Nous avons eu l’occasion, à plusieurs reprises, d’évoquer les assauts du lobby homosexuel pour obtenir des candidats le soutien et la réalisation de ses objectifs. Nous avons également évoqué, plus récemment, ceux menés par un autre lobby, non moins présent : celui de l’euthanasie.
Ce n’est certes pas un hasard si l’un et l’autre se manifestent aujourd’hui avec tant de bruit, en recourant au besoin à la violence, celle des invectives et des pressions. Chacun sent bien que la présente campagne électorale se déroule dans des circonstances très particulières, parce que la société est sur une ligne de fracture, d’un triple point de vue moral, social et économique. Il faut impérativement trouver des solutions. Mais pour les trouver, il faudrait d’abord avoir le courage de poser les vraies questions sur chacun de ces points, courage que les candidats principaux n’ont manifestement pas. Aucun d’eux n’interrogera le pays sur le sens de ses fausses valeurs ni ne s’avisera de proposer une politique susceptible de les remettre en cause. Il n’est pas question de décentrer le corps social de son individualisme, de sa poursuite effrénée de consommation, qui tient lieu de politique économique, ni de ses appétits libertaires. Il n’est pas question de rendre à la famille son rôle politique central et structurant, pas question de revenir sur une politique de mort qui sacrifie plus de 230.000 enfants chaque année.
Alors, à défaut d’être en mesure de remédier, il ne reste plus qu’à satisfaire. C’est là que les revendications les plus folles ont toute chance d’être écoutées.
« Demain sera un jour meilleur, c’est promis ! Tout va changer ! » Le changement, l’éternel changement inlassablement promis, qui se donne lui-même pour propre fin. Changer, ce n’est pas revenir sur une erreur, corriger une direction, c’est simplement dire autre chose, proposer autre chose, de l’inédit, du surprenant, voire de l’original. Quelque chose de différent du passé, par nécessité, car il n’est rien de plus haïssable, dans le discours moderne, que la “réaction”. Mais à proposer d’aller toujours en avant, que dire ? Bien sûr, il y a toujours les promesses inusables : « Vous serez plus riches, vous jouirez davantage ! ». Ca marche toujours, et ça marche encore aujourd’hui de manière surprenante, parce que tout le monde sait, malgré les promesses faites, qu’aucun candidat n’est réellement en mesure de financer ses projets. Mais ça ne suffit pas. Ça, c’est le fond commun, classique. Alors chaque candidat est demandeur d’idées, demandeur de singularités. Qu’est-ce qui peut lui adjoindre des faveurs que les concurrents n’auront pas ? Tout naturellement, le brassage des revendications habituelles étant fait, et les électeurs voyant de moins en moins de différences de fond entre les candidats, chacun de ces derniers s’ouvre à des appétits marginaux, que les médias, les lobbies et la sottise ambiante s’appliquent à proposer comme des projets de société pertinents où la liberté individuelle et le nombrilisme social pourront trouver de nouveaux modes d’expression.
C’est à la faveur de ce déficit politique colossal que la revendication homosexuelle et la revendication euthanasienne trouvent à s’exprimer, en attendant la revendication pédophile, qui s’est déjà imposée au Pays-Bas, et la revendication ouvertement eugéniste. Une société politique fermement établie sur des fondements lisibles ne permettrait jamais à ces dévoiements de sortir de l’ombre. Aujourd’hui, non seulement ils sont possibles, mais ils sont favorablement accueillis, d’autant que le déficit politique est égal dans la plupart des formations politiques, de sorte que ce que propose l’une, les autres ont tôt fait de l’adopter pour ne pas risquer de laisser échapper des voix ou de se voir taxer d’être hostiles au progrès.
La révolution est ainsi, qu’on le veuille ou non, au cœur même de l’institution démocratique. Depuis des décennies, l’Eglise met en garde contre une “culture de mort” qui n’est pas simplement une alternative à une “culture de vie”, comme une politique donnée peut l’être à une autre, mais qui est véritablement une logique de mort, qui conduit la société à organiser légalement sa propre destruction.
Il appartient à chaque chrétien, pour enrayer cette logique, de s’en dissocier autant qu’il le peut, et partout où il le peut, afin de témoigner des valeurs de l’Evangile appelées à inspirer les comportements sociaux comme les comportements privés. Les projets homosexuels ou d’euthanasie ne sont pas de simples “volets” de programmes politiques, en quelque sorte secondaires et anodins par rapport à des choix d’ensemble. Ce sont des projets qui, s’ils trouvent à se réaliser, auront une incidence nécessaire non seulement sur la liberté d’expression de chacun - comme nous l’avons montré à plusieurs reprises - mais sur la vie même de nos concitoyens, vie morale ou vie physique. Ils atteindront inévitablement, à terme, toutes nos familles, qui auront alors à subir des conditions de vie beaucoup plus difficiles encore qu’aujourd’hui, par la contagion des convictions et des comportements environnants, et par le poids des contraintes institutionnelles. C’est, à notre sens, un élément capital de la réflexion naturelle et surnaturelle du chrétien au regard des élections prochaines.
Personne ne pourra dire demain : « Je ne savais pas ».