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François Bayrou : un catholicisme schizophrénique ?

    M. François Bayrou se définit comme catholique pratiquant, ce qui ne peut que nous réjouir. Sur son site de campagne on trouve ainsi des idées pertinentes sur ce point. Par exemple :

"Vous ne pouvez pas croire avec la moitié de vous-même. La foi est faite pour être comprise et habitée. Et spécialement parce que toute religion suscite une anthropologie, une conception de l’homme. Par exemple, ce n’est pas rien de penser la communion des saints. Cette idée chrétienne qu’une personne peut assurer le salut d’une autre personne ! Si l’on accepte cette idée, cela veut dire que personne n’est étranger à l’autre, à son frère, à son prochain." (Ici).

Pourtant il ne cesse de répéter que sa foi chrétienne est strictement personnelle et n'influence pas son action politique, et il s'oppose à la reconnaissance des racines chrétiennes de l'Europe, qui constituent pourtant une évidence première... Il déclare ainsi, encore récemment à La Croix (12 avril 2007) :

"Pour ma part, je ne me sens pas engagé par des prescriptions qui viennennt de l'autorité ecclésiale, malgré le respect et l'affection que, comme homme (sic), je peux avoir pour elle".

M. Bayrou fait ici une confusion majeure, en ne cessant de répéter qu'il n' a pas à obéir aux lois de l'Eglise en politique. Comme nous l'avons déjà écrit [cf. "Les candidats et la religion", Ici], personne ne lui a jamais enjoint de se soumettre à quelque loi religieuse que ce soit. Les questions ici débattues ne relèvent pas du droit ecclésiastique mais du droit naturel. Il est grave, quand on se dit catholique (après tout, personne n'exige de lui cette profession de foi explicite, au regard de la laïcité qu'il invoque lui-même), de considérer que l'Eglise est sans autorité sur ce point, alors qu'il entre dans la foi des fidèles qu'elle est "gardienne de l'ordre naturel et surnaturel". Il serait plus souhaitable de faire silence sur son catholicisme et d'en tenir pratiquement compte que de l'afficher ostensiblement et de soutenir de telles thèses.

Rappelons, en passant, cet enseignement explicite de l'Eglise :

"L'Église a le droit d'être pour l'homme maîtresse de vérité de la foi : de la vérité non seulement du dogme, mais aussi de la morale qui découle de la nature humaine et de l'Évangile. De fait, la parole de l'Évangile ne doit pas seulement être écoutée, mais aussi mise en pratique (cf. Mt 7, 24; Lc 6, 46-47; Jn 14, 21.23-24; Jc 1, 22) : la cohérence au niveau des comportements manifeste l'adhésion du croyant et n'est pas circonscrite au milieu strictement ecclésial et spirituel, mais elle investit l'homme dans tout son vécu et selon toutes ses responsabilités. Bien que séculières, celles-ci ont l'homme pour sujet, c'est-à-dire celui que Dieu appelle, à travers l'Église, à participer à son don salvifique.

"L'homme doit correspondre au don du salut non par une adhésion partielle, abstraite ou verbale, mais par toute sa vie, selon toutes les relations qui la caractérisent, de sorte qu'il n'abandonne rien à un milieu profane et mondain, qui serait sans importance ou étranger au salut. Voilà pourquoi la doctrine sociale n'est pas pour l'Église un privilège, une digression, une commodité ou une ingérence: elle a le droit d'évangéliser le social, c'est-à-dire de faire résonner la parole libératrice de l'Évangile dans le monde complexe de la production, du travail, de l'entreprise, de la finance, du commerce, de la politique, de la jurisprudence, de la culture et des communications sociales, dans lequel vit l'homme" (Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise, n. 70).

Comme l'avait fortement rappelé Pie XII, cette doctrine sociale n'est pas non plus facultative pour un catholique.

    N'est-ce pas un  signe préoccupant d'incohérence, qu'une légitime volonté de préserver la laïcité ne peut masquer ? Car en s'affirmant croyant, il reconnaît la primauté de certains principes, touchant notamment à la nature et à la dignité humaine. Dès lors, comment revendiquer de ne pas en tenir compte dans son action publique ? Subséquemment, s'il les met de côté, selon quels principes, qui ne seront pas les siens et seront relatifs, se déterminera-t-il ? Et dès lors, comment lui faire confiance ? M. Bayrou, manifestement, n'est pas un catholique honteux. Mais l'idée de la laïcité qu'il se fait, qui n'est pourtant qu'institutionnelle, le fait entrer dans de telles frilosités morales et comportementales qu'il fut l'un des rares hommes politiques français - rappelons-le tout de même - à s'être opposé, avec M. Montebourg, à ce que les drapeaux nationaux fussent mis en berne à l'annonce de la mort du pape Jean-Paul II ! On nous excusera de penser que c'est une autonomie de la conscience qui pousse le bouchon vraiment bien loin.

Un peu plus de cohérence et de courage, sans vouloir remettre en cause ni l'indépendance nécessaire et légitime d'un président de la République au regard des prescriptions temporelles de l'Eglise, ni le principe de laïcité qu'il faut effectivement préserver, aurait été souhaitable pour permettre d'appréhender la façon dont il pourra se déterminer sur les questions qui se poseront sur des sujets anthropologiques majeurs.

    Les propos qu'il tient enfin à propos de l'islam, dans le même entretien de La Croix, méritent encore d'être soulignés. Interrogé sur la question de savoir s'il est acceptable qu'un musulman se présente d'abord comme tel avant de se dire Français, il répond :
« Pas plus que lorsqu'on disait "catholique et Français toujours" », ce qui est consternant. Jamais le cantique à la Vierge, ainsi évoqué, n'a signifié, chez les catholiques, une séparation quelconque entre foi et adhésion sociale, tout au contraire ! Il constituait la proclamation d'une appartenance traditionnelle à une société qui avait été forgée dans et par le catholicisme, en référence aux saints qui ont accompagné son histoire : « O Marie, O mère chérie, garde au coeur des Français la foi des anciens jours ». On peut évidemment être insensible à cet attachement, et plus encore à son formulation musicale ; cela ne justifie pas d'en dire des sottises.

Consternante, la proposition l'est aussi dans la comparaison établie avec les propos de quelqu'un qui se dirait musulman avant d'être Français. M. Bayrou a-t-il seulement la moindre connaissance de ce qu'est l'islam et de ce qui le distingue du christianisme, dans son rapport au temporel, lui qui se propose, dans le même article, de faciliter l'installation de l'islam en France
« comme s'il y avait une nouvelle famille dans le village »  ?

Il est pour le moins paradoxal de revendiquer le catholicisme comme argument électoral  et de prendre tant de libertés avec lui.
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F
Paradoxalement, Sarko est plus en phase avec ses convictions catholique qu'il assume sans les complexes de Bayrou.
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A
d'accord a 100 %. Il faut en finir avec cette hypocrisie. Si je me présente à une élection quelque part, professionnelle ou autre, je n'ai pas besoin de dire que je suis catho. D'ailleurs tout le monde s'en fout. Ca m'empêche pas d'agir comme je crois devoir le faire par ce que l'Eglise me donne pour moi et les autres. Ca sert à quoi de dire qu'on est catho juste pour se donner l'occasion ensuite de dire qu'on est un esprit libre quui ne tient pas compte de l'Eglise dans ses choix ? Ne tournons pas autour du pot. C'est du mercantilisme spirituel, de la pêche au catho sans prendre le risque d'éffaroucher les autres. Ridicule.
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