26 Mai 2008
I.- Il n’aura pas échappé aux plus distraits de nos lecteurs que la présentation de Hermas.info a changé. Nous avions auparavant, en bannière, une photo d’un lac de montagne, celui d’Annecy en l’occurrence. Elle offrait cet intérêt d’être belle, d’associer une vision du ciel, de la terre et de l’eau, pour exprimer la réalité créée à laquelle nous sommes attachés et, accessoirement, d’avoir été prise par la fille de onze ans de l’un d’entre nous [ça compte quand même, que croyez-vous, et à tous points de vue : il a fallu s’expliquer avec elle sur son retrait…]. Ma foi, cette présentation nous convenait fort bien.
Mais ce contentement devait être de courte durée. L’œil averti et aiguisé de notre ami A. a frappé, qui a tout à la fois trouvé cette nouvelle bannière, mieux adaptée, et l’a “peaufinée“. Un très grand merci à lui à nouveau ! Nous comptons sur lui pour vous parler lui-même des travaux qui sont les siens par ailleurs.
II.- Quelle est cette nouvelle bannière ? C’est à grands traits que nous la présentons, aucun de nous n’étant, de près ou de loin, spécialiste en la matière, sous le contrôle de plus compétents.
Il s’agit d’une plaque funéraire, trouvée dans une sépulture chrétienne du IIIème siècle, près de saint Laurent-hors-les-murs, à Rome. Elle est actuellement au musée du Latran. Elle représente le Christ, les apôtres, et des agneaux. On sait que la symbolique de l’agneau est très présente, dans les Evangiles comme dans le Livre de l’Apocalypse. L’Agneau par excellence, c’est bien sûr le Christ lui-même, l’Agneau de Dieu, sans tache, qui s’est offert en sacrifice pour notre rédemption (cf. Jean 1,28). L’iconographie chrétienne en a donné très tôt des représentations.
Les agneaux, ou les brebis, ce sont d’abord les apôtres et, à travers eux, l’Eglise entière. L’image est associée à la fois au propre sacrifice des apôtres, à l’innocence dont ils doivent faire preuve [« Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » Jean 10,16] et à leur justice, par rapport à l’iniquité de ceux qui sont symbolisés dans saint Mathieu par des boucs (25,32-33). Ils désignent aussi ceux qui se sont écartés de Dieu [Jean 10, « allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël » Jean 10,6], dont la préoccupation doit à ce point animer tous le chrétiens, et d’abord leurs chefs, qu’il leur faut au besoin abandonner celles qui sont déjà réunies pour s’en aller chercher une seule qui serait perdue (Luc 15,4).
L’image des brebis est aussi associée au fait qu’elles constituent un troupeau, unifié par la conduite nécessaire d’un berger, d’un pasteur. Que celui-ci vienne à être frappé, annonce Jésus lui-même, et c’est tout le troupeau qui sera dispersé (Mathieu 26,31). Jésus n’hésite pas à dire explicitement qu’il est ce pasteur, et le texte grec permet d’insister sur le fait qu’il n’est pas seulement un pasteur – car il en est de mauvais – mais le bon Pasteur, qui connaît chaque brebis par son nom, y compris celles qui ne sont pas encore du troupeau, et pour lesquelles toutes il a donné sa vie afin de les réunir dans l’unité (Jean 10,11-16). Saint Pierre l’appelle à son tour « le pasteur et le gardien de nos âmes » (1 Pierre, 2,25).
Saint Pierre, précisément, a un statut à part : lui aussi est pasteur, mais d’un troupeau qui n’est pas le sien. C’est celui de Jésus, qu’il a charge de paître en son nom : « Pais mes brebis » (Jean 21,16). Jésus, comme disait saint Eucher, est ainsi « Pasteur de pasteurs ».
III.- Sur la plaque funéraire qui est désormais la bannière d’Hermas.info, Jésus est représenté en
pasteur. Trois fois. Au centre, bien sûr, avec son bâton de berger, que symbolise aujourd’hui encore la crosse épiscopale ou abbatiale, mais aussi de chaque côté de la scène : à l’extrême gauche, et à l’extrême droite. Dans chaque cas, il est vêtu de la même façon, d’un vêtement qui n’est pas le même que celui des autres personnages. A chaque fois il est représenté jeune, imberbe, à la mode romaine antique, sans limbe, dans sa seule humanité, selon les représentations habituelles de l’époque.
A gauche, Jésus est tourné vers trois brebis ; à droite, vers deux. Il est frappant d’observer que dans les deux cas il est lui-même tourné vers l’extérieur. S’agit-il là de ces fameuses brebis qui ne sont pas encore du troupeau, ou de celles qui l’ont quitté, qu’évoquent les Evangiles dans les textes précités ? C’est bien vraisemblable. L’ensemble donne une image de la mission, toute ouverte sur l’extérieur. On observera les gestes de Jésus : à gauche, il caresse ; à droite il bénit, avec la bénédiction latine, les trois premiers doigts dressés, qui symbolisent la Trinité, les deux derniers fermés sur la main, qui signifient l’union des deux natures dans le Christ, divine et humaine. Ici c’est sa tendresse qui s’exprime, par la caresse ; là sa miséricorde, par le geste de bénédiction, lequel est peut-être celui de l’absolution, geste qui évoque, dans la symbolique utilisée par la main, l’Incarnation de Dieu pour la rémission des péchés.
De chaque côté du personnage central, du “Jésus central” qui est ainsi en majesté du seul fait de sa position, indépendamment de toute autre représentation sensible, les Douze apôtres, six à gauche, six à droite. Devant chacun d’eux, une brebis. Chacun est pasteur. Mais toutes les brebis, sans exception, ont exclusivement leur visage tourné vers le Christ. Ce sont bien ses brebis. Il les connaît, dit-il, mais ses brebis, elles aussi, le connaissent (Jean 10,14). Elles le suivent « parce qu’elles connaissent sa voix » (Jean, 10,4), la voix du Verbe fait chair. Elles l’écoutent, et donc il parle : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie » (Jean 14,6). Au centre Jésus, là aussi, caresse la brebis qui est la plus proche de sa main droite. Toujours la tendresse, toujours l’amour. L’amour et la confiance sont le ciment de ce troupeau.
Avant de confier à Pierre la charge de paître son troupeau, on s’en souvient, Jésus l’interroge par trois fois : « Pierre, m’aimes-tu ? ». Pour ce qui nous intéresse ici plus directement, c’est presque une leçon de théologie politique : aimer, ce n’est rien d’autre que de vouloir le bien de quelqu’un. Ici est indiquée la marque d'un gouvernement chrétien, mais aussi de tout gouvernement juste : il s’agit de gouverner par amour, pour le bien des gouvernés. Qu’il s’agisse de citoyens ou de brebis au sens de l’Evangile, en vérité il n’y a pas de différence quant à cette exigence là, et le Christ, pour tout ordre est, en droit, le centre et la clé de voûte de tout.
Comme on le sait, l’ouvrage majeur d’Hermas, ce Père apostolique sous le patronage duquel nous avons placé notre blog, s’intitule : « Le Pasteur ». Nous sommes heureux de nous placer ici de la sorte plus visiblement sous la conduite du Pasteur des pasteurs, Celui en qui tout doit être restauré.