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Mois de juin : mois du Sacré-Coeur



PRESENTATION



"La dévotion au Coeur de Jésus est la synthèse de toute la religion catholique", affirmait le Pape Pie XII. Tout nous vient du Coeur de Jésus : l'Eglise, le Pardon, l'Eucharistie et la Vierge Marie.

Jésus, debout dans le Temple, s'écria : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi", selon le mot de l'Ecriture : "De son sein couleront des fleuves d'eau vive". (Jean 7, 37-39)

Le Coeur de Jésus a été ouvert sur la croix par la lance du soldat et depuis ce temps, il en sort des fleuves d'amour, de tendresse et de miséricorde. Jésus, en montrant son Coeur à sainte Marguerite-Marie, a fait des promesses à ceux qui auront une dévotion envers son Coeur, c'est-à-dire à "ceux qui regarderont vers Celui qu'ils ont transpercé". Retenons celle-ci : "Les âmes tièdes deviendront ferventes et les ferventes progresseront rapidement dans la sainteté".

"Par son sacrifice unique, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté". (Hébreux 10, 14)

Le Coeur de Jésus est fournaise ardente, et Il nous invite à nous en approcher pour être remplis de son Amour.

Le Pape Jean XXIII, dans son "Journal de l'Ame", livre le secret de la fécondité de sa vie : "Aujourd'hui, tout ce qui concerne le Sacré-Coeur de Jésus m'est devenu familier et très cher ; ma vie semble destinée à se dépenser sous la lumière qui émane du tabernacle et c'est au Coeur de Jésus que je dois recourir pour trouver la solution de tous mes troubles. J'ai la conviction que je serais prêt à verser mon sang pour la cause du Sacré-Coeur. Je veux que la dévotion au Sacré-Coeur, enracinée dans le sacrement d'Amour, soit la mesure de tout mon progrès spirituel".






DISCOURS DU PAPE JEAN PAUL II AU MONASTÈRE DE LA VISITATION
Paray le Monial (France), 5 octobre 1986

“Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son Amour”.

Avec émotion, je voudrais rendre grâce pour ce message reçu et transmis ici par sainte Marguerite-Marie Alacoque. Auprès de son tombeau, je lui demande d’aider sans cesse les hommes à découvrir l’amour du Sauveur et à s’en laisser pénétrer.

Rendons grâce pour le rayonnement de ce Monastère, nous souvenant de ce que disait déjà saint François de Sales des Filles de la Visitation: “Elles auront le Cœur de Jésus, leur époux crucifié, pour demeure et séjour en ce monde...” Je sais que toute une pléiade de moniale ont été ici des âmes données au Cœur de Jésus.

Rendons grâce pour l’expérience mystique de sainte Marguerite Marie. Il lui a été donné, avec un éclat particulier mais dans une existence cachée, de connaître la puissance et la beauté de l’amour du Christ. Dans l’adoration eucharistique, elle a contemplé le Cœur transpercé pour le salut du monde, blessé par le péché des hommes, mais aussi “source vive” comme en témoigne la lumière qui rayonne des plaies de son corps ressuscité.

Rendons grâce pour l’intimité de l’humble religieuse avec le Sauveur. La souffrance, qui l’a atteinte sous bien des formes, elle l’a généreusement offerte en union avec la Passion du Christ, en réparation pour le péché du monde. Elle s’est reconnue à la fois témoin du salut opéré par le Fils de Dieu, et appelée à s’associer par l’offrande d’elle-même à l’œuvre de sa miséricorde.

Rendons grâce pour la rencontre privilégiée de la sainte religieuse avec le Bienheureux Claude La Colombière. Le soutien de ce fidèle disciple de saint Ignace a permis à Marguerite-Marie de surmonter ses doutes et de discerner l’authentique inspiration de son extraordinaire expérience. Leurs échanges sont un modèle d’équilibre dans le conseil spirituel. Le Père La Colombière, dans de grandes épreuves, a lui-même reçu les avis éclairés de celle qu’il conseillait.

Rendons grâce pour le vaste développement de l’adoration et de la communion eucharistiques qui ont pris d’ici un nouvel essor, grâce au culte du Sacré-Cœur favorisé notamment par la Visitation et les Pères jésuites, approuvé ensuite par les Papes. La dévotion particulière des premiers vendredis du mois a porté beaucoup de fruits, à la suite des messages pressants reçus par Marguerite-Marie. Et je ne puis oublier que les évêques de Pologne avaient obtenu de Clément XIII l’office et la messe du Sacré-Cœur près d’un siècle (1765) avant que la fête soit étendue à l’Eglise universelle (1856).

