27 Décembre 2009
SAINT JEAN APOTRE– CATECHESES DU SAINT-PERE (5 juillet 2006)
Saint Jean, par Le Greco
(Il est représenté habituellement avec une coupe surmontée d’un serpent
ou avec une chaudière remplie d’huile bouillante)
JEAN, FILS DE ZEBEDEE
Chers frères et soeurs,
Nous consacrons notre rencontre d'aujourd'hui au souvenir d'un autre membre très important du collège apostolique ; Jean, fils de Zébédée et frère de Jacques. Son nom, typiquement juif, signifie « le Seigneur a fait grâce ». Il était en train de réparer les filets sur la rive du lac de Tibériade, quand Jésus l'appela avec son frère (cf. Mt 4, 21; Mc 1, 19). Jean appartient lui aussi au petit groupe que Jésus emmène avec lui en des occasions particulières. Il se trouve avec Pierre et Jacques quand Jésus, à Capharnaüm, entre dans la maison de Pierre pour guérir sa belle-mère (cf. Mc 1, 29) ; avec les deux autres, il suit le Maître dans la maison du chef de la synagogue Jaïre, dont la fille sera rendue à la vie (cf. Mc 5, 37) :
Il le suit lorsqu'il gravit la montagne pour être transfiguré (cf. Mc 9, 2) ;
Il est à ses côtés sur le Mont des Oliviers lorsque, devant l'aspect imposant du Temple de Jérusalem, Jésus prononce le discours sur la fin de la ville et du monde (cf. Mc 13, 3) ; et, enfin, il est proche de lui quand, dans le jardin de Gethsémani, il s'isole pour prier le Père avant la Passion (cf. Mc 14, 33).
Peu avant Pâques, lorsque Jésus choisit deux disciples pour les envoyer préparer la salle pour la Cène, c'est à lui et à Pierre qu'il confie cette tâche (cf. 22, 8).
Cette position importante dans le groupe des Douze rend d'une certaine façon compréhensible l'initiative prise un jour par sa mère : elle s'approcha de Jésus pour lui demander que ses deux fils, Jean précisément et Jacques, puissent s'asseoir l'un à sa droite et l'autre à sa gauche dans le Royaume (cf. Mt 20, 20-21). Comme nous le savons, Jésus répondit en posant à son tour une question : il demanda s'ils étaient disposés à boire la coupe qu'il allait lui-même boire (cf. Mt 20, 22). L'intention qui se trouvait derrière ces paroles était d'ouvrir les yeux des deux disciples, de les introduire à la connaissance du mystère de sa personne et de leur laisser entrevoir l'appel futur à être ses témoins jusqu'à l'épreuve suprême du sang. Peu après, en effet, Jésus précisa qu'il n'était pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa propre vie en rançon pour une multitude (cf. Mt 20, 28)
Les jours qui suivent la résurrection, nous retrouvons « les fils de Zébédée » travaillant avec Pierre et plusieurs autres disciples au cours d'une nuit infructueuse, à laquelle suit, grâce à l'intervention du Ressuscité, la pêche miraculeuse : ce sera « le disciple que Jésus aimait » qui reconnaîtra en premier « le Seigneur » et l'indiquera à Pierre (cf. Jn 21, 1-13).
Au sein de l'Eglise de Jérusalem, Jean occupa une place importante dans la direction du premier regroupement de chrétiens. En effet, Paul le compte au nombre de ceux qu'il appelle les « colonnes » de cette communauté (cf. Ga 2, 9). En réalité, Luc le présente avec Pierre dans les Actes, alors qu'ils vont prier dans le Temple (cf. Ac 3, 1-4.11) ou bien apparaissent devant le Sanhédrin pour témoigner de leur foi en Jésus Christ (cf. Ac 4, 13.19). Avec Pierre, il est envoyé par l'Eglise de Jérusalem pour confirmer ceux qui ont accueilli l'Evangile en Samarie, en priant pour eux afin qu'ils reçoivent l'Esprit Saint (cf. Ac 8, 14-15). Il faut en particulier rappeler ce qu'il affirme, avec Pierre, devant le Sanhédrin qui fait leur procès : « Quant à nous, il nous est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4, 20). Cette franchise à confesser sa propre foi est précisément un exemple et une invitation pour nous tous à être toujours prêts à déclarer de manière décidée notre adhésion inébranlable au Christ, en plaçant la foi avant tout calcul ou intérêt humain.
