4 Décembre 2008
Les sages et les fous
« Il y a longtemps que le rôle de sage, disait Diderot, est dangereux parmi les fous. »
Cependant, notre monde moderne a ajouté des risques nouveaux, qui ne sait pourtant guère ce que c'est qu'être sage. C'est qu'il a rendu sportif et risqué l'exercice même du sens commun.
M. Vanneste, pour ne citer que cet exemple, en sait quelque chose puisqu'il a encouru les foudres et les condamnations de la justice de ce monde pour avoir eu l'audace, en gros, de soutenir que l'homosexualité ne constituait pas une voie très féconde pour une société. C'était, en effet, d'une hardiesse difficilement admissible.
Voici le tour de Mgr Vingt-Trois, cardinal archevêque de Paris et sage prélat, accusé devant la justice d'être coupable du crime de... "sexisme" !
Vous avez dit "sexisme" ?
Au fait, le "sexisme", qu'est-ce que c'est ? Le sage Dictionnaire informatisé de la langue française le définit ainsi : « Péj. [Gén. dans le lang. des féministes] Attitude discriminatoire adoptée à l'encontre du sexe opposé (principalement par les hommes qui s'attribuent le meilleur rôle dans le couple et la société, aux dépens des femmes reléguées au second plan, exploitées comme objet de plaisir, etc.) (...) ».
Autrement dit, le sexisme est une attitude discriminatoire à l'égard de l'autre sexe [il est supposé ici, n'en déplaise à Mme Badinter, qu'il n'y en a que deux], mais cet autre sexe n'est censé être lui-même que le sexe féminin. On peut être sexiste contre les femmes, mais non contre les hommes, le “principalement” étant ici assez rhétorique à en juger par l’usage commun du terme. D'ailleurs, il n'y a pas de "masculinistes", comme il y a des "féministes", même si des études américaines [le “must”, toujours, de la pensée sociologique] ont démontré que 10 % des hommes étaient battus par leurs femmes au foyer conjugal. Même si, également, l’expérience montre que dans la quasi-totalité des cas les pères se voient refuser systématiquement la garde de leurs enfants après divorce, y compris lorsque la femme elle-même travaille. Bref, la définition même du sexisme est quelque peu sexiste. Pas facile de s'y retrouver.
Soucieux que nous sommes d'y voir plus clair, sur cette grave question, nous nous sommes reportés, naturellement, aux définitions apportées par les Docteurs en la matière, en particulier Amnesty international France [Ici]. Cela donne ceci : « Un comportement sexiste est une attitude fondée sur des préjugés sexistes, eux-mêmes s'appuyant sur des stéréotypes sexistes ». Nous voici ainsi définitivement éclairés. Il est cependant ajouté : « C’est (...) un mot qui vient du mouvement politique féministe (américain) et qui ensuite a été élaboré théoriquement en relation avec une analyse rigoureuse des différentes modalités de la domination subie par les femmes dans la société. » Les "stéréotypes" évoqués sont les suivants : « L’homme est dit actif, créatif, la femme passive, réceptive ; l’homme va de l’avant, la femme est conservatrice ; l’homme est libre et hardi, la femme est prude et timorée ; l’homme embrasse l’abstraction, la théorie et les grandes idées, la femme s’attache au concret, au trivial et à la pratique ; l’homme réfléchit, il est rationnel, la femme est intuitive et sentimentale ; l’homme a le sens de l’humour, la femme pas, etc. On voit que dans ces couples de qualités opposées (sic), les femmes sont toujours dotées des propriétés les moins valorisantes. » Il est évident, en effet que la “pruderie” [dont la liberté serait le contraire, terrible disqualification de la pudeur et de la vertu, attachés pourtant au mot “prude”], l’esprit conservateur, concret et pratique, intuitif et sentimental, tout cela n’est que défauts et dévalorisation.
L'article ajoute : « Prendre conscience qu’ils existent [les stéréotypes] est le premier pas indispensable pour détruire les préjugés sexistes. » C'est donc, finalement très simple. Si vous communiez d'une manière ou d'une autre à cette dialectique [la pensée moderne est toujours très nuancée, on le voit ici encore], et que, naturellement, vous êtes un homme, alors, pas d'hésitation possible : vous être sexiste. Il ne vous reste plus qu’à vous soigner, à vous auto-laver le cerveau pour vous garder d’être un jour traîné devant un tribunal de la pensée pour vous être laissé allé à labialiser un stéréotype sexiste. Si vous êtes une femme, évidemment, c'est plus embêtant, puisque vous péchez contre vous-même. Jusqu'où ne va pas se nicher le sexisme ? Même là vous êtes infériorisée. Mais il paraît qu'il est question de réformer les hôpitaux psychiatriques. Ne désespérez pas. Une solution doit être possible.
Ce qu’on appelle chez nous la “discrimination” est punie par la loi, notamment lorsqu’elle s’opère par l’appartenance d’une personne à un sexe déterminé : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison (…) de leur sexe (…) » (art. L. 225-1 du code pénal). C’est ainsi qu’il est, en particulier, interdit de proposer un emploi en le réservant à un sexe déterminé (gare à vous si vous cherchez une “femme de ménage”…), sauf motif légitime tiré, notamment, de la pénibilité de l’emploi (Crim. 25 mai 1983, Bull. n° 154). L’idée qu’un homme est plus fort qu’une femme répond manifestement à un stéréotype coupable, mais la loi et le juge doivent parfois composer...
Le T.O.P.D. [Tribunal Opinatif de la Pensée droite, qui est généralement de gauche], lui, est plus rigoureux : tout sexiste doit être publiquement lapidé. Ce doit être le sort, en particulier, de Mgr Vingt-Trois, contre lequel, nous l’avons dit, une plainte a été déposée pour sexisme.
Les insupportables propos
Au fait, quels propos s’est autorisé le sage prélat ? Tenez-vous bien, le choc va être rude. Ecartez vos enfants de moins de 16 ans de l’écran pendant un instant, et laissez-vous submerger par l’horreur. Mgr Vingt-Trois a ou aurait dit ceci, dans un contexte qu'il nous est douloureux de méconnaître : « Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ».
Le propos [qui aurait fait les délices de Pierre Dac] pourrait paraître aller de soi pour un sexiste, notamment pour faire la différence entre une femme sensée (« Un don de Dieu », osait dire l’Ecriture, mais c'est vieux) et un aéroglisseur. Pourtant il est de soi insultant, diffamatoire, blessant, réducteur. Si le stéréotype sexiste suppose non seulement qu’une femme soit prude, conservatrice, intuitive et sentimentale, mais qu’en plus elle porte des jupes, où allons-nous !?
Enfin, on peut supposer que c’est ça le "sexisme" dans l’histoire. Ou bien est-ce de supposer qu’une femme à jupe puisse ne rien avoir dans la tête ? Doit-on alors attribuer à Mgr Vingt Trois de penser, à l'inverse, qu'une femme en pantalon serait moins susceptible d'être privée de cervelle ? La question est d'importance, car, au constat statistique du port majoritaire du pantalon aujourd'hui, chez les femmes, signe évident d'une libération aussi chèrement conquise que longuement attendue, il en faudrait conclure que le propos de Mgr Vingt Trois est tout sauf sexiste puisqu'il s'aligne sur un fait sociologique majeur de notre temps, expressif de la Promotion féminine. Le débat, décidément, est très complexe.
Puisse un jour la sagesse s’imposer au monde des fous.