(à suivre)
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© TRADUCTION, NOTES ET COMMENTAIRES
(1) NdT : Le P. Ramirez parle « d’œuvres de charité et de bienfaisance », mais nous préférons ne retenir que ce dernier terme pour éviter toute équivoque puisque l’auteur se situe ici d’un point de vue uniquement philosophique. L’idée développée n’y perd rien.
(2) NdT : Au sommet, si l'on peut dire, des exigences naturelles de l'homme à vivre en société, il y a le désir de communier avec ses semblables dans l'amitié. Significativement absente des discours politiques contemporains, l'amitié occupe en revanche une place capitale pour les Anciens. Aristote, pour ne citer que lui, a consacré à l'amitié les plus belles pages de l'Ethique à Nicomaque [L. VIII, cf. Trad. Gauthier et Jolif, Paris, Ed. B. Nauwerlaerts, 1970, t. I, pp. 212-275]. « Sans amis, qui voudrait de la vie, dût-il être comblé de tous les biens ? » (Loc. cit., p. 212). Rien n'est plus nécessaire à la vie, dit-il. Elle aide les jeunes gens, secourt les vieillards et les faibles, porte les uns et les autres à de belles actions et elle est si belle elle-même ! Il est éclairant de remarquer que c'est au sujet de l'amitié qu'Aristote étudie les différentes formes de gouvernement. Car l'amitié est également politique pour lui, puisqu'elle est humaine. Elle conduit les hommes à s'assembler, mais c'est aussi elle qui fait le ciment vivant du corps social constitué, de la famille à la cité, et il n'est de récompense plus élevée pour un prince ici-bas que d'être aimé de ses sujets. Singulière leçon pour notre temps, où la vie politique se nourrit des rivalités partisanes qui dressent régulièrement une partie d'un peuple contre une autre.
Vitoria, reprenant cette idée dans son étude du pouvoir, dit qu'à supposer même que l'homme puisse se suffire à lui-même, sans société, ce que toute la tradition à laquelle il se rattache exclut résolument, sa vie ne serait qu'un fardeau triste et désagréable (Leçon sur le pouvoir politique, p. 42, n. 4). Reprenant une idée magnifique, chère à Cicéron [L'amitié, XXII, 88], il ajoute que nous pourrions bien monter jusqu'au ciel pour y contempler tout l'univers et la beauté du firmament, tout cela ne nous servirait de rien si nous n'avions ne fût-ce qu'un seul ami à qui faire partager notre bonheur (Op. cit., p. 42, n. 4). La nature n'aime pas plus la solitude que le vide. L'expérience montre dans les comportements humains, chez ceux du moins qui ne se conduisent pas comme des « bêtes sauvages » (Op. cit. p. 43, n. 4), une inclination profonde à aimer et à être aimé. On en voit la preuve dans cette solidarité respectueuse qui unit les hommes dignes de ce nom, au-delà de leurs divergences réputées les plus indéracinables, au spectacle mystérieux et terrible de la souffrance et de la mort. Là, sans fard ni artifice, la nature parle à la nature et dément, par une éloquence qui se passe de tout discours, le cri absurde et cruel de Hobbes selon lequel l'homme ne serait qu'un loup pour ses semblables.
(3) Cf. De Regno, l. 1, c. 2, nn. 2-3, ed. cit. pp. 222-223.