Rendons grâce pour tant d’initiatives pastorales et de fondations religieuses qui ont trouvé ici une source d’inspiration décisive.

Avec vous qui m’accueillez dans cette Chapelle des Apparitions, les Sœurs de la Visitation unies aux autres religieuses contemplatives du diocèse, avec Monseigneur Gaidon et les chapelains des sanctuaires, invoquons pour toute l’humanité, consacrée au Sacré-Cœur par mon prédécesseur Léon XIII; la grâce inépuisable de l’amour rédempteur qui découle du Cœur de Jésus.



MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II A MGR LOUIS-MARIE BILLÉ
(4 juin 1999)

À MONSEIGNEUR LOUIS-MARIE BILLÉ, ARCHEVÊQUE DE LYON, PRÉSIDENT DE LA CONFÉRENCE DES ÉVÊQUES DE FRANCE

Au moment où de nombreux pèlerins s’apprêtent à célébrer solennellement à Paray-le-Monial la fête du Sacré-Cœur et à faire mémoire de la consécration du genre humain au Sacré-Cœur de Jésus, faite par le Pape Léon XIII il y a cent ans, je suis heureux, à travers vous, de leur adresser mes cordiales salutations et de m’unir par la prière à leur démarche spirituelle, ainsi qu’à celle de toutes les personnes qui font en ce jour un acte d’offrande au Sacré-Coeur.

A la suite de saint Jean Eudes, qui nous a appris à contempler Jésus lui-même, le cœur des coeurs, dans le cœur de Marie et à les faire aimer tous les deux, le culte rendu au Sacré-Cœur s’est répandu, notamment grâce à sainte Marguerite-Marie, religieuse de la Visitation à Paray-le-Monial. Le 11 Juin 1899, invitant tous les évêques à s’associer à sa démarche, Léon XII demandait au Seigneur d’être le Roi de tous les fidèles, ainsi que des hommes qui l’ont abandonné ou de ceux qui ne le connaissent pas, le suppliant de les amener à la Vérité et de les conduire vers Celui qui est la Vie. Dans l’Encyclique Annum sacrum, il avait exprimé sa compassion pour les hommes qui sont loin de Dieu et son désir de les confier au Christ Rédempteur.

L’Église ne cesse de contempler l’amour de Dieu, manifesté de manière sublime et particulière sur le Calvaire, lors de la passion du Christ, sacrifice qui est rendu sacramentellement présent à chaque Eucharistie. Du cœur très aimant de Jésus procèdent tous les sacrements, mais surtout le plus grand de tous, le sacrement d’amour, par lequel Jésus voulut être le compagnon de notre vie, la nourriture de nos âmes, sacrifice d’une valeur infinie " (Saint Alphonse de Liguori, Méditation II sur le cœur aimant de Jésus à l’occasion de la neuvaine en préparation de la fête du Sacré-Cœur). Le Christ est un foyer brûlant d’amour qui appelle et qui apaise: "Venez à moi […] car je suis doux et humble de cœur" (Mathieu 11, 28-29).

Le cœur du Verbe incarné est le signe de l’amour par excellence; aussi ai-je personnellement souligné l’importance pour les fidèles de pénétrer le mystère de ce cœur débordant d’amour pour les hommes, qui contient un message d’une extraordinaire actualité (cf. Encyclique Redemptor hominis, 8). Comme l’écrivait saint Claude La Colombière: "Voici le Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné, jusqu’à s’épuiser et à se consumer afin de témoigner son amour" (Écrits spirituels, 9).

