister (en notre nom ?) à la grande fête (ah, la joie du Président, sautillant dans la tribune, qu’elle était belle et fraîche à voir !). Il y fallait un ministre de la justice. Dame, et après tout, et pourquoi pas ? Dans un match, il y a bien des juges de touches. Pour ne s’en tenir qu’aux juges, il était donc convenable qu’il y eût aussi une ministresse de la justice pour les tenir en surveillance, avec ce plus si tendre de son regard de femme.C'est ce que l'on appelle aujourd'hui, avec un air convaincu et satisfait : faire de la politique autrement.

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P.S. (rien à voir avec le PS, mais c’est un PS quand même) : Une personne bien informée, à laquelle son poste à la Chancellerie ne permet pas de sortir des ombres froides de l’anonymat (mais on la dit proche de la sortie), nous apporte cette information sur un projet de réforme majeur. La parité constituant "quelque part" un impératif démocratique "au quotidien" et une exigence des droits de l’ho… enfin, un droit fondamental, et les promotions de l’Ecole Nationale de la Magistrature étant majoritairement composées de femmes, le concours d’entrée à ladite Ecole serait (serait... ce n’est qu’un bruit qui court : ne nous faites pas dire ce que nous ne disons pas), pour les trois prochaines années, interdit aux femmes de sexe féminin. Cette mesure aurait pour objet de rééquilibrer, comme dirait Mme Royal – autre gratification de la mixité laïque, gratuite (ô combien!) et obligatoire – la sexitude de la profession judiciaire.

Dans le même ordre, et pour parachever cette réforme volontariste à laquelle le Président serait lui-même, dit-on, très attaché, le port général d’un tailleur gris, sobre, de bon aloi, serait substitué pour tous les magistrat(e)s à celui de la robe, dont les blessantes connotations antiparitaires sont par trop manifestes.

Qu'on se le dise : la réforme des institutions est en marche !

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B
C'est vrai qu'autant de cafouillages ca fait désordre : surtout couvert par un Président enfin aussi dynamique et direct. Cordialement.
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