24 Janvier 2007
"Ce pape restera. Même si j'ai entendu au plus haut niveau du Vatican divers monsignori parler avec mépris ou consternation de "l'épisode polonais". Même si, lors d'une visite en France, des évêques avec une moue distinguée avaient déconseillé aux fidèles de se déplacer pour aller accueillir et entendre le pape. Même si le côté spectaculaire de certains de ses gestes ou le tirage considérable de ses oeuvres ont souvent surpris et plus souvent énervé. Même si le rappel des principes moraux qui sont ceux de l'Eglise, sur le mariage des prêtres, la contraception, etc., à contre-courant de tous les conformismes actuels, a pris l'air d'une provocation contre ce siècle, au lieu d'avoir celui d'une expression naturelle, défiant le temps... Ce pape restera parce qu'il n'a jamais accepté les modes du "politiquement correct", dont la plus grave et la plus répandue fut la foi dans le communisme soviétique incarnant le sens de l'Histoire. Combien sont-ils, de nos intelligents professionnels, à avoir dénoncé ces dogmes tardifs de l'Immaculée Conception du prolétariat et de l'infaillibilité pontificale de l'URSS ? Combien sont-ils à avoir osé rappeler que l'Empire soviétique était un empire colonial comme les autres et souvent pire ? Combien sont-ils à avoir refusé le mythe d'une évolution inéluctable faisant de la liberté et de la responsabilité personnelle un accessoire condamné ? Ce pape restera parce qu'il a dit cette phrase si simple, si directe : "N'ayez pas peur !"
Pas seulement la peur physique des contraintes, menaces, pressions, états de siège des dictatures et autres forces d'occupation. Elles existent, et il faut leur résister. Mais aussi la peur morale d'être vous-même et de croire en vous-même, qui est peut-être la plus importante. Quelle révolution ! Et les combattants afghans font reculer l'Armée rouge. Et la Pologne tient tête, et le mur de Berlin va tomber, et le régime soviétique est ébranlé, et tout le système d'évolution et de réforme voulu par Andropov et Gorbatchev (et Beria) qui redonnerait efficacité et visage plus humain au même système politique, tous ces plans et calculs qui dérapent, les machines tournent à vide, les coups tapent à côté. L'histoire n'est pas finie. Elle n'a jamais commencé. Il n'y a pas de sens de l'Histoire qui nous condamne à l'avance. Il n'y a que des histoires qui ont un sens. Celui que nous leur donnons. Oui, la vérité est le premier courage. Boris Souvarine disait que le pire du régime soviétique n'était pas l'oppression, mais le mensonge. Combien de divisions, le pape ? Réponse : combien de courage. N'ayons pas peur."