De la liberté d'expression (suite) : l'affaire Raymond Barre
7 Mars 2007
Rédigé par La rédaction et publié depuis
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L'actualité nous donne l'occasion de poursuivre notre analyse des périls qui menacent la liberté d'expression en France et une illustration malheureuse de la dérive précédemment évoquée.
M. Raymond Barre, centriste, ancien premier ministre, ancien candidat UDF à la présidence de la République, homme posé et modéré s'il en est, aurait, au soir de sa vie, révélé sa nature antisémite, pour avoir simplement fait valoir son droit à la liberté d'expression.
"« Il y a une clique qui, depuis 1979, me poursuit pour me faire passer pour antisémite, a déclaré hier Raymond Barre sur RTL.Les procédés sont très singuliers, mais cela me laisse indifférent. Et c'est cette indifférence qui les outrage », a poursuivi l'ancien premier ministre. Raymond Barre réagissait à l'accusation d'antisémitisme lancée contre lui le matin même dans Libérationpar le réalisateur Claude Lanzmann, auteur du documentaire Shoah. La polémique est née des déclarations de l'ancien chef du gouvernement sur France Culture le 1er mars. Évoquant les réactions aux propos qu'il avait tenus le 3 octobre 1980 après l'attentat de la rue Copernic, Raymond Barre a dénoncé une« campagne » qu'aurait déclenchée à l'époque contre lui« le lobby juif le plus lié à la gauche ».Il a ajouté :« Je considère que le lobby juif - pas seulement en ce qui me concerne - est capable de monter des opérations qui sont indignes et je tiens à le dire publiquement ».L'ancien hôte de Matignon avait par ailleurs de nouveau défendu la mémoire de Maurice Papon, qui fut ministre du Budget dans son gouvernement. Il avait enfin critiqué la condamnation de Bruno Gollnisch pour propos négationnistes au nom de la liberté d'expression, tout en« blâmant »ses déclarations"
Les réactions sont sans mesure (site Figaro) :
"Dès vendredi, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) avait réagi et estimé que l'ancien premier ministre avait « rejoint l'extrême droite ». Plusieurs associations proches de l'extrême gauche - le Mrap, la Ligue des droits de l'homme - ont à leur tour évoqué hier « des déclarations déshonorantes ». Le porte-parole du PS, Julien Dray, a demandé « à la droite et en premier lieu à la famille politique d'origine de Raymond Barre une condamnation sans appel de ces propos ». Peu après, François Bayrou a déclaré qu'« il n'y a rien à commenter, rien à discuter, rien à expliquer » dans les propos de Raymond Barre, qui « sont purement et simplement inacceptables » (cf. aussi, par exemple, le site RTL faisant état d'autres réactions : "La Ligue des droits de l'homme a qualifié ces propos de "déshonorants". Des propos qui ont aussi été jugés "indignes" par le Parti socialiste. Quant au Conseil représentatif des institutions juives de France, il s'est dit "scandalisé". Enfin, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples a exprimé son "indignation" et son "inquiétude"). Cette polémique est proprement renversante, qui illustre parfaitement la prétention de certains à diriger l'expression et l'opinion des citoyens. Ceci est d'autant plus manifeste que la victime de ce tollé médiatique est un homme modéré, indépendant des idéologies et tenu pour tel par les Français.
Deux choses sont inadmissibles dans cette polémique.
(1)La première est la violence inouïe des réactions (exemple). Le ton est impératif, voire comminatoire. Sans mesure ni respect. A peine est-il adouci d'un moralisme de circonstance. Elles émanent de censeurs absolus et incontestables. Le sont-ils ? L'histoire nous adresse certains clins d'oeil malicieux. On sourit de l'émoi d'un Julien Dray, qui doit tout au président Mitterand, dont le passé apparaît pourtant, en matière de collaboration, bien plus proche de l'antisémitisme que la déclaration prétendument sulfureuse de M. Barre. Qui sont donc ces gens, pour dispenser sans appel, du haut de leur Olympe, l'opprobre ou l'atimie ? Quelle est leur autorité et leur légitimité pour décréter, aussi péremptoirement, que tels propos sont inadmissibles, inacceptables et même, sur un plan moral, indignes ? Quel glaive pousse donc aux reins ces âmes pures pour transformer ainsi une affaire qui, finalement, ne concerne que M. Barre, en Affaire nationale de salut public ? Sans rire : voudrait-on nous suggérer que ce dernier n'a pas tort que l'on ne s'y prendrait pas autrement.
Il est parfaitement légitime de ne pas être d'accord avec les propos tenus et de l'exprimer. Mais ce qui frappe (à tous points de vue) c'est que, finalement, le fond de la déclaration, supposé justifier la flagellation publique, n'est pas même discuté. On en reste à des anathèmes moraux lancés pour disqualifier et salir l'auteur, sans débat de fond, pour l'intimider et le faire taire. L'hérésie est d'ailleurs si manifeste que les censeurs n'en appellent au juge qu'avec la certitude qu'il prononcera la condamnation qui s'impose. Ah que la peine de mort n'a-t-elle pas été réservée pour ce crime ! Cela laisse en tout cas à penser que les détracteurs de Raymond Barre n'ont pas d'argumentation sérieuse à lui opposer.
