5 Février 2007
On aurait pu espérer que le bon sens finalement l’emporterait sur les affligeantes discussions que nous ont imposées, il y a quelques mois, certains politiciens au sujet de la colonisation. Seuls y gagnaient en effet la division, le doute de soi mais aussi l'injustice. Mais c’était sans compter sur l’incroyable vivacité, infatigablement rebondissante, de la sottise. Voilà que M. Lang, spécialiste en la matière, en remet une couche :
Pour tenir ces propos si utiles, le « conseiller spécial de Ségolène Royal » est allé en Algérie. Et oui : ce n’est pas le moins singulier de l’affaire. M. Lang, est allé, ès qualités, porter à M. Bouteflika, un message d’amitié de la part de la frétillante candidate. Pour briguer le poste de président de
Les cervelles, justement ! C’est cela qui inquiète le Grand Educateur Lang, éternel donneur de leçons. En contrepoint de son propos, il a déclaré : "Il faut réformer les manuels scolaires français (...) qui présentent une histoire idyllique du colonialisme" et "décoloniser les mentalités". Décoloniser les mentalités. Nous y voilà. Votre cervelle, ma cervelle, sont colonisées. Et oui ! Par quoi ? Bonne question… par quoi, au fait ? Le Grand Educateur ne le dit pas. Mais il veut dire que vous et moi (pas lui, naturellement), avons l’esprit un peu vicié, un peu malade, et qu’il faut nous soigner : nous pensons mal. Pourquoi pensons-nous mal ? Mais parce que nous vivons dans cette conviction que notre histoire est notre histoire. “Pas de quoi en faire une histoire !” me direz-vous. Mais, si justement ! Car nous devons, par obligation morale, penser notre histoire comme un péché capital personnel ou collectif, dont nous devons nous battre la coulpe. Voilà le mal : nous ne le faisons pas. Pire : nous ne réalisons pas que nous avons à le faire, parce qu’il y a au tréfonds de nos cervelles sclérosées une complicité latente, inavouée, peut-être tout de même insoupçonnée avec le mal, qui pourrait nous donner à penser, par là, très au fond, rongeant insidieusement notre télencéphale, que la colonisation aurait pu être, de notre histoire, une page… glorieuse, avec ce cortège inévitable d’erreurs ou de fautes qu’emporte avec elle toute aventure humaine. N’avez-vous pas rencontré, autour de vous, de gens dont vous pouvez vous dire qu’ils en sont inconscients ? Et tous ces gamins, qui jouent dans les cours de récréation, la conscience inerte, blanche, vide ! Alors, la honte commence t-elle, enfin, à monter un peu en vous ?
Rassurez-vous, le Grand Educateur a le remède, comme lorsqu’il a eu en mains, jadis, avec l’immense succès que l’on sait, en qualité de ministre de l’Education nationale, la charge de promouvoir l’éducation scolaire des enfants de France. Le remède, ce sont les manuels, qu’il faut « réformer », naturellement ! Il faut apprendre aux dits enfants que leurs aïeux ont été des salopards, substituer à la représentation « idyllique » (?) des manuels actuels une vision celle-là réaliste (et vraie, bien sûr), où chaque génération pourra se rebaigner dans la culpabilisation et la haine de son passé. Une vision simple, évidemment. Comment se retrouver dans la complexité ? Non, mieux vaut que les enfants de France aient en tête des schémas binaires, comme en tout, avec les bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Comme à la télé. Qui songerait, d’ailleurs, en cette heureuse époque de libéralisation des esprits, à soutenir qu’il y eut quelque honneur à défendre les couleurs françaises sur le sol algérien, à y propager l’instruction ou la foi ? Qui songerait à évoquer le nom d’un Lavigerie ou à rappeler que M. Bouteflika, auquel Mme Royal tient tant à faire part de son amitié au nom de la justice et du cœur, a les mains couvertes du sang des Harkis, comme l’en a accusé Pierre Messmer ? Personne, assurément, hormis les mauvais esprits. Mais ce sont eux, précisément, que le Grand Educateur se propose de guérir de leur ignorance.
Le bon citoyen, selon le Grand Educateur, est un citoyen sans mémoire, en tout cas sans fierté. L’histoire, c’est le champ de ses turpitudes, pas de ses gloires, sauf en des domaines bien sélectionnés. Le génocide vendéen, par exemple, demeure évidemment un haut fait de la conscience républicaine. Quel grand chantier s’ouvre devant notre homme, s’il advient que ses pas ailés le reconduisent au Ministère ! Une mille cinq cent quarante septième réforme de l’enseignement (j’en oublie peut-être deux ou cinquante) pourrait être proposée pour “revitaliser les manuels scolaires dans le contexte d’une approche citoyenne responsable au niveau du quotidien” (nous proposons ce titre, pour contribuer à l'Oeuvre). La vérité Languienne y serait rétablie sur la privation de
Et dire que plus de 70 % des Français pensent que l’actuelle campagne n’apporte rien…