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L'Eglise, la loi et l'union homosexuelle (I)

        La question de la reconnaissance légale des unions homosexuelles constitue, de fait, un enjeu de la campagne électorale. A l’exclusion, semble-t-il, de MM. De Villiers [qui se propose d’inscrire la définition de la famille dans la Constitution] et Le Pen, tous les candidats y sont favorables, d’une manière ou d’une autre. Cela pose un problème politique et moral objectif. Devant lui, la conscience catholique ne peut se taire. L’Eglise s’est prononcée clairement sur le sujet. Réservant le respect dû aux personnes, elle condamne clairement ce projet. Son jugement n’en appelle pas seulement à la foi mais à la raison de chaque être humain.


        Nous sommes heureux de reprendre ici, avec l’aimable autorisation de la revue Nova et Vetera, fondée en 1926 par celui qui allait devenir le Cardinal Journet, un article qui y a été publié sous le titre « HOMME ET FEMME IL LES CREA » [vol. 79, n° 1, janv.-mars 2004]. Cet article avait pour objet de présenter le document rédigé, sur le sujet qui nous intéresse, par la Congrégation pour la doctrine de la foi, le 3 juin 2003 : Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles [cf.] (1). Ce document, peut-être déjà oublié par bien des catholiques, est d’une totale actualité. Son étude l’est donc également, d’autant, comme l’indique en introduction l’article que nous reprenons, que « sur un sujet aussi complexe, les provocations et la turbulence des passions ne font qu’augmenter une confusion déjà grande » (2).

 

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CONSIDERATIONS GENERALES


I.- Une première série de problèmes porte sur la personne porteuse de tendances homosexuelles. Ces problèmes touchent la genèse de l’homosexualité, laquelle reste en grande partie mystérieuse et, de toute façon, n’obéit pas à un schéma univoque. D’autres problèmes sont de nature psychologique et relationnelle.


Mais l’interprétation de ces problèmes et la qualité des réponses qu’on s’efforce de leur apporter s’inscrivent dans le cadre d’un certain nombre de vues anthropologiques tout а fait fondamentales. Ces vues, dès lors qu’elles sont pénétrées avec profondeur, se révèlent comme vraiment libératrices.


La Lettre
de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 1er octobre 1986 sur la pastorale des personnes homosexuelles avait énoncé un principe de base: «Créée à l’image et ressemblance de Dieu, la personne humaine ne peut trouver sa figure adéquate dans une réduction à sa seule orientation sexuelle (...) Chaque être humain a la même identité fondamentale en tant que créature et, par grâce, est enfant de Dieu et héritier de la vie éternelle». En d’autres termes, la personne transcende sa sexualité ; elle ne saurait donc s’y laisser enfermer. A ce premier niveau, qui est ontologique, tous les êtres humains, étant des personnes, sont égaux en droits. Tous ont droit au respect, aucune ne doit faire l’objet de discrimination ou de mépris. Le respect s’exprimera dès le niveau du langage : on parlera de personnes homosexuelles, on évitera les appellations qui emprisonnent la personne dans une catégorie : les homosexuels, les lesbiennes.


Il appartient à la personne de répondre librement à sa vocation à la filiation divine et à la vie éternelle.
Sur ce chemin d’éternité, la loi morale, loi naturelle et loi évangélique, lui sert de guide et de lumière. De la vocation à la sainteté nul n’est exclu, comme nul n’est dispensé des exigences de la loi morale qui sont des exigences de liberté.


Cette vocation première constitue l’horizon de toute vocation spécifique. C’est donc par rapport à cet horizon que se comprend le sens de la sexualité humaine. Nous rencontrons ici une seconde donnée déterminante. Créant l’homme à son image, Dieu les créa homme et femme. La distinction des sexes fonde un rapport de complémentarité qui a son lieu propre dans le mariage monogamique indissoluble, ouvert sur la famille. Là se réalise, conformément au dessein divin, un rapport dialogal privilégié.  Par leur donation sponsale réciproque les époux sont les coopérateurs de Dieu dans la transmission de la vie. Pour les baptisés, cette relation unique a été élevée par le Christ à la dignité de sacrement. Dans cette perspective, se comprend la grandeur de la vocation à la paternité et à la maternité.


