20 Novembre 2007
Pour illustrer la pertinence de la résolution prise par le Parlement européen, il peut-être utile de lire l'entretien accordé, en juillet dernier, à l'Agence Zenit par Andrea Morigi, coordinateur du Rapport de l’AED, sur l'état des persécutions anti-chrétiennes dans le monde.
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(Source ZENIT.org) – Cela fait plus de dix ans que le secrétariat italien de l’Œuvre internationale catholique de droit pontifical « Aide à l’Eglise en Détresse » (AED) publie chaque année un « Rapport sur la liberté religieuse dans le monde ». Ce rapport passe en revue les violations de la liberté religieuse et les persécutions dont sont victimes les chrétiens et d’autres groupes religieux à travers le monde. Pour des raisons économiques, et malgré tout le travail d’analyse et de repérage concernant les cas de violations en matière de liberté religieuse dans les différents pays, l’édition de cette année (2007) ne sera sans doute pas publiée. Pour une nouvelle mise à jour concernant la situation des chrétiens, victimes de vexation et d’intimidation, ZENIT a interrogé Andrea Morigi, journaliste du quotidien italien Libero, animateur de programme sur Radio Maria, et coordinateur du Rapport de l’AED depuis 1998.
Zenit - La plupart des musulmans dans le monde ne sont pas des fondamentalistes, et ne sont pas hostiles envers ceux qui pratiquent d’autres religions ou ne croient pas en Dieu. Pourtant, dans les pays à majorité islamique, les gestes d’intolérance se multiplient, même chez les plus modérés, contre les personnes qui ne croient pas au Coran... des cas de violation de la liberté religieuse sont signalées en Algérie, en Malaisie, au Pakistan, en Palestine, au Liban.... Pouvez-vous nous brosser un tableau de la situation ?
A. Morigi - Si nous considérons l’actualité, nous voyons que nous sommes tous les jours confrontés à de graves épisodes d’intolérance contre les soi-disant « infidèles » qui vivent en situation de minorité parmi les musulmans. L’exode continu des chrétiens de l’Irak risque d’entraîner la disparition définitive de certaines communautés très anciennes comme la communauté assyrienne. Il est vrai que les terroristes, plus ou moins liés au groupe al Qaeda, sont les vrais responsables de cette situation. Cela dit, aucune réaction populaire ne prend la défense des persécutés.
J’ignore si cette attitude est dictée par la peur, la peur de s’impliquer, après de longues années passées sous le régime de Saddam Hussein, lorsque les gens avaient l’habitude de ne pas se mêler des affaires des autres, pour une question essentiellement de survie, ou s’il s’agit plutôt d’une attitude idéologique proche du fondamentalisme. De fait, on assiste à un isolement, interne et surtout international, des victimes, alors que l’on trouve toujours quelqu’un disposé à « comprendre » les raisons des terroristes. Hommes politiques et diplomates, soucieux de se montrer plus sensibles, sont même arrivés à concevoir un plan qui créerait une sorte de « réserve indienne » dans le nord de l’Irak, pour abriter tous les chrétiens réputés en danger.
Mais aucun gouvernement ne s’estime en devoir d’intervenir à travers un geste d’ingérence humanitaire, comme cela a été le cas durant la guerre de Bosnie, car on considère encore la guerre sainte comme une conséquence de la lutte contre le terrorisme, et non comme un phénomène endogène lié à la nature même de l’islam. De la même manière, sous prétexte de ne pas susciter de réactions, on abandonne à leur destin tous ceux qui souffrent des effets de la loi islamique. Aucun pays n’échappe à cela, ni même les plus « libéraux », comme la Tunisie où les femmes musulmanes ont, malgré tout, interdiction d’épouser un non-musulman.En Arabie Saoudite, il existe une police religieuse, la Muttawa, qui veille sur le comportement correct (conforme à la loi islamique) de la population, et entre de force dans les habitations d’immigrés philippins ou indiens, réunis pour réciter le chapelet ou lire la bible, une activité considérée, sur le territoire ‘sacré’ de l’islam, comme un très grave délit, passible de prison, de confiscation des biens et de rapatriement immédiat.
