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Benoît XVI, la restauration liturgique... et M. Tincq

Bien que cela ne soit pas directement lié à la vie politique, il nous paraît important de mentionner ici la parution de l’exhortation apostolique Sacramentum caritatis (1), sur l’eucharistie, signée par le pape Benoît XVI le 22 février 2007. Ce document est destiné à magnifier la place et le rôle de l’eucharistie, « origine de toute forme de sainteté » dans l’Eglise. Il a donc ainsi une incidence directe, certaine, sur toutes les modalités d'action d’un catholique, en privé comme en public.


Il n’est ignoré de personne que la question liturgique a été, depuis près de quarante ans, au cœur des conflits qui ont agité l’Eglise. Plus qu'aucune autre, elle a constitué une pierre d’achoppement pour les traditionalistes, lesquels, selon les groupes, les époques ou les circonstances, ont parfois été jusqu’à soutenir l’invalidité et l'hétérodoxie du rit de Paul VI, promulgué en 1969.


    D’interminables débats ont eu lieu dans ces milieux, en particulier pour déterminer si l’ancien rit, dit de saint Pie V, avait ou non été abrogé, s’il était possible d’assister au nouveau, s’il pouvait être célébré librement par les prêtres des instituts reconnus par l’Eglise depuis le schisme de Mgr Lefebvre en 1988. La résistance sur cette question a largement conditionné la résistance des mêmes milieux à la réception du concile Vatican II, et favorisé le développement de théories hétérodoxes.


    A la décharge des traditionalistes, l’histoire devra cependant retenir que la réforme liturgique s’est souvent opérée, en France, dans des conditions très violentes, au mépris de l’attachement de beaucoup de fidèles ou de prêtres aux formes liturgiques antérieures à la réforme. Cet attachement a pourtant
été déclaré légitime et respectable par le Motu proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988. Dans ce document, le pape Jean-Paul II a indiqué que ce respect devait s’exprimer par la libéralisation de l’ancien rit pour ceux qui la demandaient aux autorités locales. Il a ainsi enjoint [« on devra »] de « partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l'usage du missel romain selon l'édition typique de 1962 ».


    Cette injonction, malheureusement, est assez généralement restée lettre morte. Le Cardinal Ratzinger, très sensible à la liturgie et à son rôle de vecteur d’expression de la foi, s’est montré parfois très sévère, ou très lucide, sur les conditions de la réforme, exprimant clairement qu’elle n’était pas achevée et largement à parfaire, parce qu’elle avait souffert, en particulier, d’un grand déficit de sacralité. Au crépuscule de sa vie, le pape Jean-Paul II a rendu un immense service à l’Eglise en instaurant une année de l’eucharistie et en proposant sur ce sujet une riche lettre apostolique, Mane nobiscum Domine, le 7 octobre 2004.


    Devenu pape, Benoît XVI garde les mêmes convictions et ne s’est pas caché de son intention de mettre un terme à cette sorte de schisme intérieur qui affaiblit incontestablement l’Eglise. La perspective d’un dédoublement du rit latin, en ordinaire (ou de droit commun : le rit dit de Paul VI) et extraordinaire (le rit dit de saint Pie V) a été évoquée, qui a provoqué un grand émoi en particulier dans l’épiscopat, ou dans certaines sphères de celui-ci. La crainte a été exprimée, qui n’était pas totalement vaine, que cette institution pourrait conduire les traditionalistes à justifier leur repli sur eux-mêmes et à ouvrir ainsi dans l’Eglise un champ où le concile Vatican II pourrait n’avoir pas à être appliqué. A dire vrai, nous pensons que c’est plutôt l’inverse qui pourrait se produire, compte tenu du fait que pour beaucoup, la question liturgique est le seul obstacle qui les retienne véritablement d’examiner de plus près ledit concile.


    Quoi qu’il en soit, passé cet émoi, le silence était revenu sur cette question. Chacun était dans l’attente du document qui vient de paraître, en se demandant s’il ne pourrait pas, subrepticement, introduire quelque réforme sur cette question disputée. Ce n’est pas (encore) tout à fait le cas. En tout cas pas dans les proportions qui étaient redoutées par certains. Le document se termine sur l’annonce de la publication d’un Compendium liturgique, comme il en existe un pour le catéchisme et pour la doctrine sociale de l’Eglise, qui comprendra « des textes du Catéchisme de l'Église catholique, des prières, des explications des Prières eucharistiques du Missel et tout ce qui pourra se révéler utile pour la compréhension correcte, pour la célébration et pour l'adoration du Sacrement de l'autel » (n° 93). Il (re)introduit cependant des exigences qui ne sont certes pas du goût de tous.


