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Entre folie et pusillanimité : la fidélité au Magistère vivant

Bien des dissidences, aujourd’hui dans l’Eglise, partagent ce trait caractéristique que l’on pourrait qualifier “d'intronomie”. Nous entendons par là cette tendance, plus ou moins forte, mais toujours marquée, à inverser radicalement la relation normale, catholique [qui découle spontanément du jeu de la foi], entre le jugement personnel et le Magistère, pour donner le dernier mot aux convictions de la conscience individuelle.

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DANS LA RELATION NORMALE, CE QUI EST PREMIER, C'EST L'EGLISE. Elle est première parce que c'est elle qui nous présente l'objet de la foi : « Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper ». Sans l'Eglise, pas d'exercice de la foi possible. On peut le regretter, rêver d'autres modalités, peu importe, c'est ainsi. C'est de la sorte, particulièrement, qu'elle est Mère. C'est ainsi que nous sommes par rapport à elle dans un rapport d'enfants à Mère, elle qui nous nourrit du lait de sa sagesse, de sa connaissance et de son expérience, historique, naturelle et surnaturelle. Elle est première et nous suivons ses pas. Nous l'écoutons et nous mettons notre foi à l'unisson, au diapason de la sienne. Elle nous éduque et ne nous trompe pas plus que Dieu, qui nous a confiés à elle. La qualité de cette relation est exigée par celle que l'Eglise a elle-même avec son Epoux, qui est le Christ, et qui est notre Voie, notre Vérité et notre Vie. Voilà le grand mystère où doit s'alimenter notre foi.

La foi s'enrichit ou s'appauvrit à proportion qu'elle se rapproche ou s'éloigne de cette perspective. Il ne s’agit pas ici du contenu matériel de la foi, de plus ou de moins dans la quantité, de simples énoncés dogmatiques. Il s’agit d'état d'esprit, d'esprit de famille en quelque sorte, de piété filiale, ce que saint Ignace évoquait en parlant de « sentir avec l'Eglise », comme on dirait respirer avec elle, au rythme de son souffle, de son coeur. Qui sait ce que c’est que d’aimer comprend ce qu’il en est. Celui qui aime entre dans le coeur de l'autre, il le devine, il le sent intuitivement, dans une saisie respectueuse qui est, indissociablement, une attente, une ouverture, une disposition à recevoir. De la sorte, la norme du comportement pour le fidèle [un mot qui en dit si long, y compris dans l'ordre de l'amour !], c'est la disposition première à recevoir.

Cette attitude commande chez le fidèle une attitude de bienveillance à l'égard du Magistère, qui doit le porter à rechercher, dans ses énoncés, la vérité exprimée et non pas la petite bête dont on se hâtera de décortiquer les tares et les “signes” pour s’en repaître soi même à satiété. La norme, en la matière, a été fixée depuis longtemps pour guider la prudence chrétienne : « Toute proposition [du magistère] qui contient en elle un sens douteux doit être comprise selon le sens qui conduit à une affirmation vraie » (1). C'est une leçon traditionnelle qui a été oubliée de beaucoup.

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DANS LA RELATION SUBVERTIE, C'EST L'INVERSE QUI A LIEU
. Quelle que soit la générosité du discours, les professions de foi ou et les émois de la piété, c'est l'ego du catholique qui est mis en avant, et au centre. Rares sont les catholiques, évidemment, qui disent ne pas aimer l'Eglise. Aussi n'est-ce pas la déclamation qui compte ici, mais l'inclination concrète, actuelle, de la foi, et son rapport à l'Eglise qui révèlent la vérité de la relation effectivement vécue.

Dans la relation subvertie, nonobstant les discours tenus, d’attachement à l’Eglise, et d’attachement au Saint-Père et au Magistère, c'est le jugement individuel qui prime et qui, de fait, tend à garder ultimement le dernier mot. Il en est ainsi chez les ”progressistes” comme chez certains “traditionalistes”. Lorsque l'Eglise parle, par son magistère, elle est convoquée au tribunal de la conscience individuelle, qui juge de sa catholicité, de sa conformité à l’Evangile. Ses affirmations sont tenues pour autant qu’elles ont été subjectivement validées.