Selon la tradition, Jean est le « disciple bien-aimé » qui, dans le Quatrième Evangile, qui pose sa tête sur la poitrine du Maître au cours de la Dernière Cène (cf. Jn 13, 21),
(ET ) qui se trouve au pied de la Croix avec la Mère de Jésus (cf. Jn 19, 25) ;
et, enfin, qui est le témoin de la Tombe vide, ainsi que de la présence même du Ressuscité (cf. Jn 20, 2; 21, 7).
Nous savons que cette identification est aujourd'hui débattue par les chercheurs, certains d'entre eux voyant simplement en lui le prototype du disciple de Jésus. En laissant les exégètes résoudre la question, nous nous contentons ici de tirer une leçon importante pour notre vie : le Seigneur désire faire de chacun de nous un disciple qui vit une amitié personnelle avec Lui. Pour y parvenir, il ne suffit pas de le suivre et de l'écouter extérieurement ; il faut aussi vivre avec Lui et comme Lui. Cela n'est possible que dans le contexte d'une relation de grande familiarité, imprégnée par la chaleur d'une confiance totale. C'est ce qui se passe entre des amis; c'est pourquoi Jésus dit un jour : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis... Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître; maintenant je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître » (Jn 15, 13, 15).
Dans les Actes de Jean apocryphes, l'Apôtre est présenté non pas comme le fondateur d'Eglises, ni même à la tête de communautés déjà constituées, mais dans un pèlerinage permanent en tant que communicateur de la foi dans la rencontre avec des « âmes capables d'espérer et d'être sauvées » (18, 10; 23, 8). Tout cela est animé par l'intention paradoxale de faire voir l'invisible. Et, en effet, il est simplement appelé « le Théologien » par l'Eglise orientale, c'est-à-dire celui qui est capable de parler en termes accessibles des choses divines, en révélant un accès mystérieux à Dieu à travers l'adhésion à Jésus.
Le culte de Jean apôtre s'affirma à partir de la ville d'Ephèse, où, selon une antique tradition, il oeuvra longtemps, y mourant à la fin à un âge extraordinairement avancé, sous l'empereur Trajan. A Ephèse, l'empereur Justinien, au VI siècle, fit construire en son honneur une grande Basilique, dont il reste aujourd'hui encore des ruines imposantes. Précisément en Orient, il a joui et jouit encore d'une grande vénération. Dans l'iconographie byzantine, il est souvent représenté très âgé - selon la tradition il mourut sous l'empereur Trajan - et dans l'acte d'une intense contemplation, presque dans l'attitude de quelqu'un qui invite au silence.
Saint Jean écrit son Evangile, Monastère de Creveli, Crète
En effet, sans un recueillement approprié, il n'est pas possible de s'approcher du mystère suprême de Dieu et de sa révélation. Cela explique pourquoi, il y a des années, le Patriarche oecuménique de Constantinople, Athénagoras, celui que le Pape Paul VI embrassa lors d'une mémorable rencontre, affirma : « Jean est à l'origine de notre plus haute spiritualité. Comme lui, les ‘silencieux’ connaissent ce mystérieux échange de coeurs, invoquent la présence de Jean et leur coeur s'enflamme » (O. Clément, Dialogues avec Athénagoras, Turin 1972, p. 159). Que le Seigneur nous aide à nous mettre à l'école de Jean pour apprendre la grande leçon de l'amour de manière à nous sentir aimés par le Christ « jusqu'au bout » (Jn 13, 1) et donner notre vie pour lui.