À l’approche du troisième millénaire, "l’amour du Christ nous presse" (2 Corinthiens 5, 14), pour que nous fassions connaître et aimer le Sauveur, qui a versé son sang pour les hommes. "Pour eux, je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés dans la vérité" (Jean 17, 19). J’encourage donc vivement les fidèles à adorer le Christ, présent dans le Saint Sacrement de l’autel, le laissant guérir nos consciences, nous purifier, nous illuminer et nous unifier. Dans la rencontre avec Lui, les chrétiens puiseront la force pour leur vie spirituelle et pour leur mission dans le monde. En effet, dans le cœur à cœur avec le divin Maître, découvrant l’amour infini du Père, ils seront de vrais adorateurs en esprit et en vérité. Leur foi en sera ravivée; ils entreront dans le mystère de Dieu et seront profondément transformés par le Christ. Dans les épreuves et dans les joies, ils conformeront leur vie au mystère de la Croix et de la Résurrection du Sauveur (cf. Concile oecuménique Vatican II, Gaudium et spes, 10). Ils deviendront chaque jour davantage des fils dans le Fils. Alors, par eux, l’amour se répandra dans le cœur des hommes, pour que se construise le Corps du Christ qui est l’Église et que s’édifie aussi une société de justice, de paix et de fraternité. Ils seront des intercesseurs de l’humanité tout entière, car toute âme qui s’élève vers Dieu élève aussi le monde et contribue mystérieusement au salut gratuitement offert par notre Père des cieux.

J’invite donc tous les fidèles à poursuivre avec piété leur dévotion au culte du Sacré-Cœur de Jésus, en l’adaptant à notre temps, pour qu’ils ne cessent d’accueillir ses insondables richesses, qu’ils y répondent avec joie en aimant Dieu et leurs frères, trouvant ainsi la paix, entrant dans une démarche de réconciliation et affermissant leur espérance de vivre un jour en plénitude auprès de Dieu, dans la compagnie de tous les saints (cL Litanies du Sacré-Cœur). Il convient aussi de transmettre aux générations futures le désir de rencontrer le Seigneur, de fixer leur regard sur Lui, pour répondre à l’appel à la sainteté et pour découvrir leur mission spécifique dans l’Église et dans le monde, réalisant ainsi leur vocation baptismale (cf. Concile oecuménique Vatican Il, Lumen gentium, 10). En effet, la "charité divine, don très précieux du Cœur du Christ et de son Esprit", se communique aux hommes, pour qu’ils soient, à leur tour, des témoins de l’amour de Dieu (Pie XII, Encycl. Haurietis aquas, III).

Invoquant l’intercession de la Vierge Marie, Mère du Christ et de l’Église, à laquelle j’ai consacré les hommes et les nations le 13 mai 1982, je vous accorde bien volontiers la Bénédiction apostolique, ainsi qu’à tous les fidèles qui, à l’occasion de la fête du Sacré-Cœur, se rendront en pèlerinage à Paray-le-Monial ou qui participeront avec dévotion à une célébration liturgique ou à un autre moment de prière au Sacré-Cœur.
Jean Paul II, du Vatican, le 4 juin 1999.





LETTRE DU PAPE BENOIT XVI

POUR LES 50 ANS DE “HAURIETIS AQUAS" DU PAPE PIE XII


Au Révérend Père Peter-Hans KOLVENBACH, S.J.
Préposé général de la Compagnie de Jésus

Les paroles du prophète Isaïe - "Dans l'allégresse, vous puiserez de l'eau aux sources du salut" (Is 12, 3) - qui ouvrent l'Encyclique par laquelle Pie XII rappelait le premier centenaire de l'extension à toute l'Eglise de la Fête du Sacré-Coeur de Jésus, n'ont aujourd'hui, 50 ans plus tard, rien perdu de leur signification. En promouvant le culte du Sacré-Coeur de Jésus, l'Encyclique Haurietis aquas exhortait les croyants à s'ouvrir au mystère de Dieu et de son amour, en se laissant transformer par celui-ci. Cinquante ans plus tard, cela demeure un devoir toujours actuel pour les chrétiens que de continuer à approfondir leur relation avec le Coeur de Jésus de manière à raviver en eux-mêmes la foi en l'amour salvifique de Dieu, en l'accueillant toujours mieux dans leur propre vie.

Le côté transpercé du Rédempteur est la source à laquelle nous renvoie l'Encyclique Haurietis aquas: c'est à cette source que nous devons puiser pour atteindre la véritable connaissance de Jésus Christ et pour faire plus pleinement l'expérience de son amour. Nous pourrons ainsi mieux comprendre ce que signifie connaître en Jésus Christ l'amour de Dieu, en faire l'expérience en fixant notre regard sur Lui, jusqu'à vivre pleinement de l'expérience de son amour, pour pouvoir ensuite en témoigner aux autres. En effet, pour reprendre une expression de mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II, "auprès du Coeur du Christ, le coeur de l'homme apprend à connaître le sens véritable et unique de sa vie et de son destin, à comprendre la valeur d'une vie authentiquement chrétienne, à se garder de certaines perversions du coeur humain, à joindre l'amour filial envers Dieu à l'amour du prochain. Ainsi - et c'est la véritable réparation demandée par le coeur du Sauveur - sur les ruines accumulées par la haine et la violence, pourra être bâtie la civilisation du coeur du Christ" (Insegnamenti, vol. IX/2, 1986, p. 84).