Il est pour le moins curieux, dans une société démocratique, de devoir presque s'excuser de dire que la parole de M. Raymond Barre est aussi légitime et respectable que celle de M. Lanzman. N'en déplaise aux pourfendeurs, le droit du premier à s'exprimer librement est constitutionnellement garanti, au même titre que celui du second. Le procédé et le déni de ce droit des censeurs médiatiques portent à cette évidence : nous assistons à un procès pour délit d'opinion, purement et simplement.
(2)La seconde est que le fond, finalement, est totalement esquivé. Le concert “médiatiquement correct” a manifestement perdu ce qui lui restait de tête !
Parler d'un "lobby juif" et dire qu'il est capable de manoeuvres ; déclarer d'un fonctionnaire condamné pour complicité de crime contre l'humanité qu'il a, en d'autres circonstances, servi l'Etat et d'un autre qu'il ne méritait pas d'être sanctionné pour avoir exprimé une opinion qu'au demeurant on réprouve expressément, ce n'est pas de l'antisémitisme.
Un lobby est un groupe de pression. Des lobbies économiques, philosophiques ou confessionnels existent. Qu'ils soient chrétiens, musulmans ou juifs, ils tentent effectivement - c'est leur fonction - de faire valoir leurs opinions (d'ailleurs les groupements réagissant aux propos de M. Barre ne sont-ils pas eux-mêmes des lobbies ?). Est-ce anormal de le mentionner, même par un raccourci verbal ? Que des lobbies lancent de fausses polémiques s'est déjà vu. Est-il anormal pour quelqu'un qui est attaqué depuis plus de 20 ans par certains groupes d'intérêt de se défendre ? Une personne peut-elle se voir interdire le droit de manifester une opinion sur les qualités d'un fonctionnaire qui est resté longtemps au service de l'Etat et dont il sait que le parcours ou la personnalité ne peuvent (j'avoue n'en rien savoir) être réduits au procès qui lui a été fait 60 ans après la guerre pour son comportement d'alors ? Est-il interdit de contester une condamnation pénale entravant la liberté fondamentale d'expression, alors même que l'on condamne le fond des propos litigieux ?
A ces questions, un démocrate ne peut répondre que NON.
Les propos de M. Raymond Barre n'ont rien de scandaleux, d'indignes, ni de déshonorant ! Ils expriment son opinion et il est libre de les tenir. Peut-être sont-ils erronés, je n'en sais rien et - à la limite - ne m'en soucie pas ici : mais si c'est le cas, les injures n'y feront rien ; seule une réponse argumentée est légitime et utile.
L'omniprésence des censeurs médiatiques et la place respectueuse, voire craintive, qui leur est accordée est une atteinte à la démocratie et à la liberté d'expression qu'ils prétendent restreindre pour ceux qui ne sont pas de leur camp, au mépris du respect de la diversité des opinions, principe fondateur de notre régime politique.
Elle est, en outre, totalement inefficace et même contreproductive. Depuis les années 80, elle s'exprime sans frein et n'a eu, par exemple, d'autre effet que de faire progresser le Front national qu'elle prétend combattre. Car à force de draper dans des anathèmes moraux des critiques qui n'en relèvent pas, le citoyen, même bercé de la musique aseptisée de médias complaisants, finit par percevoir le mensonge et la manipulation. Et il n'a alors de cesse de se dire que seuls ceux qui sont hors du système peuvent résoudre ses problèmes, ce qui est une deuxième atteinte au fonctionnement démocratique résultant de l'omniprésence des censeurs politiquement corrects.
M. Barre, que vous ayez tort ou raison, non seulement en tant qu'ancien premier ministre, qui donc doit en savoir beaucoup sur les coulisses du et des pouvoirs, mais également en tant que citoyen, merci d'avoir parlé sans céder aux intimidations de certains groupes de pression et d'intérêt. C'est l'honneur de la démocratie, que doit guider la phrase de Voltaire, qui sur ce point au moins n'avait pas tort, même si son comportement ne l'a pas toujours illustré : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».
l'article de Lanzmann sur Barre est consternant : haine, procès d'intention, diffamation, calomnie, appel à la condamnation. Rien n'y manque. Ce qui est drôle c'est que ce personnage a une façon de dire que le lobby en question n'existe pas qui donne vraiment l'impression qu'il existe, comme vous l'écrivez. Et d'ailleurs, a-t-il déjà entendu parler de Jimmy Carter ou de James Baker qui, parmi de très nombreux autres, disent la même chose ? Oui, consternant. Et dire que ces gens se prennent pour des phares...