L'une des objections majeures que l'on peut toujours opposer aux tenants de cette position subvertie sera toujours celle-ci : qui est garant de la véracité de vos analyses ? Ils vous répondront avec assurance que c'est le Christ, l'Ecriture, le passé, l'Apocalypse, que sais-je ! Mais c'est une dérobade. Car qui est garant de ce qu'ils sont interprètes authentiques – sans l'Eglise, voire contre elle – de la pensée du Christ en la matière, de l'Ecriture, du passé, de l'Apocalypse ? Eux-mêmes, toujours eux-mêmes, rien qu'eux-mêmes. Que l’on se souvienne de ce mot de Dostoïevski : « Si j'avais à choisir entre la vérité et le Christ, je choisirais le Christ ». De cette hypothèse absurde, les tenants de la relation subvertie tiennent le choix inverse : ils prennent le parti de ce qu'ils croient être la Vérité, au risque de s'opposer au Christ continué qu'est l'Eglise.

C’est ainsi que d’aucuns jugent certains enseignements de l’Eglise “dépassés”, et que d’autres rejettent ceux qu’ils jugent “non conformes à la Tradition”. Mais dans un cas comme l’autre, il ne s’agit que d'interprétations qu'au mieux on qualifiera de privées. Il est insensé de jouer sa vie chrétienne et son salut là-dessus. Que l’on veuille bien, donc, se souvenir de cet enseignement : « Ceux, donc, qui s'exposent au grave danger de s'opposer à l'Eglise, doivent méditer sérieusement qu'une fois que "Rome a parlé", ils ne peuvent passer outre même pour des raisons de bonne foi. Leur lien avec l'Eglise et leur devoir d'obéissance sont certainement plus stricts que pour ceux qui adhèrent à elle "seulement par un désir inconscient". Qu'ils comprennent qu'ils sont les enfants de l'Eglise, affectueusement soutenus par elle avec le lait de la doctrine et les sacrements, et que, après avoir entendu la voix de leur Mère, ils ne peuvent donc pas être excusés d'ignorance coupable. Qu'ils comprennent que le principe suivant s'applique à eux sans restriction : “La soumission à l'Eglise catholique et au Souverain Pontife est nécessaire pour le salut” » (2).

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L'EQUILIBRE ENTRE LES CHOSES ANCIENNES ET LES CHOSES NOUVELLES
, dans l’Eglise, a toujours été difficile à tenir. Mais c’est précisément au Magistère de l’assurer, et en lui que les fidèles trouvent la sécurité de leur foi.

Dans les années 1900, après avoir rappelé qu’aucun dogme ne s’opposait au progrès, le P. Arintero, o.p. soulignait que « la liberté de penser et même le libre examen, comme aussi la libre recherche, n’ont de sens que si la vérité est encore ignorée. Mais, une fois celle-ci bien connue, nous ne pouvons pas, sans folie, penser autre chose ». Ainsi, écrivait-il, «  celui qui peut penser que les trois angles d’un triangle valent plus ou moins deux droits est un ignorant » (3).

Mais, à l’inverse, il soulignait « qu’il ne suffit pas qu’une chose soit ou paraisse nouvelle pour qu’il faille la considérer comme mauvaise ou suspecte : toutes les grandes rénovations, les inventions ou les institutions par lesquelles Dieu est venu au secours de son Eglise, ont commencé comme des nouveautés et furent, en effet, dénoncées comme telles par les paresseux et les pusillanimes » (4).

Entre folie et pusillanimité, c'est la fidélité à l'Eglise et à son magistère vivant qui assure au fidèle la rectitude des voies qu'il doit suivre pour tendre à sa vocation première : l'édification du Corps du Christ et la sainteté.

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(1) Sixte IV, Romani Pontificis Provida, Denzinger n° 1407.
(2) Lettre de la Sacrée Congrégation du Saint-Office (8 août 1949) - à l'archevêque de Boston.
(3) La crisis científico-religiosa, 1900, Discours inaugural de la reprise solennelle des études supérieures exégético-apologétiques de Valladolid.
(4) Desenvolvimiento y vitalidad de la Iglesia, 1908, L. I, pp. 15-16.


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L
merci pour cette piqûre de rappel... c'est très difficile de truover l'équilibre dans tout ça. C'est un peuc ce que disait Jésus : on vous dira que je suis ici, d'autres là ! C'est souvent la grande confusion, comme avec ces pères jésuites dont vous parliez, qui prétendent innover au mépris de l'enseignement de la foi. en fait, il n'y a que l'humilité qui sauve. Sns elle, toutes les dérives sont possibles. Cordialement.
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