15 Octobre 2007
Malheur à vous les riches ?
J’ai mis un point d’interrogation et non d’exclamation, volontairement, parce que je sais que cette « malédiction » rapportée par St Luc (chapitre 6, verset 24) pose question à beaucoup.
Les riches sont-ils vraiment « maudits » ? est-ce un péché d’avoir de l’argent ? Non, évidemment. Dans la bouche de Jésus, comme dans celles des prophètes, il ne s’agit pas de condamnations mais de mises en garde. Jésus a stigmatisé les dangers de l’argent dans une phrase forte et célèbre :
« Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu, qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille ».
Nous avons besoin d’argent et il nous faut donc en gagner. Mais il ne faut pas que l’appât du gain soit tel qu’il nous empêche de voir et de secourir ceux qui ont besoin de nous. Le prophète Amos (1ère lecture) dénonce ceux qui, la conscience bien tranquille, restent « vautrés » dans la richesse alors que des pauvres meurent à leur porte. Isaïe, qui ne mâche pas ses mots, traite de « vaches de Basan » les femmes riches de Jérusalem qui se couvrent de bijoux magnifiques, alors que les pauvres meurent de froid faute de vêtement pour se couvrir.
Le luxe insolent et déplacé est une insulte à la misère du monde et, comme l’écrit St Jean Chrysostome, « le pain que tu gaspilles appartient à l’affamé ». Courir après l’argent n’a jamais conduit au partage.
Voilà le plus grand risque : il en est un autre. « L’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître » : c’est la sagesse populaire qui le dit. Et Jésus nous prévient :
« Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ». Si nous som- mes esclaves de l’argent, il nous fera vite oublier qu’il ne peut pas tout donner et surtout pas l’essentiel. Malheur à nous si nous sommes « repus » (Luc 6/25) : comment Dieu pourrait-il nous donner son amour ? Pour bien comprendre la parabole du pauvre Lazare, il faut avoir à l’esprit celle du fou qui « amasse, boit, mange, fait la fête »… et perd sont âme (Luc 12/16). Et avoir devant les yeux, l’image poignante, du jeune homme attiré par Jésus, mais qui ne le suivra pas : « il s’en va tout triste, parce qu’il a de grands biens ». Pauvre jeune homme riche !
Père Georges Decogné