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Les plus beaux textes sur Notre-Dame : Cardinal de Bérulle (1575-1629)

 

PierreDeBerulle

Le Cardinal de Bérulle

Il introduit en France l’Ordre des Carmélites

 

Que Dieu fait naître en la terre une Vierge, laquelle il rend digne et capable de recevoir et porter le Fils de Dieu au monde

 

Pour rendre la terre digne de porter et recevoir son Dieu, Dieu fait naître en la terre une personne rare et éminente qui n'a point de part au péché du monde, et est douée de tant d'ornements et privilèges, que le monde n'a jamais vu et ne verra jamais, ni en la terre, ni au ciel, une personne semblable. Elle est conçue sans péché, elle est sanctifiée dès le premier moment de son être. Elle est douée dès lors de l'usage de raison et de grâce, elle est confirmée en état d'innocence et impuissance à offenser, elle est constituée en une grâce, non seulement suffisante, mais abondante ; non seulement abondante mais éminente, et d'un tel degré d'éminence, que l'ordre de la grâce n'a vu encore rien de pareil, et sa conduite est si accomplie, que chaque moment de sa vie porte un nouvel élèvement dans l'ordre de cette grâce rare et singulière. Bien qu'elle entre comme les autres en cette vallée de misères et non en un paradis terrestre, et que cette terre d'exil soit son habitation, elle ne porte aucune marque de bannissement, mais elle porte en son âme une grâce plus grande que celle qui était au paradis et avait été donnée à Adam, comme chef de la nature humaine, pour lui et pour sa postérité. C'est trop peu dire, de chose si grande. Sa grâce est plus noble et divine que toutes les grâces qui sortiront jamais des vives sources du Sauveur mourant et du mérite de sa croix, et excède en puissance et en dignité celle-là même qui est dans les cieux; car elle tend à chose bien plus haute, elle tend non à faire des saints, mais à produire le Saint des saints, à former l'Homme-Dieu, et à établir une Mère de Dieu en l'Univers, choses toutes nouvelles et miraculeuses, même dans l'ordre miraculeux de la grâce.

Vie de Jésus, ch. IV à VI, éd. du Cerf.

 

Image plein ecran

Le Cardinal de Bérulle au pied du Christ en Croix fin 18° siècle

Eglise Saint-Sauveur, La Rochelle

 

De l'excellence de la Vierge

 

Cette âme sainte et divine est en l'église ce que l'aurore est au firmament, et elle précède immédiatement le soleil. Mais elle est plus que l'aurore, car elle ne le précède pas seulement, elle le doit porter et enfanter au monde, et donner le salut, la lumière, à l'univers, et y produire un soleil Orient, duquel celui-ci qui nous éclaire n'est que l'ombre et la figure. La terre, qui méconnaît Dieu, méconnaît aussi cet ouvrage de Dieu sur la terre. Elle naît à petit bruit, sans que le monde en parle, et sans qu'Israël même y pense, bien qu'elle soit la fleur d'Israël et la plus éminente de la terre ; mais, si la terre n'y pense pas, le ciel la regarde et la révère comme celle que Dieu a fait naître pour un si grand sujet, et pour rendre un si grand service à sa propre personne, c'est-à-dire pour le revêtir un jour d'une nouvelle nature. Et ce Dieu même qui veut naître d'elle, l'aime et la regarde en cette qualité. Son regard n'est pas lors sur les grands, sur les monarques que la terre adore, mais le premier et le plus doux regard de Dieu en la terre est vers cette humble Vierge, que le monde ne connaît pas : c'est lors la plus haute pensée que le Très-Haut ait sur tout ce qui est créé. Il la regarde, la chérit, la conduit, comme celle à qui il veut se donner soi-même et se donner à elle en qualité de Fils et la rendre sa Mère. Il la comble de grâces et de bénédictions, dès sa conception ; il la sanctifie dès son enfance ; il la séquestre du monde et la consacre à son temple, pour marque et figure qu'elle sera bientôt consacrée au service d'un temple plus auguste et sacré que celui-ci. Là, en sa solitude, il la garde, il l'environne de sa puissance, il l'anime de son esprit, il l'entretient de sa parole, il l'élève de sa grâce, il l'éclaire de ses lumières, il l'embrase de ses ardeurs, il la visite par ses anges, en attendant que lui-même la visite par sa propre personne ; et il rend sa solitude si occupée, sa contemplation si élevée, sa conversation si céleste, que les anges l'admirent et la révèrent comme une personne plus divine qu'humaine. Aussi Dieu est, et agit en elle plus qu'elle-même. Elle n'a aucune pensée que par sa grâce, aucun mouvement que par son Esprit, aucune action que par son amour. Le cours de sa vie est un mouvement perpétuel qui, sans intermission, sans relaxation, tend à celui qui est la vie du Père et sera bientôt sa vie, et s'appelle absolument la vie dans les Ecritures (Joan., XIV, 6) : Ce terme approche et le Seigneur est avec elle, la remplit de soi-même et l'établit en une grâce si rare, qu'elle ne convient qu'à elle ; car cette Vierge, cachée en un coin de la Judée, inconnue à l'univers, fiancée à Joseph, fait un chœur à part dans l'ordre de la grâce, tant elle est singulière.