Ailleurs, la pression s’exerce de façon différente. La loi empêche toute conversion à d’autres religions ou limite, au plan administratif, la diffusion publique et privée du message évangélique. Ceux qui abandonnent l’islam risquent la peine de mort en Iran, au Soudan, en Mauritanie, alors qu’au Pakistan ils risquent de perdre la garde de leurs enfants et le droit d’hériter des biens de leurs parents musulmans. Ceci constitue un problème de violation de la liberté religieuse par les musulmans eux-mêmes. Un problème complètement ignoré au nom du relativisme culturel, selon lequel les us et coutumes doivent être respectés si l’on ne veut pas être accusé de vouloir imposer, dans un esprit colonial, les règles de la civilisation occidentale.
Zenit - Ces problèmes d’atteinte à la liberté religieuse et de sécurité personnelle en milieu musulmane existent également en Europe. Les femmes et les musulmans qui refusent et dénoncent le terrorisme et le fondamentalisme en sont les premières victimes. Quel est votre point de vue à ce sujet ?
A. Morigi - Le même modèle multiculturel se répète partout. En Italie, le fait que ce soit un musulman, vivant sous escorte - le sous-directeur du Corriere della Sera Magdi Allam - qui ait été le premier à convoquer une manifestation pour la liberté religieuse au début du mois de juillet, n’est pas anodin. Et au procès qui se déroule à Brescia pour le meurtre d’Hina Saleem, la jeune fille pakistanaise décapitée le 11 août 2006 par ses parents pour avoir voulu enfreindre les règles de la sharia en vivant comme une occidentale, ce sont des femmes musulmanes qui ont demandé à se constituer partie civile, donnant ainsi un signe d’espoir à toutes les épouses et à toutes les filles d’immigrés victimes de ségrégation. La seule et unique député à s’être jointe à elles fut Daniela Santanchè, du parti Alleanza Nazionale. Et ceux qui n’ont pas bougé le petit doigt pour exprimer leur solidarité aux victimes de la violence ont eu le courage de l’accuser d’avoir instrumentalisé cette affaire.
Alors, je vous dis: si ces instrumentalisations servent à dévoiler la réalité des viols et des esclavages qui se cache derrière et à l’intérieur des mosquées, elles sont les bienvenues. Quand on pense qu’au lendemain de la manifestation devant le Tribunal de Brescia, Dounia Ettaib, la représentante du groupe des femmes marocaines à la manifestation, s’est faite agressée dans une rue à deux pas de l’Institut culturel islamique de Milan. Deux hommes lui ont intimé l’ordre de ne pas salir l’Islam. Ils l’ont physiquement menacée. Cette femme est une immigrée mais elle a également la citoyenneté italienne. Ceci veut dire que, même chez nous, dans notre propre pays, où nous sommes nés et avons grandi, les espaces de liberté se resserrent de plus en plus, comme si la cohabitation civile et les institutions démocratiques cédaient peu à peu le pas à des zones franches, où la souveraineté nationale serait remplacée par la loi du Coran.Zenit - Il existe des mesures contre l’activité missionnaire des chrétiens aussi au Tadjikistan et en Ouzbékistan, n’est-ce pas ?
A. Morigi - Les séquelles de l’héritage soviétique n’ont pas encore disparu. Les régimes soviétiques ont écrasé, pendant 70 ans, toute possibilité de témoignage religieux et aujourd’hui les Etats successeurs traitent la question religieuse comme un problème d’ordre public. Il est clair que, dans les pays frontaliers de l’Afghanistan, la menace terroriste liée au fondamentalisme existe, et qu’elle est concrète, mais la solution n’est pas dans le dirigisme confessionnel ou en imposant des limites aux religions non islamiques. Au Tadjikistan, un récent projet de loi rendra pratiquement impossible la vie des catholiques, des protestants et des baha’i, qui protestent en vain sans que personne, au niveau international, ne veuille bien les écouter, si ce n’est l’OSCE ( l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).
Tout ceci pour étouffer les protestations des musulmans auxquels a été fixé un nombre limité de mosquées et qui ont l'interdiction de former des partis confessionnels. Entre temps, au Turkménistan, les témoins de Jéhovah Nuryagdy Gayyrov et Bayram Ashirgeldyyev ont été arrêtés alors que des fidèles de l’Eglise baptiste ont été condamnés à une peine de trois ans de travaux forcés pour avoir simplement dit qu’ils étaient des objecteurs de conscience, comme cela est arrivé à Vyacheslav Kalataevsky ou pour des raisons purement religieuses, comme ce fut le cas de Yevgeny Potolov. Une attitude répressive à laquelle l’ancien mufti Nasrullah ibn Ibadullah n’a lui-même pas échappé.
