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La vérité, les évêques allemands et le sort des palestiniens

    « Qu’est-ce que la vérité ? » Cette question de Pilate dans le procès de Jésus, ne cessera de hanter le monde. Evidemment, dans ce dialogue terrible du Juste et du juge, c’est bien de la vérité qu’incarne le Christ qu’il est question, lui qui est, selon son propre témoignage, « voie, vérité et vie ». De la question posée dépend dès lors le sort de tout homme, de toute société, de l’histoire du monde.


    Mais cette question se démultiplie dans tout l’ordre humain, dans toutes les déclinaisons analogiques de l’être et du vrai. L’intelligence peut-elle atteindre la réalité des choses, qui devient alors la mesure de son rapport à la vérité ? Ou bien tout n’est-il qu’illusion, constructions subjectives et changeantes de l’esprit ?


    Les rapports humains, et la politique en particulier, sont toujours venus brouiller les cartes de ces interrogations primordiales, en y ajoutant cette interrogation où se mêlent le calcul, la crainte, l’intérêt ou la prudence : faut-il dire la vérité ? Dans le fond, tout le monde sait bien qu’il atteint quotidiennement la vérité des choses, y compris l’esprit libéré qui prétend que tout est relatif et qu’aucune vérité ne peut être établie, de la chaleur du café du matin à l’affirmation même qu’aucune vérité n’existe, laquelle tient pour vrai que le vrai est illusoire. Mais la vérité que l’on saisit, et dont on sait bien qu’on l’a saisie, peut-on la dire, doit-on la dire ?


    Il y a bien sûr une multitude de situations où l’on est excusé de la taire, sans entrer pour cela dans la sphère empoisonnée du mensonge. Ainsi, nul n’a à se diffamer et il est des circonstances où mieux vaut se taire que de parler, afin de ne pas blesser autrui. « Toute vérité selon l’adage – n’est pas bonne à dire ». Ce qui fait cependant le lien entre elles, c’est le jugement de prudence de chacun.

 

    Il existe en revanche des circonstances où l’on vous empêche de dire la vérité. Où, à proprement parler, la vérité n’a pas droit de cité, au moins sur certains thèmes. Où elle est donc hors la loi. Tous les totalitarismes s’entendent à définir ainsi les limites sociales de ce qui peut être dit, et de ce qui ne peut l’être. L’idéologie, qui en est la forme – au sens où l’on parle de principe formel, par rapport à une matière déterminée – en agit de même, en quelque lieu, en quelque structure ou en quelque régime qu’elle s’exprime. La tentation de ne pas laisser place à l'expression du vrai ou de certaines vérités ou de ne pas en accueillir l'interrogation est dès lors constante.


    L’actualité nous en offre un exemple, une fois de plus. Une polémique s’est élevée en Allemagne, à la suite du voyage de 27 évêques catholiques allemands, au mois de mars, en Israël, dans les territoires palestiniens. Ces évêques sont revenus indignés par ce qu’ils ont y vu, en particulier par la situation faite aux palestiniens et par le mur censé séparer les deux communautés. Tel est le point de départ et, au fond, le seul objet de la question posée. Mgr G. M. Hanke, évêque d'Eichstätt, a déclaré : « Le matin, nous avions vu à Yad Vashem des photos du ghetto inhumain de Varsovie. Le soir, nous avons traversé le ghetto de Ramallah. C'est exaspérant ! ». Le cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne, a comparé le “mur de protection” érigé par Israël au mur de Berlin : « Je ne pensais pas revoir quelque chose de ce genre de ma vie. Ce mur tombera comme le mur de Berlin avant lui ». Mgr Walter Mixa, évêque d'Augsburg, avait aussi dénoncé une « situation de ghetto », fondée sur une situation « de racisme ou presque » (Sources : Le Monde, 9 mars 2007).


    Aussitôt, la polémique s’est enflammée, violente. M. S. Stein, ambassadeur d’Israël en Allemagne a déclaré : « Quand des termes comme ghetto de Varsovie ou racisme sont utilisés en relation avec les politiques d'Israël ou des Palestiniens, on a tout oublié ou on n'a rien appris et on a échoué moralement ». M. A. Shalev, président de Y. Vashem, plus mesuré, a admis que la critique de la politique israélienne était possible mais qu’il ne l’était pas d’établir de comparaisons avec les pratiques nazies. Sur ce point les évêques sont revenus en arrière. Beaucoup plus équivoque, la présidente du Conseil central des juifs en Allemagne, Mme C. Knobloch a déclaré que les propos tenus par les évêques étaient «  à la limite de l'antisémitisme » (Le Monde, préc.), comme si la critique de la politique israélienne devait s’identifier, plus ou moins, à de l’antisémitisme.


