18 Janvier 2007
Lors de son discours à Toulon, ce mercredi 17 janvier 2006, Ségolène Royal a déclaré que «
Cette affirmation est parfaitement vraie, même s’il faut rappeler que le mensonge a toujours été d’usage dans la cité. L’une des tares les plus profondes du politicisme moderne est d’avoir fini par convaincre la plupart des Français que “politique” rimait avec “mensonge”. Au cynisme des politiciens a répondu le scepticisme de la population, atteinte ainsi dans une composante essentielle de sa vie.
Le mensonge dont s’agit n’est pas ce mensonge “esthétique” dont parlait Oscar Wilde et dont l’objet, selon lui, est d’éviter qu’une soirée ne soit «
Mme Royal se réclame, elle, d’une « morale de l’action », ce qui suffit à nous faire dresser l’oreille, car il est toujours heureux d’entendre proposer que la politique rejoigne enfin son foyer naturel. Elle entend ainsi définir le fait de ne pas promettre « pour les lendemains ce qu'on n'est pas capable d'accomplir aujourd'hui ». Sous ses aspects séduisants, la formule est ambiguë.
On doit d’abord observer qu’une morale de l’action ne se limite pas à la seule cohérence du discours et de l’action. Elle s’entend d’abord, premièrement et essentiellement, de la rectitude des actes que l’on se propose d’accomplir. On ne voit dès lors pas qu’on puisse en vérité – puisque c’est d’elle qu’il s’agit – se réclamer d’une “morale de l’action” pour asseoir sa légitimité ou son droit à prétendre à une magistrature suprême, lorsqu’on entend mettre en œuvre des réformes qui font violence à l’ordre naturel, et donc à la morale. Cela ne concerne cependant pas, évidemment, la seule candidate socialiste mais tout candidat qui accepte de promouvoir les mêmes réformes, ce qui est le cas de Nicolas Sarkosy, comme de François Bayrou, en ce qui concerne la reconnaissance des unions homosexuelles.
On constate ainsi, ab ovo, que le discours sur la vérité et la “morale de l’action” est entaché, pour le moins, de contradiction. Il y a mensonge objectif à affirmer que la morale guide son action si cette dernière, de libre choix, a pour effet d’en piétiner les exigences, aux dépens, nécessairement, du bien de tous.
S’agissant de la seule cohérence du discours et de l’action, il est sain, en effet, de ne rien proposer que l’on ne soit en mesure d’accomplir. Mais se proposer d’accomplir une chose sans avoir la certitude, demain, dans des circonstances historiques que l’on ignore encore, de la réaliser, ne procède aucunement du mensonge. Personne n’agirait, d’ailleurs, si son action devait dépendre d’une telle certitude. C’est à la prudence d’apprécier les conditions de réalisation d’un projet, qu’une circonstance imprévue pourra rendre impossible. Il n’y a mensonge que si l’on sait actuellement ne pas pouvoir l’accomplir et que l’on joue néanmoins sur l’espoir qu’en fait naître l’annonce, afin de se faire élire. Là, oui, le propos est pertinent, et nous le prenons finalement comme tel.
A ce stade de la réflexion, le discours sur la vérité et la “morale de l’action”, d’où qu’il vienne, fait naître quelques interrogations. Voilà quelques années déjà que le monde politicien a été alerté par l’exaspération de la société devant le mensonge chronique de ses dirigeants. L’alerte est venue du taux souvent très faible de participation aux élections, qui conduit à ce constat absurde et contradictoire, pour une démocratie, que les destinées de la société se trouvent finalement confiées à un homme qui ne recueille qu’une très faible adhésion numérique de ses membres.
La question qui se pose aux citoyens est celle-ci : le discours “de vérité” qu’entendent désormais tenir les candidats, de droite comme de gauche, est-il le signe de ce qu’ils ont pris la mesure de la réalité ou bien ne constitue-t-il qu’une adaptation dialectique et purement formelle aux attentes des électeurs ? Traduit-il ainsi une amorce de retour au réel ou, au contraire, une incapacité absolue de le rejoindre autrement qu’en le singeant ? Si tel était le cas, le discours “de vérité” ne serait jamais qu’un mensonge de plus. Mais pas n’importe quel mensonge. Pas un mensonge parmi d’autres mensonges qui ont déjà caressé l’échine du citoyen. Non, un mensonge capital, qui sera allé porter le désespoir jusqu’au cœur de ses attentes reconnues.
Les politiciens comprennent-ils ou non la menace que cela représente pour la société tout entière ? Ce n’est pas sûr.