26 Octobre 2007
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A l'approche de la béatification des martyrs espagnols, nous ne résistons pas au plaisir de vous faire connaître l'exemple d'une personne qui a donné sa vie pour le Christ. Cet exemple est "exemplaire" - si l'on peut dire - à bien des égards. C'est une personne qui, à notre connaissance, n'est pas du nombre de ceux qui vont être béatifiés ou l'ont été. Elle fait partie de cette légion d'hommes et de femmes qui ont pourtant la "réputation de martyrs" pour la mort qui leur a été infligée en cette période de persécution antichrétienne des années trente. Elle "appartient" au diocèse d'Albacete, ville où s'est notamment illustré le tristement célèbre André Marty. Cette personne, comme tant d'autres, n'a été tuée que parce qu'elle était chrétienne.
C'est un jeune homme, un laïc. Un chrétien qui ne différait peut-être pas beaucoup de ce que beaucoup d'entre nous peuvent être lorsqu'ils ont compris que la foi aimante est la première valeur de leur vie, avant toute réussite mondaine, et qui se livrent autour d'eux à leur apostolat. La différence est que sa vie a été traversée par des événements brutaux, terribles, qui l'ont mis devant un choix ultime. Il s'est transformé en exemple, avec ses trois autres frères qui ont connu le même sort, parce que leur OUI aimant au Christ, comme celui du Christ aux hommes, a été un OUI total. Inversant la proposition de saint Jean, on peut dire qu'ils l'ont aimé jusqu'au bout.
Peu avant de mourir, il a écrit à sa mère, pour prendre congé, en des termes très émouvants. Ses mots, pleins de joie, sont ceux de quelqu'un qui a déjà un pied dans le ciel. Là, ce n'est pas seulement un exemple mais un maître. Il nous apprend à sentir ce que nous ne sentons pas, à entrevoir une réalité certaine que nous méconnaissons pourtant souvent, dans nos activités quotidiennes, qui culbutent l'échelle de nos valeurs : la vie éternelle, pour nous, est déjà commencée dans le Christ. Il en est le témoin, au passage d'une mort qui ne l'effraie pas et qui ne représente aucune rupture pour lui. Quelle leçon !
Et puis il y a cette autre grande leçon, dont nous sommes également invités à instruire nos vies. Celle de l'amour. Un amour à double face : celle de l'amour des siens, que ne brise pas l'amour du Christ. Tout est tendresse dans cette lettre, jusqu'au désir impatient de faire partager le bonheur commencé. Celle aussi de l'amour des autres, et non pas de n'importe quels autres, mais d'ennemis haineux. L'amour puisé en Dieu ne fait aucune acception. Là est la spécificité chrétienne, qui éloigne le martyre chrétien de tous les fanatismes, passés, présents et futurs et de tous les pseudo "martyrs" autoproclamés dans les conflits contemporains.
Ce jeune homme s'appelle Pedro Jesús Giménez Sánchez. Nous empruntons avec reconnaissance le récit qui suit au site espagnol persecution religieuse [Ici].
Pedro est le deuxième fils et le quatrième enfant de la famille. Il est né le 3 juillet 1911. A la mort de son père, il est entré avec ses frères José-María et Joaquín à l’internat d’un collège de Frères, à Getafe, où il a fait ses études secondaires. A l’issue de ces dernières, il est revenu à Albacete pour y travailler aux affaires familiales. Il est membre de “l’Adoration Nocturne” du Saint-Sacrement et fait partie d’une troupe scoute, les “Explorateurs”, où il s’investit beaucoup. Très profond, il était le plus religieux de ses frères.Avec ses frères Eduardo, José-María et Joaquín, il a participé à la défense des sanctuaires tels que Saint-Jean-Baptiste, l’actuelle cathédrale, ce qui lui a valu des inimitiés, a provoqué la rancœur de ses persécuteurs, sa détention et son exécution.
Il a été fusillé avec ses frères au petit matin du 27 septembre 1936. Il avait 25 ans. Quelques heures avant sa mort, il a fait ses adieux à sa mère par la lettre que voici :
"Ma très chère mère,
"En ces heureux moments où, chrétiennement préparés, nous nous disposons à livrer nos âmes à Dieu, qui nous a choisis, figure-toi petite maman, il nous a choisis, pour que nous répandions notre sang (…) ; il t’a choisie, toi aussi, pour que comme sa sainte Mère et notre Mère, tu gagnes la gloire que tu mérites en ces glorieux moments, je le répète, tous, tes quatre fils, nous sommes heureux et demandons à Dieu que sa divine Volonté s’accomplisse et qu’il te donne forces et résignation, pour être toi-même heureuse et fière de cette divine élection.
"Sois assurée qu’Il nous attend, les bras ouverts, après avoir pardonné toutes nos fautes ; et pour ta tranquillité, je te le dis, nous avons nous-mêmes pardonné à nos ennemis.
"Ne t’en fais pas, ma petite maman, Dieu nous attend, cette vie n’importe pas et nous allons à une autre infiniment meilleure, tous nos bons amis seront d’autres enfants pour toi, comme certains me l’ont promis, s’ils s’en sortent.
"Ne perds pas la foi pour cela, je le répète, ce doit être ta joie, parce que là-haut on nous attend, pour nous unir à notre père, que nous pleurons tant, et à notre petite Emilia. C’est là que nous nous retrouverons tous pour la consommation des siècles.
"Adieu, mère de mon âme, pardonne-nous et envoie-nous ta bénédiction. De là-haut nous continuerons de demander qu’Il répande ses grâces sur notre famille et vous réunisse avec nous dans les Cieux pour l’Eternité.
"27-IX-1936 – Jesús".