26 Octobre 2007
L’Eglise catholique, unie à ses fils et filles d’Espagne [cf.] va bientôt célébrer, dimanche prochain (28 octobre 2007), la béatification de 498 martyrs.
La période considérée (1934-1939) ne couvre pas seulement les événements de la guerre d’Espagne elle-même, mais également toute la persécution religieuse qui s’est abattue sur l’Eglise espagnole dans les années trente, et qui a fait des milliers de martyrs - la Conférence épiscopale parle de 10.000.
Ce n’est pas la première fois que de telles béatifications ont lieu.
Entre 1987 et 2005, pas moins de 477 personnes de toutes conditions, prêtres, religieu(ses) ou laïques ont été béatifiés ou parfois canonisés. Le 11 mars 2003, le pape Jean-Paul II en a béatifié 233. Ces hommes et ces femmes ont, pour la plupart, été massacrés pendant la guerre civile. A l’heure actuelle, l'Eglise a prononcé la canonisation de 11 martyrs du vingtième siècle en Espagne. La cause de 863 martyrs est encore pendante à Rome, sans compter celles qui sont examinées ici et là dans les diocèses. A ces causes doivent être ajoutés, pour mémoire – à tous points de vue – les milliers de personnes qui ont été sacrifiées, qui jouissent de la “fama de martirio”, mais qui ne sont pas (ou pas encore) l’objet de telles informations canoniques.Ces chiffres considérables attestent à la fois la violence inouïe de la haine antichrétienne de cette période - que l'antifranquisme obligé de la Pensée Pure se hâte de masquer - et l’importance que l’Eglise entend donner au témoignage chrétien qui lui a été opposé. Les prochaines béatifications interviennent, ce n’est sans doute pas un hasard, dans un contexte où l’Eglise d’Espagne affronte de graves difficultés de la part du gouvernement socialiste en place.
Parmi les nouveaux béatifiés, la plupart sont des religieux (462), ce qui est également significatif. On compte 24 prêtres diocésains, 7 laïcs, 1 diacre et 1 sous-diacre, 1 séminariste et 2 évêques, ceux de Cuenca et de Ciudad Real.
Pratiquement tous les évêques espagnols seront à Rome ce dimanche, accompagnés de milliers de prêtres. Nombre d'entre eux ont écrit à leurs diocésains à cette occasion exceptionnelle. Voici quelques extraits d'un texte du cardinal archevêque de Tolède :« (…) Unissons-nous avec dévotion et remerciement à cette béatification de ces martyrs, qui ont donné leur vie pour Jésus-Christ comme témoignage suprême de la vérité de l'Evangile et de la foi. Le martyre est un don de Dieu très précieux qu'il est nécessaire d'apprécier en tout son sens. Notre société moderne, permissive et relativiste, tend à rendre archaïque et désuet le fait et la grandeur du martyre. Les chrétiens eux-mêmes paraissent avoir perdu toute disponibilité et même toute sensibilité à l’égard du martyre. Pourtant, c'est le témoignage suprême de la vérité de Dieu et de la vérité de l'homme.
Il est le signe et la preuve, le témoignage diaphane de ce que Dieu est Dieu, unique nécessaire, au-dessus de tout (…) que Lui seul suffit, qu'il est, en vérité, Amour, source inépuisable de tout amour. Le martyre est le témoignage courageux et certain que le Christ vit, règne et qu’il nous sauve, que son salut, sa vie et son amour valent plus que tout, sont le trésor auquel rien ne peut être comparé. (…) [Les martyrs de la guerre de 36] ont été et sont une force de la vie chrétienne jusqu’à l’extrême de l’Amour, des témoins singuliers du Dieu vivant qui est Amour dans la vie des hommes. Ils “sont feu, lumière, renoncement à tous les égoïsmes, splendide manifestation de vie d’abandon à Dieu pour les causes les plus nobles qui peuvent être données : celle du triomphe du Christ dans la société” (Cardinal Marcelo González), celle du triomphe de l'amour sur la haine, du pardon sur la vengeance, de la paix sur la guerre. Conserver et vivre la mémoire des martyrs est un devoir du chrétien.
Ils ont été les fruits les plus insignes de l’Eglise au XXème siècle, ses fils plus illustres, les sommets les plus hauts de l'humanité dans nos terres depuis de nombreuses années, le meilleur de nos peuples. A l’approche de à ces béatifications “le cœur s'élargit, et l’on se dit... Quelle Eglise ! Quelle Mère si féconde, pour engendrer, à tout moment de l'histoire, de tels enfants ! Quelle force porte en elle l'Eglise du Seigneur pour être si parfaitement capable pour réaliser cela : que tant de ses enfants aiment le Seigneur et le dépôt de la foi confié à l'Eglise au point de verser leur sang” (Cardinal Marcelo González).
Il y a un aspect inoubliable dans ces martyrs, dans nos martyrs, c'est qu'ils sont bienheureux parce qu'ils ont travaillé pour la paix. Nos martyrs, en effet, “sont les insignes collaborateurs de la paix. Parce que, à tout moment, ils ont servi, d’abord par leur apostolat, puis par la générosité avec laquelle ils se sont livrés à la grandeur de la coexistence humaine : parce qu'ils sont morts en pardonnant, non en haïssant” (Cardinal Marcelo González), sans qu'il y ait un seul cas d'apostasie de la foi en Dieu qui est Amour, et de Jésus-Christ, Roi et Seigneur de tout et de tous. Ils ont été, et sont, pour tous, des exemples indéniables et émouvants de personnes d'amour et de miséricorde, capables de pardonner et de mourir en pardonnant comme le fit leur unique Seigneur. Ils sont aujourd'hui et seront toujours une mémoire vivante, un appel et un signe, la garantie d'une réconciliation profonde et véritable, qui nous trace définitivement, pour l’avenir, une voie à suivre : une voie de paix, de solidarité, d'amour et d'unité inébranlable entre tous les Espagnols (… ) » (cf.).
Antonio Cañizares Llovera
Cardinal Archevêque de Tolède
Primat d’Espagne
L'équipe d'HERMAS s'unit profondément à cet événement dans la prière, comptant qu'il constituera une source surabondante de grâces pour l'Espagne, pour ses habitants, chrétiens ou non, et en particulier pour ses gouvernants.