19 Septembre 2008
Article publié sur le site de L'Oeuvre d'Orient.- Beaucoup de choses ont été dites sur les aspects politiques et stratégiques du conflit en Géorgie. Oserai-je ajouter quelque chose ? Oui, d’abord que la Géorgie est un pays chrétien : pour s’en convaincre, il suffit de regarder son drapeau avec ses croix aux quatre coins. C’est même un pays orthodoxe dans son immense majorité, mais il existe aussi des catholiques latins et arméniens. Les combats ont donc été d’autant plus fratricides.
Peut-on vraiment parler de conflit de nationalités ? En Ossétie du Sud et en Abkhasie, il y a de fortes proportions de Russes, en certains endroits ils sont majoritaires. Le précédent régime communiste, (la Géorgie faisant partie de l’Union soviétique) ne s’était pas privé de déplacer de gré ou de force les populations. De quelque manière, ce conflit rappelle celui du Kosovo dans lequel les Occidentaux ont foncé tête baissée pour le détacher de la Serbie dont il est le berceau spirituel. Ce n’est pas parce qu’il y a des Russes, fussent-ils majoritaires, qu’il est légitime de rattacher ces provinces incontestablement géorgiennes à la Russie. Si cette façon de voir des Russes devenait un principe de droit, - mais les Occidentaux ont bien agi de cette manière dans le conflit du Kosovo -, cela voudrait dire que la partie Est de l’Ukraine, autrefois peuplée d’ukrainiens jusqu’au génocide par famine volontairement provoquée et maintenant habitée par des Russes, devrait devenir russe. Il en irait de même pour la Biélorussie et, - pourquoi pas ? -, de beaucoup d’autres pays. En effet, il existe des minorités de tous côtés de l’Europe et du Caucase nettement définies du point de vue national et du point de vue religieux.
A ce dernier point de vue, il serait intéressant de connaître l’attitude du Patriarcat de Moscou sur le conflit en Géorgie et, réciproquement, ce que dit le Patriarche de Géorgie. Une grande et une petite Eglises nationales s’opposeraient-elles l’une à l’autre ? Le concept d’Eglise nationale est contradictoire avec la mission de l’Eglise. Pourtant, constatons que les Eglises nationales sont nombreuses en des territoires nationaux qui, tous, comportent des minorités en Europe centrale. Il y a peu, le Patriarche orthodoxe de Roumanie a manifesté la volonté de rétablir trois diocèses (orthodoxes roumains) en Moldavie ex-soviétique. Le Patriarcat de Moscou a protesté. Pourtant, il n’est pas douteux que cette partie de la Moldavie arrachée par les Soviétiques fasse partie de la Roumanie.
Au cours d’un colloque qui s’est tenu cet été sur le thème de la réconciliation, il a bien été mis en avant les multiples foyers de conflits dans les pays de la zone d’influence de l’ex-Union soviétique tant pour des raisons politiques que religieuses. Il a bien été marqué que les Eglises avaient un rôle à jouer pour rendre la paix possible. Il ne faut pas nier, non plus, que les Puissances occidentales et particulièrement l’Union européenne doivent veiller à ne pas attiser les foyers de conflits potentiels. Pour les Eglises, il y a un beau programme d’action commune en faveur de la paix.
Mgr Philippe BRIZARD
Directeur général de l'Oeuvre d'Orient