 

Les années coulent, les grâces augmentent et, dans cet ordre de grâce qui n'appartient qu'à elle, elle entre de jour en jour en un élèvement admirable, et elle y entre par infusion spéciale et par coopération parfaite. C'est le concert sacré qui est entre l'esprit de Dieu et l'esprit de Marie. Dieu répand de moment en moment nouvelle grâce en cette âme, et cette âme y répond incessamment et de toute sa puissance ; et cette correspondance et harmonie parfaite l'élève en un comble de grâce, et ces grâces, bien que très grandes à cette âme qui toujours s'avance dans les voies de Dieu, ne sont que degrés qui la doivent élever à de nouvelles grâces. Cette âme rare, éminente et divine, vivante ainsi en la terre, ravit les cieux, et ravirait la terre, si les ténèbres ne lui ôtaient la vue d'un si rare objet ; mais elle ravira dans peu de temps celui qui a fait la terre et le ciel. Car elle est telle par la grâce et conduite de Dieu, que, si Dieu doit prendre naissance, ce doit être de Marie, tant elle a de grâces et de faveurs. Et si cette humble Vierge doit concevoir et enfanter, ce doit être un Dieu, tant elle est divine. Elle est en terre un ciel vivant, destinée aussi à porter un soleil vivant, et un soleil établi en un plus haut firmament. Elle est en la terre un sanctuaire que Dieu remplit de merveilles, et auquel il veut prendre son repos et d'une façon nouvelle. Elle est un nouveau paradis, non terrestre comme celui d'Adam qui a été détruit par son péché, ni céleste comme celui des anges qui n'est qu'au ciel, mais elle est en la terre un paradis céleste que Dieu a planté de sa main, et que son ange garde pour le second Adam, pour le roi du ciel et de la terre qui doit y habiter. Mais cela est caché à ses yeux, et son esprit, abîmé dans le profond de son humilité, ne voit pas le conseil très haut de Dieu sur elle.

 

Quoi ! notre bonheur approche et l'accomplissement de votre grandeur suprême, ô Vierge sainte, et vous l'ignorez. Vous approchez et vous appartenez de si près à la divinité, et vous traitez si assidûment, si saintement, si familièrement avec elle, et le dessein de la divinité sur vous vous est caché ! Les ténèbres qui ont ce privilège d'être le premier séjour du monde, et même le premier état de toutes les âmes qui entrent au monde, n'ont jamais eu de part avec vous, et vous êtes en lumière dès le premier instant de votre être, toujours croissant en grâce et en lumière. Et au plus fort du jour en un plein midi, dans l'excès de vos lumières, ô âme divine, vous ne connaissez pas la part que vous allez avoir, avec celui qui est la vraie lumière, la splendeur du Père et le soleil vivant de l'univers ! Vous portez en l'Ecriture le nom d' " Alma ", c'est-à-dire cachée, et vous le portez à bon droit. C'est un de vos titres particuliers, et comme un chiffre qui, en peu, dit beaucoup. Entre autres choses rares et grandes, ce mot nous exprime la secrète conduite de Dieu sur vous, qui mérite bien d'être considérée comme un des principaux linéaments de votre vie, et un des traits plus rares de sapience éternelle.(idem).

 

5706361

Le Cardinal de Bérulle

Fondateur de la Congrégation de l’Oratoire

Par Plattemontagne Nicolas

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