La vie de Jean après la Résurrection
Après la Résurrection, il Jean est allé en Samarie prêcher avec Pierre. Fuyant les persécutions des Romains, il quitte la Palestine et se réfugié à Ephèse, avec la Saint Vierge, et il y fait de nombreux miracles, et baptise de nombreuses personnes.
Selon une tradition, au moment de se séparer pour aller prêcher dans toutes les régions du monde, les Apôtres auraient tiré au sort pour savoir où chacun devait aller. A Jean revint l'évangélisation de l'Asie-Mineure, qui était à cette époque pleine d'idolâtrie et toute entière vouée aux erreurs païennes.
Il prêchait à Ephèse quand il fut pris par le proconsul, et invité à immoler aux dieux. Comme il rejeta cette proposition, il fut jeté en prison : le proconsul envoya alors à l’empereur Domitien une lettre dans laquelle saint Jean était indiqué comme sacrilège, et adorateur du crucifié.Amené à Rome pour être présenté à l’empereur Domitien qui l’avait envoyé quérir, il lui montra que sa foi en Jésus-Christ était plus forte que les puissance terrestres. Tertullien nous rapporte qu’il aurait subi à Rome, à la « Porte Latine », le supplice de l’huile bouillante, dont il serait sorti indemne. Et même, ayant été fouetté auparavant, ses blessures auraient disparu.
Il est alors envoyé par l’empereur en exil à l’Ile de Patmos. C’est là qu’il a eu ses Révélations, la vision du Christ de l’Apocalypse : c’est le livre de l’Apocalypse : « Ecris donc ce que tu as vu, le présent et ce qui doit arriver plus tard ». Il a eu des visions grandioses de ce qui doit arriver à la fin des temps, la venue de l’Antéchrist, son combat contre les fidèles et sa lutte ultime qui le jettera finalement pour toujours en Enfer avec le diable et ses anges déchus. Il contemple aussi le triomphe du Fils de l’Homme, la venue de la Jérusalem Céleste où Dieu demeurera pour toujours avec les hommes
Après la mort de Domitien en 96, l’empereur Nerva permet à Jean de retourner à Ephèse. Selon la tradition, il y vécut de longues années, et écrivit ses trois Epitres et le Quatrième Evangile qui daterait des toutes dernières années du 1° siècle (vers 97 ?). Toujours selon la tradition, il serait mort à Ephèse en 101, âgé de 98 ans.
Le martyre de saint Jean à Rome
Par Dom Guéranger
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
« Jean, le disciple bien-aimé, que nous avons prévus du berceau de l’enfant de Bethléhem reparaît en ce jour sur le Cycle pour faire sa cour au glorieux triomphateur de la mort et de l’enfer. Couvert de la pourpre du martyre, il marche d’un pas égal avec Philippe et Jacques, dont la double palme a réjoui nos regards au début de ce mois si fécond en héros.
« Dans son ambition maternelle, Salomé avait un jour présenté ses deux fils à Jésus, demandant pour eux les deux premières places de son royaume. Le Sauveur avait alors parlé du calice qu’il devait boire, et prédit qu’un jour ces deux disciples le boiraient à leur tour. L’aîné, Jacques le Majeur, a le premier donné à son Maître cette marque de son amour ; nous célébrerons sa victoire sous le signe du Lion ; Jean, le plus jeune, a été appelé aujourd’hui à sceller de sa vie le témoignage qu’il a rendu à la divinité de Jésus.
« Mais il fallait au martyre d’un tel Apôtre un théâtre digne de lui. L’Asie-Mineure, évangélisée par ses soins, n’était pas une contrée assez illustre pour porter dignement la gloire d’un tel combat. Rome seule, Rome où Pierre a déjà transféré sa chaire et répandu son sang, où Paul a courbé sous le glaive sa tête vénérable, méritait l’honneur de voir dans ses murs l’auguste vieillard, le disciple que Jésus aima, le dernier survivant du Collège Apostolique, s’avancer vers le martyre avec cette majesté et cette douceur qui forment le caractère de ce vétéran de l’Apostolat.