Par ailleurs, en Ouzbékistan, on assiste à un véritable déchaînement contre certaines minorités, comme l’Eglise pentecôtiste de l’amour de Dieu, contre des musulmans et des adeptes de la secte Hare Krishna : livres et vidéos sont confisqués, des personnes sont arrêtées, des procès ouverts sous prétexte - aussi paradoxal que cela puisse paraître - d’atteinte aux lois sur la liberté religieuse. Signalons pour finir, bien que le sujet soit sans fin, le cas en Biélorussie des 19 catholiques et protestants, dont deux jeunes filles Feodora Andreyevskaya, 16 ans, et Yuliya Kosheleva, 14 ans, emprisonnées du 5 au 7 juillet, après avoir présenté une pétition demandant à ce que la loi 2002 sur la liberté religieuse soit modifiée. Pourtant, dans la Constitution de Minsk, les pétitions sont tout à fait légales.Zenit - Les années passées, le « Rapport de l’organisation Aide à l’Eglise en Détresse » ne s’occupait pas seulement du sort des catholiques mais aussi de celui des membres d’autres confessions et des nouveaux mouvements religieux. Pourquoi ?
A. Morigi - Agir autrement n’aurait pas été catholique. Ce n’est pas par souci politique ou œcuménique que nous dressons la liste des violations commises contre les membres d’autres religions, mais parce que le droit à la liberté religieuse est un droit que le Concile Vatican II, dans sa déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, reconnaît comme étant un droit qui appartient avant tout à chaque individu et ensuite à la communauté. Ceci tendant, me semble-t-il, à signifier que notre Seigneur Jésus Christ s’est incarné et qu’il est ressuscité pour chaque homme, au plan individuel. Nous trouvons en ce document une toute première reconnaissance officielle des droits de l’homme, qui ne s’assimilent ni ne se superposent à la Libertas ecclesiae. Et ceci, bien entendu, n'enlève rien au fait que le Rédempteur ait établi sur la terre une unique Eglise et que c’est en elle que « demeurent à jamais tous les éléments institués par le Christ lui-même », comme vient de le rappeler la Congrégation pour la doctrine de la Foi, « cette Eglise, constituée et organisée en ce monde comme une société, subsiste dans l’Eglise catholique ».Zenit - Existe-t-il des lois anti-conversion très dures dans des pays comme l’Inde, le Bhoutan et le Népal ?
A. Morigi - Les Etats indiens qui sanctionnent la conversion de l’hindouisme à une autre religion sont le Rajasthan, le Gujarat, le Madhya Pradesh et le Chattisgarh, tous gouvernés par des hindous du Parti Bhâratîya Janatâ (BJP). Le dernier Etat à avoir introduit la loi anti-conversion est l’Himachal Pradesh (janvier 2007), gouverné cette fois par le Parti du Congrès. Il semblerait donc que le laïcisme des héritiers d’Indira Gandhi et le fondamentalisme hindou coïncident dans l’objectif de nier la liberté aux minorités.
Mais quand il s’agit de territoires hors de leur juridiction, les indiens interviennent, comme au Bhoutan, où le bouddhisme mahayana est religion d’Etat. Ainsi New Dehli a exercé des pressions, il y a un an, pour obtenir la libération de deux chrétiens pentecôtistes, Benjamin Budhu Mani Dungana et John Purna Bahadur Tamang, accusés de prosélytisme, lesquels avaient été condamnés respectivement à trois ans et trois ans et demi de prison pour avoir montré à des Bhoutanais bouddhistes, un film sur la vie de Jésus.
On a du mal à y croire, or ceci est considéré comme un grave délit dans un pays où les chrétiens ont l’interdiction d’entrer depuis 1965, et où ces derniers ne peuvent ni construire d’église ni se réunir. Mais l’Inde ne se dérange certes pas pour le Népal qui, pendant 238 ans, jusqu’en 2006, a été une théocratie hindoue. Le roi Gyanendra a été déposé et les maoïstes ont pris le pouvoir, mais ceci n’a pas beaucoup amélioré la situation car, si les nouveaux gouvernants ont offert dix sièges au parlement, à un dalit, à des représentants tribaux, des femmes, un moine bouddhiste et à un représentant de l’islam, les chrétiens eux ont été exclus, sans tenir compte de l'assistance précieuse apportée à la population durant les longues années de guerre entre les rebelles maoïstes et l’armée.Zenit - En Amérique latine, la situation à Cuba et au Venezuela paraît très grave. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
A. Morigi - Seulement que l’alliance entre Hugo Chavez et Fidel Castro passe par les accords nucléaires et pétroliers entre Caracas et Téhéran. Et que dans tous les pays, les opposants chrétiens ou pas, sont sacrifiés sur l’autel d’une révolution dont l’objectif principal, semble-t-il, est de faire disparaître le christianisme de la Terre.Zenit - La Chine qui, l’année prochaine, accueillera les jeux olympiques et qui enregistre une croissance vertigineuse, cache en fait de très graves violations, portant atteinte à la liberté religieuse, mais aussi à tant d’autres droits de l’homme. Quelle est la situation ?
