Au fils des articles et des documents publiés sur ce blog, ont été mis en lumière l'implication politique et sociale de l'Evangile et la corrélative nécessité d'un engagement politique des chrétiens, en le distinguant des choix partisans qu'ils effectuent en conscience. Si le Christ demande de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, s'il justifie l'autonomie du pouvoir temporel par rapport au pouvoir sprirituel, il ne la conçoit que dans le respect de la prééminence Divine et des principes fondamentaux qu'il nous a enseignés, Lui Dieu fait homme.
On doit à présent s'interroger, par petites touches successives, sur les orientations et préoccupations qu'implique notre christianisme et qui doivent guider nos actions et nos choix politiques, quel que soit l'engagement partisan qui peut être considéré par chacun comme le mieux à même d'en assurer la mise en oeuvre, et quel que soit le domaine particulier dans lequel il est appelé à s'exercer. Et peut-être découvrirons-nous que certains ont un comportement qui correspond à une politique chrétienne, même s'ils l'ignorent.
Le service de l'homme, créé et racheté, doit être la finalité poursuivie par le chrétien dans l'exercice de toute activité, quelle soit professionnelle, personnelle, associative, culturelle ou bien sûr politique. Quelle que soit la profession exercée ou le domaine dans lequel l'individu déploie ses efforts, son activité peut être menée dans un but exclusif d'enrichissement personnel ou de satisfaction de ses besoins propres, elle peut perdre de vue l'autre et le respect qui lui est dû : cela est incompatible avec une démarche chrétienne qui doit - même si l'on convient que ce n'est pas toujours facile - garder en ligne de mire l'objectif du service des autres et adapter ses décisions et choix au respect de cet objectif premier.
La décision politique n'échappe pas à la nécessité de s'inscrire dans la poursuite du service de l'homme. Elle peut prendre de formes diverses et s'exercer dans les domaines les plus variés, mais elle doit tendre au service de l'homme, parce qu'il est, en toutes circonstances, cet être que Dieu a voulu pour lui-même et qu'il a créé à son image et ressemblance.
Dire cela, c'est bien évidemment exclure de prendre des décisions dictées par un intérêt personnel ou par l'intérêt bien compris d'un groupe ; mais c'est également demander de placer l'homme au centre et le faire primer dans ses choix ; et par conséquent, c'est tendre à faire en sorte que l'action publique se place au service de l'homme pour favoriser son développement et son épanouissement, au lieu de tenter de l'asservir ou de le modeler aux exigences du moment. Il s'agit ainsi non seulement d'aider les individus, mais également de préserver l'environnement - écologique, juridique ou familial, notamment - la paix et la fraternité, autant d'éléments qui lui sont indispensables pour s'épanouir pleinement.
La deuxième préoccupation inhérente à un engagement chrétien est celle de la défense de la pleine et entière dignité de l'homme. La décision (quelle soit politique ou non), pour satisfaire à l'exigence chrétienne, doit respecter ou tendre à promouvoir la dignité pleine et entière de chaque individu. Cette dignité est acquise à chacun par nature, sans qu'elle puisse être discutée ou aménagée au gré des lattitudes ou des époques. La dignité prend ici un sens des plus large, qui implique un certains nombre d'autres valeurs, comme la liberté, l'égalité de droit, le droit à l'intégrité physique ou l'exigence de justice.
(A suivre)