19 Mai 2008
Nous fêtions hier la sainte Trinité. La fête de Dieu, en quelque sorte. A dire vrai, c’est bien le moins que nous puissions faire, nous qui nous réservons tant de fêtes, ou qui célébrons tant d’événements, religieux ou non, d’honorer en un jour spécial, pour Lui-même, Celui dont nous tenons tout, jusqu’à notre être même.
Certes il est habituel de célébrer la Trinité, notamment dans le signe de la croix ou dans la liturgie eucharistique, de la finale du Gloria, à la doxologie qui suit la consécration, en passant par le Symbole de Nicée. Cependant, la fête de la Trinité a ceci de spécifique qu’elle honore Dieu dans l’intimité de sa vie entre les trois Personnes.
Un prédicateur faisait hier observer que les journaux à succès se plaisent à afficher des « révélations » sur la « vie intime » de tel ou tel personnage à la mode. Cette seule annonce attire le chaland, suscite la curiosité, fût-ce pour en rire. Rares sont les gens qui ne dressent pas l’oreille lorsqu’il leur est donné d’entendre quelque chose qui concerne l’intimité d’autrui.
Et ce même prédicateur s’étonnait : pourquoi l’intimité même de Dieu, qui nous est révélée par quelqu’un qui la connaît du dedans, comme un témoin authentique, ne suscite-t-elle pas au moins un intérêt égal ? On devrait voir en ce jour les kiosques à journaux fleurir d’affiches en ce genre : « Tout sur l’intimité de Dieu ! », « Des Témoins parlent de Dieu ! », « Le Fils dit tout de son Père » ! L’annonce serait d’autant plus frappante qu’elle tendrait, par les révélations ainsi communiquées, à nous révéler à nous-mêmes ce que nous sommes ! En un siècle si désorienté, cela devrait être alléchant !
Evidemment, il y a en tout cela de la boutade. Mais, à y réfléchir, jusqu’à quel point ? Au fond, dans l’ordre des choses, c'est-à-dire dans l’ordre de l’être, de la réalité et des hiérarchies de l’être, c’est bien ainsi que cela devrait se passer. La laïcisation du monde, ou plutôt le naturalisme qui l’a envahi et qui, en réalité, le dénature, fait perdre de vue ce principe élémentaire : tout vient de Dieu créateur, et l’homme en particulier, qui est fait pour Lui. Les fins naturelles de l’homme n’échappent ni en fait, ni en droit, à l’attraction de sa fin surnaturelle. La vie sociale, qui donne tant d’occasions de tourner le dos à ce principe ou de l’invalider, n’en constitue pas, en réalité, une exception. On ne peut pas triompher de la création, ni même rompre avec elle.
Ainsi que le faisait observer le Père Santiago Ramirez, o.p., « la fin naturelle doit être subordonnée à la fin surnaturelle, comme la nature à la grâce et à la Gloire. La société politique, malgré sa parfaite autonomie à l’intérieur de sa sphère propre, doit être, avec tous ses moyens d’ordre naturel, une disposition, une aide, un élément de stimulation pour porter l’homme à ouvrir son cœur au surnaturel et entreprendre son ascension vers les sommets de la sainteté chrétienne ». Il en est ainsi en droit. Le fait que nous nous promenions la tête en bas et que nous affirmions que le ciel n’a plus d’étoiles n’y change rien. Nous nous illusionnons, nous nous offrons l’occasion de rire de ceux qui pensent que le monde doit se lire dans l’autre sens, mais nous ne changeons ainsi rien de la réalité.