« Domitien régnait en tyran sur Rome et sur le monde. Soit que Jean ait entrepris librement le voyage de la cité reine pour y saluer l’Église principale, soit qu’un édit impérial ait amené chargé de chaînes dans la capitale de l’empire l’auguste fondateur des sept Églises de l’Asie-Mineure, Jean a comparu en présence des faisceaux de la justice romaine. Il est convaincu d’avoir propagé dans une vaste province de l’empire le culte d’un Juif crucifié sous Ponce-Pilate. Il doit périr ; et la sentence porte qu’un supplice honteux et cruel débarrassera l’Asie d’un vieillard superstitieux et rebelle. S’il a su échapper à Néron, du moins il ne fuira pas la vengeance du césar Domitien.
« En face de la Porte Latine, une chaudière remplie d’huile brûlante a été préparée ; un ardent brasier fait bouillonner dans le vase immense la liqueur homicide. L’arrêt porte que le prédicateur du Christ doit être plongé dans ce bain affreux. Le moment est donc arrivé où le fils de Salomé va participer au calice de son Maître. Le cœur de Jean tressaille de bonheur à la pensée que lui, le plus aimé et cependant le seul des Apôtres qui n’ait pas souffert la mort pour ce Maître divin, est enfin appelé à lui donner ce témoignage de son amour. Après une cruelle flagellation, les bourreaux saisissent le vieillard, ils le plongent avec barbarie dans la chaudière mortelle ; mais, ô prodige ! L’huile brûlante a perdu tout à coup ses ardeurs ; aucune souffrance ne se fait sentir aux membres épuisés de l’Apôtre ; bien plus, lorsqu’on l’enlève enfin de la chaudière impuissante, il a recouvré toute la vigueur que les années lui avaient enlevée. La cruauté du Prétoire est vaincue, et Jean, martyr de désir, est conservé à l’Église pour quelques années encore. Un décret impérial l’exile dans l’île sauvage de Pathmos, où le ciel doit lui manifester les futures destinées du christianisme jusqu’à la fin des temps.
« L’Église Romaine, dont les fastes conservent entre ses plus glorieux souvenirs le séjour et le martyre de Jean, a marqué par une Basilique le lieu où l’Apôtre rendit à la foi chrétienne son noble témoignage. Cette Basilique est située près de la Porte Latine, et un Titre cardinalice y est attaché.
« A la gloire du grand Apôtre de la charité nous consacrerons cette Séquence attribuée à Adam de Saint-Victor
SÉQUENCE.
L’heureux séjour de la grâce, dont les habitants contemplent d’un œil ferme le souverain Roi de gloire, voit Jean tout rempli de Dieu, rendu semblable aux Anges, lui qui expliquait aux hommes les plus hauts mystères du ciel.
Ici-bas il reposa sur la poitrine du Seigneur, et se désaltéra à la source des eaux vives et jaillissantes. Il parut entouré de l’éclat des prodiges, et brava les ardeurs du feu et de l’huile embrasée.
Les infidèles sont saisis de stupeur, voyant le témoin de Dieu affronter un si affreux tourment, et n’en pas sentir la rigueur.
O martyr ! ô vierge ! ô gardien de cette Vierge de laquelle est sortie la gloire du monde, implore pour nous celui qui est le principe de tous les êtres, celui en qui et par qui ils existent.
O toi qui fus aimé plus que les autres, supplie en notre faveur le Christ qui t’aima : réconcilie-nous avec lui.
Ruisseau, conduis-nous à la source ; colline, introduis-nous à la montagne ; toi en qui la grâce a opéré la virginité parfaite, fais-nous contempler l’Époux.
Amen.