A. Morigi - Ma première réaction, instinctive, est de faire la comparaison avec les dictatures et les totalitarismes du siècle dernier. Jusqu’à la chute du Mur de Berlin, les régimes autoritaires étaient sanctionnés, boycottés. Aujourd’hui, on ne voit plus rien de tout cela. On se rend compte également que les mécanismes de la par condicio
Cette « sainte terreur » que les autorités de Pékin ont de la prière, et contre laquelle elles ne savent pas quelle stratégie adopter, si ce n’est de l’interdire, mais inutilement, en est la preuve manifeste. De fait, le 16 juillet les 40-50 mille fidèles de l’Henan qui avaient depuis des décennies l’habitude de se rassembler pour un pèlerinage au sanctuaire Notre-Dame-du-Carmel de Tianjiajing, n’ont pu le faire, le gouvernement de la province du Henan ayant ordonné la destruction de ce lieu de culte. Ils l’ont fait exploser, tout comme ils ont fait exploser une statue de la Vierge, vieille d’un siècle, et les 14 stations du Chemin de Croix qui constellent la route. Les athées les plus militants et les plus agressifs, ceux qui menacent les prêtres pour les convaincre à abandonner le pèlerinage, comprennent eux aussi que la chute du communisme soit due à la Vierge de Fatima, mais ils ne peuvent que reconnaître leur impuissance.
Zenit - Dans les pays occidentaux, le relativisme moral prend une large place et semble lui aussi vouloir bouleverser cette logique sur laquelle se fondent les droits de l’homme. On a le cas des Etats-Unis, où les parents ne peuvent s’opposer à l’enseignement obligatoire qui enseigne aux enfants à accepter l’homosexualité. Dans un cas comme celui-ci la religion catholique a été accusée d’intolérance et de fondamentalisme, et la liberté religieuse des parents et de leurs enfants s’est vue imposée des limites. Comment tout ceci peut-il arriver ?
A. Morigi - Cela arrive, car aux Etats-Unis la distinction entre la sphère religieuse et la sphère civile s’est transformée en contradiction qui alimente une idée privative de la liberté religieuse. Il y a ceux qui estiment que la foi est un facteur de civilisation et qui luttent contre ces interprétations. Mais ceux-là sont accusés de fondamentalisme et de fanatisme. Par conséquent, dans le reste de l’Occident aussi, la séparation tend à devenir une invasion, comme en Espagne où, en juin dernier, a été introduit l’enseignement « Education à la citoyenneté et aux droits de l’homme » qui, dès la prochaine rentrée scolaire, insèrera dans la liste des matières obligatoires, l’éducation à l’acceptation de divers types de famille et d’affectivité, dont les homosexuels.
Curieusement, le gouvernement totalitaire de Cuba pense en ce moment lui aussi à réformer son Code de la famille pour accorder aux couples homosexuels la reconnaissance juridique de leur union, l’adoption d’enfants mineurs et l’accès à la fécondation assistée. Ainsi, la convergence dans la lutte contre les principes moraux semble être l’unique dénominateur commun entre les pays démocratiques et ceux qui ne le sont pas. (l’équité) fonctionnent toujours à sens unique et on a l’impression que la barbarie communiste jouit d’une immunité qui la protège de toute condamnation. Mais à côté de cette constatation amère il y a la certitude que les souffrances des croyants chinois portent des fruits, aux yeux de Dieu. Ces 16 évêques fidèles au Saint-Siège qui ont aujourd’hui disparu ou sont en prison, et cette vingtaine de prêtres actuellement incarcérés, représentent un échec politique pour le Parti Communiste qui voit échouer sa tentative d’éliminer l’Eglise. Un processus qu’il a entamé en 1957, en créant l’Eglise patriotique chinoise, fidèle au régime.