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Le "mariage" homosexuel : débat ou fuite en avant ?

        La campagne présidentielle bat déjà presque son plein, même si la clôture des signatures pour les candidatures n’est pas encore effective. Réserve faite des surprises qui pourraient résulter de cette clôture, les acteurs sont d’ores et déjà connus. Leur programme aussi, grosso modo. Les uns ou les autres y ont intégré une prise de position claire sur la question de la reconnaissance des couples homosexuels, à égalité avec d'autres thèmes, et de la faculté pour ces derniers d’adopter légalement. Nous aurons à revenir sur ces programmes, qui constituent en cela des éléments déterminants pour une conscience catholique.


        "Ne nous y trompons pas, signalait, il y a quelques années, l'éditorialiste de la revue Nova et Vetera. Nous sommes confrontés [sur ce point] à un grand débat anthropologique qui met en cause le sens de la vie des personnes dans la société. Il ne s'agit pas d'étendre des libertés à un groupe limité de personnes sans que cela porte à conséquences pour le bien commun de la société et pour la conscience que nous en avons" (1).

 

        Grand débat ? Voire. Dans une récente chronique intitulée Le point aveugle (2), Jean Mouttapa, s’étonne – avec toute la force à prêter à ce mot – de l’inexistence de fait de ce débat, comme de tout débat sur la pornographie, ou la protection de l’enfance contre toutes les formes de perversion, de cynisme et de violence dont elle est publiquement l’objet, tous sujets « pourtant fondamentaux sur le plan anthropologique, qui engagent durablement le sens de notre vivre ensemble ».

 

        «Ce que je critique – ajoute-t-il – c’est l’absence de débat sur ces interrogations cruciales. L’idée même de norme est devenue insupportable. Dans notre monde d’hypermobilité, toute limite (morale, sociale, légale…) est comprise comme un obstacle à l’expression libertaire et infinie de l’individu, comme une construction historique et donc obsolète que le Progrès devra tôt ou tard mettre à bas. L’idée même de norme est devenue synonyme de tabou insupportable, comme si nous avions oublié que c’est la Loi qui rend libre, que c’est la limitation qui rend possible la transgression. Dans le “tout est permis”, non seulement c’est le projet de société qui disparaît, mais la possibilité pour l’individu lui-même de se construire. N’est-ce pas là un vrai problème politique ?»

 

        Ces réflexions, parfaitement fondées, appellent de notre part les observations suivantes.

 

       1.- L’absence de débat dénoncé est un fait. Elle paraît traduire cette évidence : l’enjeu anthropologique, qui existe objectivement, et qui concerne l’équilibre même de la société, n’est pas perçu comme tel. Il n’est même pas perçu comme simple enjeu de quoi que ce soit. L'officialisation demandée est simplement intégrée dans des programmes parce que des groupes de pression la demandent et qu'il paraîtrait ringard de ne pas la satisfaire au regard d'un prétendu droit à la différence.

 

         2.- Il est à craindre que si cet enjeu n'est pas perçu, c'est que les politiciens du jour ne perçoivent plus non plus le réel lui-même. Ils ne perçoivent plus la relation essentielle de la famille et du mariage, d’un strict point de vue naturel, à la vie sociale. Et s’ils en perçoivent encore quelque aspect, ils le masquent bientôt, parce que chez eux le calcul électoral, la séduction communautariste, la lâcheté ou la perversion de l’esprit l’emportent sur le réalisme, et la pression de l’idéologie sur la vérité des choses. Il y a bien ainsi un point aveugle sur cette question, au sens philosophique où l’intelligence ne peut (plus) ou ne veut (plus) s’y appliquer.

 

