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Québec - Déclaration de la conférence des évêques sur la dépénalisation de l'euthanasie

Voici une déclaration de la Conférence des évêques du Canada concernant le projet de loi qui devrait passer au Parlement du Canada à l'automne et tendant à dépénaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Le sondage que nous avons commenté ici il y a quelques jours n'était bien entendu pas publié sans raison. On mentionnera également, en marge de cette déclaration, un dossier très bien fait pour s'informer sur ce sujet et connaitre les arguments théologiques ou techniques qui militent contre la légalisation d'une certaine catégorie d'assassinats (cette qualification nous est imputable à nous seul et ne ressort évidemment pas des documents dont nous parlons !), sur le site du diocèse de Montréal (ICI).

On pourra télécharger ici, au format PDF, les documents suivants :




_________


"Le Parlement du Canada débattra prochainement du Projet de loi C-384, Loi modifiant le Code
criminel (droit de mourir dans la dignité), qui vise à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté au
Canada. 
 
Les personnes désireuses de rouvrir ce débat sont sans doute motivées par leur préoccupation
face à la souffrance des autres. Une regrettable compréhension de la compassion les amène
toutefois à proposer que l’on euthanasie les plus vulnérables plutôt que de leur assurer, jusqu’à
leur mort naturelle, les soins appropriés, un contrôle efficace de la douleur, ainsi qu’un soutien
social, affectif et spirituel. Lorsque l’on considère des gestes humains, il est toujours important
d’en déterminer l’intention le plus clairement possible, ainsi que les éventuelles conséquences,
afin de limiter le tort causé aux personnes directement concernées, de même qu’à l’ensemble de
la communauté, et de leur assurer le plus grand bien.
 
Certains des termes utilisés dans ce débat sont malheureusement trompeurs ou flous. Il ne peut
en découler que des discussions confuses et inutiles. Dans ce contexte, il devient également
difficile de trouver un terrain d’entente à partir duquel l’on peut évaluer les risques et l’impact
d’un projet de loi.
 
Du point de vue catholique, il est légitime de recourir à des médicaments et à d’autres moyens
pour soulager la souffrance, même s’ils peuvent avoir comme effet secondaire de réduire
l’espérance de vie. Une personne peut aussi légitimement refuser des procédures médicales qui
s’avèrent particulièrement pénibles. Mais ce qui n’est jamais acceptable, c’est de tuer de façon
directe et intentionnelle les personnes déprimées, handicapées, malades, âgées ou mourantes
(Catéchisme de l’Église catholique, n° 2276-77).
 
On voit difficilement comment une quelconque loi autorisant l’euthanasie et le suicide assisté
protégerait les plus vulnérables de notre société. Comment pourraient-ils faire confiance au
personnel soignant, à leur famille et amis, et à la société dans son ensemble, et croire qu’ils
continueraient à protéger leur vie ? Par leur nature même, l’euthanasie et le suicide assisté
effacent notre devoir commun de protéger la vie des autres. Il existe en outre une crainte tout à
fait fondée de voir l’euthanasie et le suicide assisté imposés à des personnes comme moyen de
réduire des coûts et de diminuer les charges incombant aux personnes soignantes.
Inévitablement, il en résulterait une société toujours plus fragmentée dont les membres vivraient
encore plus d’isolement et d’anxiété.
 
Alors que reprend, dans notre pays, le débat sur une question aussi importante, les évêques
catholiques du Canada invitent :
 
1) les membres du Parlement du Canada – députés élus de la Chambre des Communes aussi
bien que Sénateurs – à recourir à des définitions claires dans les débats qui s’annoncent et
à être attentifs au profond impact qu’aurait l’adoption de cette loi sur la vie des personnes
et de la communauté tout entière ;
2) tous les Canadiens et Canadiennes à mieux s’informer sur l’euthanasie et le suicide
assisté et à promouvoir, à la place, les soins palliatifs et les soins à domicile, afin d’aider
les personnes qui en ont besoin et celles qui les soignent ;
3) les catholiques, nos frères et sœurs appartenant à d’autres communautés chrétiennes ou à
d’autres religions, ainsi que toutes les personnes qui apprécient la beauté et la dignité
inhérente de la vie, à s’engager dans ce débat avec courtoisie et respect afin de témoigner
d’une profonde révérence pour toute vie humaine."
 
 
Le 21 septembre 2009
 
Monseigneur V. James Weisgerber
Archevêque de Winnipeg
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

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E
<br /> <br /> OUI à l'aide au suicide, mais NON à l'euthanasie !<br /> <br /> Au sujet de la différence entre l'euthanasie et l'aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu'il<br /> n'existe pas de différence entre les deux : dans un cas c'est le patient lui-même qui s'enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l'autre c'est le médecin qui la retire. Il faut d'abord<br /> préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l'on se situe sur le terrain de l'éthique, on peut raisonnablement soutenir qu'il n'existe pas de<br /> différence. Cependant, si l'on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l'euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est<br /> l'emprisonnement à perpétuité) et l'aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d'emprisonnement). Dans le cas de l'aide au suicide,<br /> la cause de la mort est le suicide du patient et l'aide au suicide constitue d'une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en<br /> 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu'une complicité que s'il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n'est<br /> plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l'aide au suicide est donc un non-sens.<br /> <br /> En revanche, l'euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et<br /> souffrances. Il y a ici une transgression à l'un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l'interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d'autrui. Nos sociétés<br /> démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le<br /> tissu social. On a d'ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l'euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se<br /> justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l'esprit, conclure que l'euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d'un acte exige la prise en<br /> compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d'abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont<br /> pas en mesure d'exprimer leur volonté) et les risques d'érosion de l'ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente<br /> glissante de l'euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l'euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l'encontre du<br /> consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :<br /> <br /> « Il existe, tout d'abord, un danger réel que la procédure mise au point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but<br /> premier, et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un<br /> fardeau pour les autres ou pour la société. C'est là l'argument dit du doigt dans l'engrenage qui, pour être connu, n'en est pas moins réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le<br /> consentement à l'euthanasie ne soit pas vraiment un acte parfaitement libre et volontaire »<br /> <br /> Eric Folot<br /> <br /> <br /> <br />
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