Connaître l'amour de Dieu en Jésus Christ

Dans l'Encyclique Deus caritas est, j'ai cité l'affirmation de la première Epître de saint Jean: "Nous avons reconnu et nous avons cru que l'amour de Dieu est parmi nous", pour souligner qu'à l'origine de l'existence chrétienne, il y a la rencontre avec une Personne (cf. n. 1). Puisque Dieu s'est manifesté de la manière la plus profonde à travers l'incarnation de son Fils, en se rendant "visible" en Lui, c'est dans la relation avec le Christ que nous pouvons reconnaître qui est véritablement Dieu (cf. Enc. Haurietis aquas, nn. 29-41; Enc. Deus caritas est, nn. 12-15). Plus encore, puisque l'amour de Dieu a trouvé son expression la plus profonde dans le don que le Christ a fait de sa vie pour nous sur la Croix, c'est avant tout en regardant ses souffrances et sa mort que nous pouvons reconnaître de façon toujours plus claire l'amour sans limites que Dieu a pour nous: "Car Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle" (Jn 3, 16).

Par ailleurs, ce mystère de l'amour de Dieu pour nous ne constitue pas seulement le contenu du culte et de la dévotion au Coeur de Jésus: il est, de la même manière, le contenu de toute véritable spiritualité et dévotion chrétienne. Il est donc important de souligner que le fondement de cette dévotion est ancien comme le christianisme lui-même. En effet, être chrétien n'est possible qu'en tenant le regard tourné vers la Croix de notre Rédempteur, vers "celui qu'ils ont transpercé" (Jn 19, 37; cf. Za 12, 10). C'est à juste titre que l'Encyclique Haurietis aquas rappelle que la blessure au côté et celles laissées par les clous ont été pour d'innombrables âmes les signes d'un amour qui a façonné leur vie de manière toujours plus incisive (cf. n. 52). Reconnaître l'amour de Dieu dans le Crucifié est devenu pour eux une expérience intérieure qui leur a fait confesser, avec Thomas: "Mon Seigneur et mon Dieu!" (Jn 20, 28), en leur permettant d'atteindre une foi plus profonde dans l'accueil sans réserve de l'amour de Dieu (cf. Enc. Haurietis aquas, n. 49).

Faire l'expérience de l'amour de Dieu en tournant le regard vers le Coeur de Jésus Christ

La signification la plus profonde de ce culte à l'amour de Dieu se manifeste seulement lorsque l'on considère plus attentivement sa contribution non seulement à la connaissance, mais également et surtout à l'expérience personnelle de cet amour dans un dévouement empli de confiance à son service (cf. Enc. Haurietis aquas, n. 62). Bien sûr, expérience et connaissance ne peuvent être séparées l'une de l'autre : l'une fait référence à l'autre. Il faut par ailleurs souligner qu'une véritable connaissance de l'amour de Dieu n'est possible que dans le cadre d'une attitude de prière humble et de disponibilité généreuse. A partir d'une telle attitude intérieure, le regard posé sur le côté transpercé par la lance se transforme en adoration silencieuse. Le regard sur le côté transpercé du Seigneur, d'où coulent "du sang et de l'eau" (cf. Jn 19, 34), nous aide à reconnaître la multitude des dons de grâce qui en proviennent (cf. Enc Haurietis aquas, nn. 34-41) et nous ouvre à toutes les autres formes de dévotion chrétienne qui sont comprises dans le culte au Coeur de Jésus.
 
