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Les non-événements de 1968...

    On a dit et redit, en cette campagne électorale, que cette dernière était terne, sans intérêt, creuse. En réalité, c’est bien le contraire. Il est probable qu’aucune campagne n’a donné matière à des débats si graves et si décisifs pour la vie en société. A la différence de la très terne campagne présidentielle précédente, où le candidat socialiste n’avait pas craint de dire qu’il n’était pas socialiste, on assiste également au retour de vrais clivages, comparables à ceux des années 1970, où l’on pouvait parler de « choix de société ».

 
De récents échanges entre les deux candidats en lice permettent de le confirmer, sur un thème inattendu mais finalement bienvenu : 1968. Dans un de ses discours, M. Sarkozy a fustigé cette période en laquelle il voit le déclin des valeurs attachées au travail et à l’autorité. Mme Royal s’est aussitôt saisie du propos pour le moquer. Quoi, 1968 aurait-il quelque rapport avec un déclin social ? Ah, ha, rions-en !

 
C’est pourtant un fait avéré, pour ceux qui ont des yeux pour voir, que “1968” a marqué un tournant considérable dans l’évolution des mœurs, publiques et privées. Ce n’est pas le lieu d’en faire le bilan. Il suffit ici de s’arrêter à ce fait : pour nombre d’hommes de gauche – je ne sais s’il en est ainsi de tous – “1968” n’a aucun effet causal. Ce sont des événements passés, voilà tout. Ceux qui observent le déclin des mœurs ne parviennent pas, ou se refusent, à le rattacher à cette période. Celle-ci est supposée n’avoir aucun rapport avec la période présente, la crise de l’autorité, la perte de sens, l’effritement des valeurs, la disparition des hiérarchies, la crise de la famille ou celle de l’autorité.

 
Les bons mots de Mme Royal sur le sujet, apparemment anodins, sont peut-être la marque la plus certaine et la plus significative du clivage qui la sépare de son adversaire. Son programme avance sur une amnésie et une cécité premières qui hypothèque la crédibilité de ce qui est qualifié « d’ordre juste ». Dans n’importe quelle crise, il n’y a de remède que là où un diagnostic exact vient assigner les causes du mal. Sans lui, il peut y avoir de bonnes idées, de bonnes intuitions, de bonnes volontés, mais sans efficacité réelle possible.

 
Il se trouve que nous allons fêter l’an prochain les quarante ans de ce “1968” supposé sans effet. Paradoxalement il y a gros à parier que si la gauche l’emporte à ces élections, elle aura à cœur de magnifier l’événement. 1968 est supposé être sans effet mais n’est pas sans enfants, qui goûteront de se rajeunir à l’évocation de leurs rébellions passées, du temps très pur où ils n’étaient pas encore de petits ou grands bourgeois.

 
Et si l’on revenait, en effet, un peu en arrière ? Et si l’on réfléchissait sur ce que ces années-là ont changé dans le monde, dans la société politique, dans la famille, et en l’homme lui-même ? Il est permis de penser qu’il y a là matière à de salutaires réflexions.

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