    Ainsi M. Henri Tincq, qui demeure dans Le Monde, l’un des derniers gardiens du progressisme idéologique des années 70, grince autant qu'il le peut dans les colonnes de ce journal du 13 mars. Là où le catholique verra, dans la méditation, la reconnaissance et la prière, une invitation féconde à approfondir un mystère central du christianisme et à l'honorer avec dignité, propre à rassembler dans le respect et l’unité de la foi tous les fidèles, M. Tincq, tout en aigreurs, fustige l’obsession du pape à vouloir « à tout prix rallier à Rome » (horreur) les traditionalistes, à donner « des gages à son aile la plus conservatrice ».


    Pensez : il dit que les assemblées dominicales en l’absence de prêtre ne sont pas des messes. Il maintient cette « doctrine peu charitable » (sic) selon laquelle les divorcés remariés ne peuvent accéder aux sacrements (ben oui, quoi, dans une société de consommation, “j’ai droit à”, non ?). Il indique que ceux-ci doivent, « selon les exigences de la loi de Dieu », vivre « comme amis ou frère et sœur ». Le journaliste, là, n’y tient plus. Il s’esclaffe : « c'est-à-dire dans la chasteté ! » La chasteté, quel gag pour notre plumitif ! Et celui-ci d’égrainer les menaces qui pèsent sur le monde : Benoît XVI, qui « campe ainsi sur les positions les plus intransigeantes » est (si, si) un « nostalgique de la tradition d’avant Vatican II ».  Inattendu : voilà que M. Tincq a la même conception que Mgr Lefebvre, celle d’une tradition d’avant, et celle d’une tradition d’après ! Le latin et le chant grégorien devront être réintroduits dans les séminaires, les concélébrations devront être exceptionnelles, le baiser de paix – dont bien peu, entre nous, savent qu’il s’agit d’un véritable geste liturgique (mais qui l’a enseigné aux fidèles ?) – ne doit plus donner lieu à des manifestations excessives, les improvisations dans le chant et les liturgies sont proscrites.


    M. Tincq pleure : « Bien des efforts d’animation des célébrations risquent de se trouver découragés ». Las… Mais il reprend bientôt courage : « Le scénario est déjà en place pour un nouvel affrontement entre l‘aile traditionnelle de l’Eglise et les fidèles acquis aux innovations de Vatican II ». Ah, ça va saigner, je vais pouvoir rempiler ! Il ne lui vient pas à l’esprit que beaucoup d’esprits “traditionnels”  puissent être “acquis” à Vatican II. Il ne lui vient surtout pas à l’esprit – comme aux intégristes – que la tradition puisse s’exprimer dans ce concile. M. Tincq ne perçoit pas cela parce qu’il est tout simplement un intégriste de gauche et qu’il partage la dialectique des enragés qu’il prétend combattre.


    Il ne perçoit surtout pas, - et c'est assurément ce qu'il y a de plus triste, qu’il n’y a pas de tâche plus urgente pour le pape, sur ce point, et pour l'Eglise entière, que celle de répondre à l’appel du Christ lui-même : « Soyez un, comme le Père et moi sommes un ».

 

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(1) Texte téléchargeable au format PDF :

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F
Sur ce point, je vous invite d'ailleurs à lire les propos de P. de Plunkett que je viens de découvrir : http://plunkett.hautetfort.com/archive/2007/03/14/deux-reflexions-a-propos-de-sacramentum-caritatis.html#moreCordialement.
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F
Bonjour, Je partage parfaitement votre avis. J'ajouterai que Monsieur Tincq, sans doute en raison d'un prisme idéologique bien dommageable lorsque l'on se prétend journaliste, ignore manifestement que le texte se place constamment dans la ligne de Vatican II et "en harmonie avec les directives du concile".  Il n'entend donc aucunement revenir en arrière et ne manifeste pas de nostalgie. Au contraire, il progresse en adaptant l'Eglise au monde de son temps. Cordialement.
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P
Les chiens aboient et la caravane passe... vous avez parfaitement raison il y a aussi des intégristes du progressisme, qui ne se complaisent que dans l'anarchie. Il faut aller au-delà et que chacun n'ait qu'une intention, le bien de l'Eglise. Cordialement. Pierre B.
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