9 Mai 2007
Pitoyable politique… le mérite de la démocratie, en principe, est de faire participer les citoyens à la gouvernance de la cité, pour qu’ils soient associés à la poursuite et à la réalisation de leur bien commun. A son fronton, chacun s’accorde à placer le respect de la volonté générale et l’acceptation de l’expression de cette dernière. Cette règle est si forte que, de fait, la plupart sont prêts à l’admettre contre le sens commun lui-même : il suffit que la majorité l’emporte sur un point pour qu’elle soit regardée comme la loi applicable, mieux, comme la vérité normative, non seulement de ce qui doit être fait, mais aussi des convictions et des comportements. On se souvient de ce mot si délicieux de Mme Simone Veil à des opposants à l’avortement : « Vous avez tort parce que vous êtes minoritaires ».
La logique voudrait donc qu’au soir d’une élection où un candidat a obtenu une majorité de plus de 53 % des suffrages exprimés, une part considérable de citoyens s’étant prononcés, l’on s’incline devant cette décision pour entrer dans l’intention générale ainsi exprimée.
Seulement, comme disait l’abbé Berto, d’heureuse mémoire et d’impitoyable bon sens, la logique ne vous donnera raison que si vous avez raison d’employer la logique. Or ici, ce n’est pas le cas. Au soir même de l’élection, on entendait déjà sur les plateaux de télévision les représentants du parti vaincu appeler à la mobilisation et à la résistance les « démocrates » et les « hommes et les femmes de progrès ». Guerrière, la revue Marianne présente une manchette annonçant le « formidable combat qui attend les républicains ». Sonnez, sonnez, trompettes de l'Apocalypse !
Tout le monde s’est félicité, comme d’un succès démocratique, de l’importante participation électorale. Mais sitôt exprimé le choix de la majorité des Français, celle-ci n’est plus qu’une armée ennemie à combattre. Les Français ont été suffisamment citoyens pour être électeurs, mais ils ne le sont pas assez pour être démocrates. Pour être « démocrate », « homme ou femme de progrès », voire « républicain », selon la traditionnelle idéologie révolutionnaire, il faut, en l’occurrence, être homme de gauche, exclusivement de gauche.
La loi de la majorité, finalement, ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à provoquer des mouvements institutionnels. M. Sarkozy sera à la tête de l’Etat, et pas dame Royal, voilà tout. Mais que M. Sarkozy vienne, s’il le veut et s’il le peut, à appliquer le programme sur lequel s’est exprimée très clairement la majorité des citoyens de ce pays, et les forces « démocratiques », « républicaines » et de « progrès » seront là pour y faire obstacle, encouragées et soutenues, comme de bien entendu, par ceux-là qui, hier, cherchaient encore à nous convaincre qu’ils étaient seuls à être en mesure d’assurer, de manière responsable, les intérêts de la collectivité. La majorité des Français dégagée par les élections ne peut prétendre à l’application de la règle démocratique majoritaire parce qu’elle n’est pas une majorité de gauche. Elle est supposée n'être même ni démocratique, ni républicaine, ni, naturellement, "progressiste".
Etrange paradoxe, étranges illusions et manifeste hypocrisie. On discute à perte de vue sur le caractère réformable ou non de cette société, “en panne” en bien des domaines. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de « pourri au royaume de Danemark » dans cette application même des règles censées la gouverner ? La logique – applicable celle-là – de cette société civile n’est-elle donc que celle d’une sorte de guerre civile permanente, contre ses lois réputées les plus sacrées ? La démocratie, finalement, n'est-elle pas malade de son système idéologique ? Le parti vaincu, manifestement, ne s’incline devant l’expression de la majorité que par une courbette formelle. Il n’a ni l’intention, ni la volonté de la satisfaire, et moins encore ceux de concourir au succès du programme vainqueur, lors même que celui-ci devrait servir finalement le bien commun. La logique du parti vaincu, c’est la sienne, dût-elle entrer en conflit avec tout bien qui ne serait pas le sien ou celui qu'il croit devoir imposer. Le projet démocratique doit dès lors s’effacer devant le projet partisan parce qu'il n'est réputé pouvoir être démocratique, par hypothèse, que s'il converge avec les orientations de ce parti.
La guerre est d’ailleurs déjà déclarée. Il n’y a pourtant pas encore de nouveau président de
Noble débat, n’est-ce pas ? Ne faisons pas la fine bouche. Cela ne fait que commencer.