6 Mars 2007
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"Légaliser l'euthanasie serait dangereux. Un dispositif qui donnerait la force de la loi à l'un pour tuer l'autre, fût-ce à sa demande, contient en lui-même des dérives inéluctables".
Et de conclure : "Croire que l'euthanasie légalisée règlera la question de la souffrance et de la mort relève de l'illusion (...). Nous verrons apparaître d'autres souffrances, d'autant plus profondes qu'elles seront tues".
Une telle prise de position devrait être écoutée avec plus d'attention, même par les politiciens omniscients qui se disputent nos suffrages au prix de discours sans nuance sur des thèmes pourtant éminemment complexes et déterminants.
Légaliser l'euthanasie est, en effet, à la fois dangereux et inopportun pour la France.
(1) C'est dangereux au plan des principes de notre société, parce qu'une société organisée doit s'opposer à ce que tout individu puisse disposer volontairement et sans contrainte de la vie d'un autre.
La première est que créer des exceptions à une règle aussi fondamentale, c'est justifier qu'il puisse y être dérogé dans certains cas, cas qui n'auront tendance qu'à se libéraliser et à se multiplier, sous la pression d'intérêts divers (philosophiques, financiers - car un lit d'hôpital, des soins lourds ou constants coûtent finalement bien chers - ou autres...). Avec une telle légalisation, une ligne serait franchie, un principe s'effacerait sans que l'on puisse en prédire les limites.
Or, il est des questions, au premier rang desquelles la vie, qui sont tellement primordiales, que l'on ne peut tolérer que l'accident (légitime défense y compris) ou la nature pour en décider (après des efforts pour éviter ou retarder qu'ils ne conduisent à la mort), mais pas la volonté d'un ou plusieurs individus, dont on sait que les motivations ne sont pas toujours conformes à l'intérêt ou à la volonté de la personne concernée. Légaliser l'euthanasie c'est ainsi s'incrire dans un courant qui aboutira très certainement vers un certain eugénisme au début de la vie, à la fin de la vie et pourquoi pas durant la vie. Les chasseurs de vieux de Buzzati ne sont plus très loin, non plus que les univers d'Huxley ou de Benson.
D'autant que l'on ne peut pas traiter la mort comme un droit ordinaire avec des conditions dont un juge peut s'assurer qu'elle sont respectées: car la mort est... irréversible. Les actes illégaux sont alors irréversibles, et facilités dans leur réalisation par le blanc seing de la loi. Légaliser c'est malheureusement dans nos sociétés de consommation, déresponsabiliser les consciences, qui, ici, tiennent une vie entre leurs mains.
Mais c'est dangereux aussi pour chaque individu. La littérature et l'histoire nous ont suffisamment enseigné ce à quoi peuvent être prêtes certaines personnes pour se débarrasser d'un aïeul emcombrant ou disposer d'une succession bien utile. La décision de le tuer est prohibée si l'aïeul est bien portant, mais ne le serait pas s'il l'était moins. Et qui irait corriger l'abus d'un héritier peu scrupuleux décidant, malgré les conditions légales, d'apaiser, pour son bien évidemment, les souffrances de son bienfaiteur trop peu diligent ? Certes, on peut espérer que cela ne concernera que quelques individus... Mais le législateur ne peut s'en satisfaire, qui doit préserver le droit pour chaque individu, doué d'un mystère propre, de vivre.
(2) En outre, une telle légalisation est inopportune. Décider de la vie d'un individu est - tout le monde devrait en convenir - la décision la plus grave qui puisse devoir être prise. Les politiciens s'en déchargeront sur les médecins et la famille, aux intérêts et aux rôles parfois ambigus, mais laisseront cette épée de Damoclès au-dessus de la tête des souffrants. Or, l'on peut s'en passer ! Une fois de plus, on promet des lois et on en édicte, sans les faire appliquer et sans faire appliquer celles qui existent déjà et qui résoudraient le problème mieux qu'un nouveau texte. Car, comme l'ont relevé les signataires de l'article précité, la loi sur les soins palliatifs, qui apaisent les souffrances et laissent chacun mourrir à son heure, sans que quelqu'un ait l'autorisation de le tuer prématurément.
Il est tout de même significatif de l'absence de toute ligne de conduite sérieuse de la classe politique, qui donne l'impression d'avancer au gré du vent, des pressions et des humeurs, dossiers par dossiers, en gérant au jour le jour, sans prendre garde ni aux contradictions de ses décisions successives, ni à la direction qu'elle fait prendre à la société : proposer de légaliser l'euthanasie à quelques jours de la loi ayant inscrit l'abolition de la peine de mort dans la constitution ne manque pas de surprendre. A suivre... une fois les surenchères électorales calmées.