    On comprend évidemment sans peine que des juifs, compte tenu des circonstances historiques, puissent trouver particulièrement blessantes de telles comparaisons, qui ont été faites, au demeurant, par d’autres juifs, bien avant lesdits évêques. Mais on est tout de même bien tenté de penser que ces condamnations morales et cette invocation de l’antisémitisme sont, en partie du moins, des paravents. La vraie question est là : le traitement réservé aux palestiniens est-il humain ou inhumain ? Juste ou injuste ? Car c’est bien le fond de la question évoquée par les évêques, chacun le sait (1). Justifie t-il ou non l’indignation de ceux qui le découvrent, ou qui voient aussi le fameux mur traverser, en violation de leurs droits, des propriétés appartenant à des communautés chrétiennes ? Ce mur a-t-il plus de chance de subsister que le mur de fer, même si les circonstances de son édification sont très différentes ? Un honnête homme, soucieux de paix et de respect de la personne humaine, qualités que l’on ne saurait dénier aux évêques mis en cause, peut-il librement poser ces questions ? Il y a bien une réponse vraie à apporter à chacune d’elle, pour tout homme de bonne volonté. Mais tout se passe comme si la question même, et le vrai possible qu’elle peut entraîner, ne pouvait pas, ne devait pas être posée.


    Il est vrai que les mots ont un sens et une histoire, et qu'en particulier le mot ghetto est directement lié, depuis le XVIème siècle vénitien, aux situations d'injustice infligées aux juifs. Mais chacun sait que le terme est passé dans le vocabulaire courant pour désigner, selon le Dictionnaire de l'Académie française, un
« quartier où une communauté vit isolée du reste de la population », contre son gré, « dans des conditions généralement misérables ». Ainsi, malheureusement, l'actualité française autorise à l'employer à l'égard d'une multitude de populations différentes. Le seul sens donné par les évêques à leur message était bien évidemment celui-ci : « Vous qui avez tant souffert, pourquoi, là-bas, faites-vous tant souffrir ?». L'interrogation n'a rien d'insultant.  Elle n'a évidemment rien à voir avec le racisme. Elle repose sur une perception de l'homme, du droit, du juste et de la civilisation puisée dans un héritage biblique commun.


    Nous vivons dans des sociétés humaines, au moins en cela qu'elles sont composées d'être humains, créés, rappelons-le spécialement en l'espèce, à l'image de Dieu :
« Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa » (Genèse 1,27). Cela est vrai de tout homme, ce qui autorisera toujours un homme à interroger un autre homme sur le sort qu'il réserve à son semblable. Créé à l'image de Dieu, cela veut aussi dire doué d'une intelligence, et libre. A cet égard, cette interrogation, moins qu'en aucun domaine, ne peut se voir simplement opposer le discours menaçant et moralisateur des censeurs, qui entendent dicter au genre humain ce qui doit être cru et ce qui ne peut être dit.

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(1) Sur ces questions, nous invitons nos lecteurs à lire l’ouvrage mesuré du Père Marcel-Jacques Dubois, O.P., professeur de philosophie à l'Université hébraïque, grand prix d'Israël, animateur de la maison Saint-Isaïe, qui a été l’un des pionniers du dialogue entre Israël et l'Eglise catholique. Cet ouvrage, intitulé Nostalgie d’Israël, publié aux Editions du Cerf (2006), constitue un très intéressant témoignage à la fois spirituel, théologique et politique, où l'auteur manifeste certaines désillusions.

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L
Il faut en effet avoir le courage, au mileu de ce fanatisme d'apporter la vérité des esprits libres. Ras le bol de ce sectarisme qui ne fait illusion à personne...
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Z
enocre une fois des propos qui libèrent. Merci de les dire pour tous. En r"alité il s'agit de protéger la politique israélienne, tout le monde le sait et ce n'est pas étonnant que la réaqction la plus disproportionnée soit celle de l'ambassadeur.Bien à vous
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