Suite de l’article « HOMME ET FEMME IL LES CREA», paru dans la revue Nova et Vetera (vol. 79, n° 1, janv.-mars 2004). Cet article, rappelons-le, a pour objet de commenter les Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles publiées le 3 juin 2003 par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Nous invitons nos lecteurs intéressés par ce ce sujet à lire avec soin ce document.
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CONSIDERATIONS GENERALES (suite)
II.- Les considérations proposées par la Congrégation pour la Doctrine de la foi portent sur la dimension politico-juridique.
A ce problème qui a sans doute toujours existé, les sociétés n’ont pas toutes réagi de la même façon. Ainsi, dans l’Antiquité, Athènes et Rome donnent l’exemple de comportements contrastés.
Pourquoi ce problème a-t-il pris aujourd’hui la forme qui est la sienne dans les sociétés occidentales, où les mouvements qui regroupent des personnes homosexuelles revendiquent, au nom de l’égalité, une reconnaissance publique et juridique de ces personnes et de leurs unions ?
Ainsi, outre de possibles aménagements du droit de succession, ces groupes ne réclament pas moins que la légalisation des unions entre personnes homosexuelles à l’instar du mariage et le droit d’adoption pour les couples ainsi constitués.
Ces revendications suggèrent deux ordres d’observations.
La première concerne le diagnostic. Si ces revendications s’affirment en général avec virulence, c’est parce qu’elles sont portées par l’idéologie dominante, qui est celle du libéralisme philosophique et de l’individualisme qui fait corps avec lui. L’homme est conçu comme un individu autonome, dont la prérogative essentielle est la liberté, par quoi on entend avant tout la capacité de disposer de soi et de satisfaire ses désirs. Dans cette perspective, on voit mal comment la sexualité s’intègre dans une vocation à la communion des personnes. Ce qui demeure c’est le seul droit de l’individu à son exercice. La crise du mariage, que nous constatons à notre époque, est une conséquence, pour une part, de cette idéologie. La même logique individualiste favorise les revendications des mouvements homosexuels (1).
On comprend, et c’est notre seconde remarque, pourquoi l’Eglise doit s’opposer résolument, avec les armes qui sont les siennes, celles de la persuasion respectueuse des personnes, à une telle manière de voir. Car cette conception, dans sa logique, ne peut que conduire à la ruine du mariage et de la famille.
Le problème est d’une extrême gravité et il faut espérer que les législateurs et les gouvernements, soutenus par une opinion publique éclairée, sauront en mesurer à temps toute l’importance.
En effet, la famille est la base de toute la vie sociale, dont elle assure la stabilité ; d’une manière plus décisive peut-être, elle garantit la qualité et l’authenticité des relations interpersonnelles. Son rôle pédagogique est irremplaçable. Qu’on en soit ou non conscient, l’idéologie individualiste substitue à des relations, marquées par le don de soi et l’ouverture généreuse à la vie, des relations narcissiques. Revendiquer pour des couples homosexuels ou pour des unions de fait des droits équivalents ou semblables à ceux qui appartiennent au mariage et à la famille, c’est s’en prendre à leur essence même, telle qu’elle reflète le dessein du Créateur.
Aux chrétiens il revient de témoigner de la vérité de l’affirmation de
Gaudium et spes (n. 12, § 4) : la société de l’homme et de la femme dans le mariage est
« l’expression première de la communion des personnes », sans pour autant que cela comporte des exclusions, mais au contraire ouvre les cœurs au sens de l’accueil.
III.- Un des buts du document que nous présentons est d’éclairer l’action des hommes politiques catholiques en indiquant les lignes de conduite conformes à la conscience chrétienne, quand ils se trouveront confrontés à des projets de loi concernent ce problème (cf. n. 1) (4).
Le critère de jugement moral à porter en ces matières est la vérité naturelle sur le mariage, confirmée par la Révélation, notamment dans les récits bibliques de la création :
« Dans le dessein du Créateur, la complémentarité des sexes et la fécondité appartiennent (…) à la nature même de l’institution du mariage » (cf. n. 3).
Il n’y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies même lointaines entre unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille. En effet, si le mariage est saint, les relations homosexuelles contrastent avec la loi morale naturelle. Les actes homosexuels ferment l’acte sexuel au don de la vie, ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Certes les condamnations des relations homosexuelles qui se trouvent dans l’Ecriture ne permettent pas de conclure que tous ceux qui souffrent de cette anomalie en sont personnellement responsables, mais elles confirment que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés.
Il faut insister sur la distinction faite ici entre tendances d’une part et relations et actes, de l’autre. Aussi bien les hommes et les femmes qui ont des tendances homosexuelles doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse et ne pas faire l’objet de discriminations. Comme les autres chrétiens, ces personnes sont appelées à vivre la chasteté (cf. n. 4).
IV.- Ces rappels étaient nécessaires, ils énoncent des principes toujours valables. Mais nous nous trouvons aujourd’hui devant une situation nouvelle : l’Etat est sollicité d’accorder une reconnaissance juridique aux unions homosexuelles, favorisant à la limite leur équivalence avec le mariage.
Or le mariage et la famille sont antérieurs à l’Etat, de sorte que celui-ci, quand il cède à des pressions qui vont à les affaiblir ou à les dénaturer, outrepasse ses compétences et sape ses propres fondements.
C’est donc un premier devoir des catholiques engagés dans le domaine public que d’attirer l’attention des autorités civiles sur les déviations idéologiques qui font que l’on glisse de la protection des personnes contre toute discrimination à une approbation plus ou moins larvée des unions homosexuelles. Là où l’Etat adopte une politique de tolérance de fait, on veillera à ce que le phénomène soit contenu dans des limites qui ne mettent pas en danger le tissu de la moralité publique et n’exposent pas les jeunes générations à une conception erronée de la sexualité et du mariage, les privant des défenses nécessaires, et, finalement, contribuant à la diffusion du phénomène (cf. n. 5).
(à suivre)
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(1) Cf. in
Nova et Vetera, juillet-sept. 2001, Georges COTTIER,
Réflexions sur le mariage et la famille, pp. 9-22 ; juillet-sept. 2003, Anthony FISHER, O.P.,
Le défi de l’enseignement de la morale catholique au troisième millénaire, pp. 35-62