La foi entendue comme fruit de l'amour de Dieu dont on a fait l'expérience, est une grâce, un don de Dieu. Mais l'homme ne pourra faire l'expérience de la foi comme d'une grâce que dans la mesure où il l'accepte en lui-même comme un don, à partir duquel il cherche à vivre. Le culte de l'amour de Dieu, auquel l'Encyclique Haurietis aquas invitait les fidèles (cf. ibid. n. 72), doit nous aider à nous rappeler sans cesse qu'il a pris sur lui cette souffrance volontairement "pour nous", "pour moi". Lorsque nous pratiquons ce culte, non seulement nous reconnaissons avec gratitude l'amour de Dieu, mais nous continuons à nous ouvrir à cet amour, afin que notre vie soit toujours davantage modelée par celui-ci. Dieu, qui a déversé son amour "dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous fut donné" (cf. Rm 5, 5), nous invite inlassablement à accueillir son amour. L'invitation à nous donner entièrement à l'amour salvifique du Christ et à se vouer à celui-ci (cf. ibid., n. 4) a donc comme premier objectif la relation avec Dieu. Voilà pourquoi ce culte, totalement voué à l'amour de Dieu qui se sacrifie pour nous, est d'une importance véritablement indispensable pour notre foi et pour notre vie dans l'amour.

Vivre et témoigner de l'amour dont on fait l'expérience

Qui accepte l'amour de Dieu intérieurement, est façonné par lui. L'amour de Dieu dont l'homme fait l'expérience est vécu par lui comme un "appel" auquel il doit répondre. Le regard tourné vers le Seigneur, qui "a pris nos infirmités et s'est chargé de nos maladies" (Mt 8, 17), nous aide à devenir plus attentifs à la souffrance et aux besoins des autres. La contemplation pleine d'adoration du côté transpercé par la lance nous rend sensibles à la volonté salvifique de Dieu. Elle nous rend capables de nous en remettre à son amour salvifique et miséricordieux et, dans le même temps, elle nous renforce dans le désir de participer à son oeuvre de salut en devenant ses instruments. Les dons reçus du côté ouvert, duquel coulent "sang et eau" (cf. Jn 19, 34), font en sorte que notre vie devienne également pour les autres une source d'où proviennent "des fleuves d'eau vive" (cf. Jn 7, 38) (cf. Enc. Deus caritas est, n. 7). L'expérience de l'amour puisée au culte du côté transpercé du Rédempteur nous protège du risque du repli sur nous-mêmes et nous rend plus disponible à une vie pour les autres. "A ceci nous avons connu l'amour: celui-là a donné sa vie pour nous. Et nous devons nous aussi donner nos vies pour nos frères" (1 Jn 3, 16) (cf. Enc. Haurietis aquas, n. 38).

La réponse au commandement de l'amour n'est rendue possible que par l'expérience que cet amour nous a déjà d'abord été donné par Dieu (cf. Enc. Deus caritas est, n. 14). Le culte de l'amour qui se rend visible dans le mystère de la Croix, présenté à nouveau lors de chaque Célébration eucharistique, constitue donc le fondement sur lequel nous pouvons devenir des personnes capables d'aimer et de nous donner (cf. Enc. Haurietis aquas, n. 69), en devenant un instrument entre les mains du Christ: ce n'est qu'ainsi que l'on peut être des messagers crédibles de son amour. Toutefois, cette ouverture à la volonté de Dieu doit se renouveler à tout moment: "l'amour n'est jamais "achevé" ni complet" (cf. Deus caritas est, n. 17). Le regard au "côté transpercé par la lance", dans lequel resplendit la volonté sans limites de salut de la part de Dieu, ne peut donc être considéré comme une forme passagère de culte ou de dévotion: l'adoration de l'amour de Dieu, qui a trouvé dans le symbole du "coeur transpercé" son expression historique et dévotionnelle, demeure inséparable d'un rapport vivant avec Dieu (cf. Enc. Haurietis aquas, n. 62).

En formant le voeu que l'anniversaire de ces cinquante ans puisse stimuler dans de nombreux coeurs une réponse toujours plus fervente à l'amour du Coeur du Christ, je vous donne, Révérend Père, ainsi qu'à tous les religieux de la Compagnie de Jésus, toujours très actifs dans la promotion de cette dévotion fondamentale, une Bénédiction apostolique particulière.

Du Vatican, le 15 mai 2006





    Nous nous proposons de présenter ensuite, dans des articles ultérieurs, les thèmes suivants :


- « Un soldat lui perça le côté, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau »

- Prières au Sacré-Coeur de Jésus

- Institution de la fête du Sacré-Coeur

- Sainte Marguerite-Marie Alacoque

- Le Sacré-Coeur, le roi de France, et la France

Mgr Jacques MASSON

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