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Jean-François Deniau est mort

    Les temps sont durs pour les hommes d'exception. On vient, en effet, d'apprendre le décès de Jean-François Deniau quelques jours après celui de l'Abbé Pierre.

    On ne fera qu'évoquer son parcours impressionnant, qui illustre la richesse et l'humanisme de cet homme de terrain et de plume : docteur en droit et énarque de formation, il fut notamment commissaire européen, ambassadeur, député, émissaire officieux, membre des Académies française et marine, journaliste, écrivain.

    Mais c'est surtout à un certain état d'esprit que nous rendrons hommage : celui d'un homme de culture et d'ouverture aux autres, combattant inlassable des dictatures et du totalitarisme, attaché à la dignité et aux droits de l'homme. N'oublions pas que cet homme de courage, physique et moral, qui s'est personnellement et concrètement battu pour le respect des droits de l'homme et la libération de prisonniers politiques, a notamment fondé le Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit. Il avait ce mauvais esprit salutaire qui s'oppose au politiquement correct au nom d'une certaine conception de l'homme (Par exemple, citons : "Lorsqu’en 1984 les Soviétiques ont annoncé qu’ils tueraient les Occidentaux qui franchiraient la frontière de l’Afghanistan, j’ai décidé d’y partir". "On interdit d’aller, je vais. On interdit de voir, je vois. On interdit de parler, je parle").

    Pour percevoir la dimension de ce personnage, on ne peut qu'inviter à lire son "Ce que je crois", son autobiographie, ses "Mémoires de 7 vies" et à visiter son site. Il restera également comme un modèle dont la France a bien besoin, lui qui rappelait l'impérieuse nécessité de dire ce que l'on croit et de faire ce que l'on dit.

    Qu'il nous soit permis enfin de citer un article de Jean-François Deniau, paru à la mort de Jean-Paul II, et qui illustre la grandeur de l'auteur autant que de son sujet (J-F Deniau, Figaro Magazine du 3 octobre 2003) :

"Ce pape restera. Même si j'ai entendu au plus haut niveau du Vatican divers monsignori parler avec mépris ou consternation de "l'épisode polonais". Même si, lors d'une visite en France, des évêques avec une moue distinguée avaient déconseillé aux fidèles de se déplacer pour aller accueillir et entendre le pape. Même si le côté spectaculaire de certains de ses gestes ou le tirage considérable de ses oeuvres ont souvent surpris et plus souvent énervé. Même si le rappel des principes moraux qui sont ceux de l'Eglise, sur le mariage des prêtres, la contraception, etc., à contre-courant de tous les conformismes actuels, a pris l'air d'une provocation contre ce siècle, au lieu d'avoir celui d'une expression naturelle, défiant le temps... Ce pape restera parce qu'il n'a jamais accepté les modes du "politiquement correct", dont la plus grave et la plus répandue fut la foi dans le communisme soviétique incarnant le sens de l'Histoire. Combien sont-ils, de nos intelligents professionnels, à avoir dénoncé ces dogmes tardifs de l'Immaculée Conception du prolétariat et de l'infaillibilité pontificale de l'URSS ? Combien sont-ils à avoir osé rappeler que l'Empire soviétique était un empire colonial comme les autres et souvent pire ? Combien sont-ils à avoir refusé le mythe d'une évolution inéluctable faisant de la liberté et de la responsabilité personnelle un accessoire condamné ? Ce pape restera parce qu'il a dit cette phrase si simple, si directe : "N'ayez pas peur !"

Pas seulement la peur physique des contraintes, menaces, pressions, états de siège des dictatures et autres forces d'occupation. Elles existent, et il faut leur résister. Mais aussi la peur morale d'être vous-même et de croire en vous-même, qui est peut-être la plus importante. Quelle révolution ! Et les combattants afghans font reculer l'Armée rouge. Et la Pologne tient tête, et le mur de Berlin va tomber, et le régime soviétique est ébranlé, et tout le système d'évolution et de réforme voulu par Andropov et Gorbatchev (et Beria) qui redonnerait efficacité et visage plus humain au même système politique, tous ces plans et calculs qui dérapent, les machines tournent à vide, les coups tapent à côté. L'histoire n'est pas finie. Elle n'a jamais commencé. Il n'y a pas de sens de l'Histoire qui nous condamne à l'avance. Il n'y a que des histoires qui ont un sens. Celui que nous leur donnons. Oui, la vérité est le premier courage. Boris Souvarine disait que le pire du régime soviétique n'était pas l'oppression, mais le mensonge. Combien de divisions, le pape ? Réponse : combien de courage. N'ayons pas peur."

   
   
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