Mais, ne va-t-on pas de ce qui précède, conclure à une exclusion cruelle des personnes homosexuelles et à leur inévitable marginalisation ? Nullement, et ceci pour une double raison.


La première tient à l’articulation entre la vocation première de toute personne à la vie divine et la vocation spécifique au mariage. Cette articulation n’est pas telle qu’elle signifierait pour tous une nécessité. La vocation à la vie divine est transcendante par rapport à toute autre, non pas certes qu’elle s’y oppose, mais parce qu’elle est le principe suprême de l’intégration de tout appel particulier qui trouve là la plénitude de son sens.


Il est significatif que l’Eglise qui ne cesse de souligner la grandeur de la paternité et de la maternité dans le mariage, encourage parallèlement les vocations à la vie consacrée et au célibat. Elle y reconnaît un témoignage rendu à l’attente du Royaume et à la radicalité de ses exigences. Ajoutons que ceux et celles qui renoncent, pour le Seigneur, aux charges et aux joies d’une famille, se trouvent plus disponibles pour être proches de tous ceux et celles qui souffrent d’abandon, de mépris et de solitude affective. Dans la pastorale quotidienne, plus d’une personne homosexuelle a trouvé auprès d’un prêtre ou d’une personne consacrée écoute et compréhension.


La seconde raison est que l’usage de la sexualité est réglé par la vertu de chasteté. Ses exigences s’imposent à tous, aux jeunes, aux couples mariés, aux célibataires, aux personnes consacrées. Ses modalités d’exercice varient certes selon l’état de vie, les actes liés à la génitalité n’étant moralement licites qu’à l’intérieur du mariage, où leur usage demeure réglé par cette même vertu de chasteté. En dehors du mariage, ces actes sont privés de leur rectitude morale; ils sont de nature peccamineuse. On voit ici l’importance de la distinction entre tendances, orientations homosexuelles et actes homosexuels. Les premières ne sont pas imputables à la personne qui les découvre en soi. Quant aux actes, privés de régulation morale, s’ils sont posés délibérément et volontairement, ils constituent des péchés.


La fidélité aux exigences d’une vie chaste peut être difficile et demander des sacrifices. Mais difficulté ne veut pas dire impossibilité. Qui a recours à la prière confiante et aux sacrements peut lutter victorieusement contre les tentations et ses victoires sont source de joie spirituelle. Il est vrai que, dans notre civilisation érotisée, beaucoup de sirènes insinuent qu’à résister à des pulsions considérées comme irrésistibles on ne peut que provoquer des déséquilibres psychiques. Mais c’est ne pas voir combien la personne humaine est grandie quant elle assume courageusement sa responsabilité, en dominant ses pulsions. Déjà la raison philosophique peut percevoir cela; mais, à la lumière de la foi, ce combat de la liberté prend une nouvelle dimension. Le document auquel je me suis déjà rapporté le note (Lettre sur la pastorale des personnes homosexuelles, n. 12). Une personne homosexuelle qui entend suivre le Christ est appelée à réaliser la volonté de Dieu dans sa vie en unissant les souffrances et les difficultés, qui sont liées à sa condition, au sacrifice de la croix du Seigneur; pour le croyant, en effet, ce sacrifice est fécond, parce que de la mort de Jésus proviennent la vie et la rédemption. Si cette attitude est prise en dérision, que l’on sache que c’est lа le sort réservé à tous les disciples du Christ.


Une existence marquée par l’homosexualité n’est donc pas condamnée à la stérilité. Elle peut porter des fruits spirituels et s’ouvrir au service efficace du prochain.


C’est au niveau de la personne que doivent être considérés en premier lieu les problèmes liés à l’homosexualité, sans ignorer le poids de souffrances et de solitude qu’ils recouvrent.


(à suivre)

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(1) Cf. Doc. Cath. 7 et 21 octobre 2003, n. 2298, pp. 798-803.

(2) Dans cette première partie nous reprenons la substance d'un article présentant un Cahier de l'Osservatore Romano (n. 38) qui regroupe une série d'études que le journal avait publiées en mars-avril 1997. Cf. Doc. Cath. n. 2231, août 2000, p. 743-745.  

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