        3.- L’article attire l’attention sur un autre élément essentiel : celui de la morale. Qu’est-ce que la morale ? Un catalogue de “permis” et “d’interdits”, dictés par l’arbitraire des religions ou de sociétés encore peu "éclairées", et donc modifiable ? C’est ce dont s’est convaincue elle-même une philosophie moderne imbécile, incapable de raisonner hors de ses repères positivistes. La morale est essentiellement ceci : la règle de ce qui est humain. Est bon ce qui rend un homme digne de ce nom, ce qui le "construit", selon ce qu’il est et selon sa vocation, laquelle se perfectionne d’abord dans la famille puis dans la vie sociale. La morale a ainsi un rapport essentiel à la nature même de l’homme, animal politique. De ce fait, si l’on peut en repenser les exigences selon les circonstances historiques, elle n’est pas elle-même une « construction historique », elle n’est pas manipulable au gré des fantaisies, des surenchères, des intérêts, des perversions ou des ivresses de barbarie. Réserve faite du respect dû aux personnes concernées, l'inclination homosexuelle est ainsi «objectivement désordonnée» (3) et les pratiques homosexuelles sont des «péchés gravement contraires à la chasteté» (4). Le Lobby homosexuel pourra obtenir tous les succès électoraux, légaux ou judiciaires qu’il voudra en ce domaine que cela n’y changera rien, non plus que les incantations liées à la “marche du Progrès”. Qu’est-ce d’ailleurs qu’un progrès, pour l’homme, qui n’est pas un progrès humain ?

 

        4.- La loi enfin. L’idée de norme. A la “nomophobie”, l’auteur oppose que «c’est la loi qui libère». Le mot rappelle celui, fameux, du Père Lacordaire : «Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui asservit et c’est la loi qui affranchit». Mais la loi a-t-elle encore raison de loi lorsqu’elle justifie des comportements objectivement désordonnés et qu’elle les institutionnalise, mieux, lorsqu'elle autorise la poursuite de ceux qui entendent conserver la liberté de rappeler la réalité de ce désordre ? La loi n’a-t-elle pour seule fonction que d’accompagner l’évolution des mœurs, et si oui, jusqu’à quel degré “d’antisocialité” le législateur est-il prêt à la suivre ? On sent bien, à s’approcher ainsi de la racine des choses, dans des débats qui concernent l’homme lui-même et ses repères ontologiques, qu’une loi positive est, nécessairement, une mesure mesurée. Sa borne infranchissable est, et doit être, le respect de l’homme, de la vie sociale. Non pas de l’homme pensé, imaginé, au gré des modes et des caprices historiques de politiciens ou de citoyens déracinés ou enfiévrés par leurs appétits libertaires, mais de l’homme réel, et de la société réelle. A la franchir, la loi se dénature elle-même et tourne en oppression, qu’aucune morale ne peut dès lors obliger à respecter et que seule la violence peut imposer. Cela aussi, c’est un choix de société, auquel il est urgent de réfléchir.

 

        5.- Dans son ouvrage Mémoires de Hongrie, Sándor Márai, s’interrogeant loyalement sur les armées soviétiques qui ont envahi son pays pour y tout détruire, se posait cette question : «Ces hommes, et le régime qui les avait élevés, représentaient-ils vraiment la fin de quelque chose – à savoir de la vision chrétienne et humaniste du monde – ou plutôt le début d’un monde différent, en gestation dans ce vacarme assourdissant ?» (4). D’une certaine manière, nous pouvons être tentés de nous poser la même question. Est-ce la fin de notre monde, d’un monde qui a encore un peu les pieds sur terre, le monde du Décalogue et du sens commun, et la naissance de la “cité radieuse” où la loi-dieu nous contraindra, par un retour sur l'ordre créé, à renommer et à redéfinir toutes choses ? Nul ne peut l’exclure. Il n’y a que les sots pour ne pas croire qu’une démocratie pervertie puisse tourner en totalitarisme. La méditation chrétienne, imprégnée d’espérance théologale, nous renvoie quant à nous à cet héritage que Jean-Paul II nous a laissé, dans sa force tranquille de croyant : «N’ayez pas peur !» Sachons y puiser force et conviction pour tenir, dans un débat politique nécessaire, qu’il faut imposer, un message de vérité.

 

 _______________

(1) Nova et Vetera, n° 1, janvier-mars 2005, Un grand débat anthropologique.

(2) Jean Mouttapa, “Le point aveugle”, Le Monde des religions, janvier-février 2007, p. 20.

(3) Catéchisme de l'Église catholique, n. 2358.

(4) Sándor Márai, Mémoires de Hongrie, Albin Michel, 2004, p. 106.

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J
Merci pour ce commentaire. Vous avez raison, je crois: nous sommes à un tournant et les politiques y passent à fond sans le voir. L'élection est pour cette année. La loi peut-être pour l'an prochain. Mais l'enjeu, c'est pour dans 10, 20, 30 ans. Ce sont les structures mentales et morales de nos enfants qui sont en danger. Merci encore. Amitiés. JD
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