25 Avril 2007

"Dans le dialogue avec les candidats (comme sur Internet), s’exprime avant tout la défense des intérêts particuliers, personnels ou catégoriels. La méthode induit cette dérive. Activée par une présence médiatique très forte, animée par la course aux évolutions données chaque jour par les sondages, la tentation sera forte de ne raisonner que dans l’émotion du moment.
Où sont les options de fond, les grands débats de société, les orientations qui donnent à penser ? Les Français qui sont là ne s’intéressent-ils pas, aussi, à la construction de la paix, au développement du Tiers-Monde, au rôle de la France dans le monde, à la qualité de la culture ?…
Des débats contradictoires entre les principaux candidats sont nécessaires, afin que ceux-ci puissent s’exprimer sur les grandes options à faire pour l’Europe et dans le monde. Car le Président devra bien en poser sur la guerre en Iraq, la bombe en Iran, la relation aux Etats-Unis, la construction européenne… Cette dimension internationale n’a pas, jusqu’à présent, tenu le devant de la scène ; elle est pourtant décisive.
Un autre renversement est nécessaire, celui du discours des candidats. Voulant attirer les voix, ils sont allés de tout côté pour écouter les plaintes et recevoir les doléances. Certains se sont présentés comme une sorte de Père Noël politique prêt à répondre à toutes les demandes immédiates. La promesse répétée – « plus de travail, plus d’argent » – peut faire rêver ; est-elle la meilleure invitation pour constituer une communauté politique digne de ce nom ?
Les candidats du PS et de l’UMP vont jusqu’à utiliser des enjeux graves, portant sur des questions d’éthique fondamentale, pour ramasser quelques voix catégorielles. Sur l’euthanasie, ils ont pris des positions inacceptables non seulement en leur fond, mais aussi dans ce qu’elles manifestent d’erreur et de mépris pour le travail considérable accompli depuis tant d’années sur la fin de vie [1]. Ces propos à l’emporte-pièce dévaluent les efforts réalisés depuis longtemps. L’éthique est ainsi prise en otage, sans offrir une réflexion susceptible de permettre des solutions.
Le discours politique semble être aujourd’hui orienté directement vers l’obtention de voix ; il n’est plus une proposition de programmes s’affrontant aux grands défis qui attendent notre pays – et toute l’Europe avec lui. Les temps de rigueur sont devant nous, pour deux raisons au moins : la dette publique, d’une part, qui vient diminuer nos capacités d’action ; le développement durable, d’autre part, qui va demander un effort considérable pour adapter notre civilisation au réchauffement climatique.
Or, au lieu de parler d’un sursaut national, d’un effort de chacun pour affronter tous ensemble ces difficultés à venir, les candidats distribuent des chèques à tous ceux qui les demandent. En faisant cette remarque, nous ne voulons pas dire que certaines catégories de population ne méritent pas effectivement un soutien particulier et nouveau, mais nous soulignons l’orientation générale d’une campagne insuffisamment centrée sur le bien commun et l’avenir. Après avoir commencé sous les auspices d’un nouveau rôle du politique [2], elle rabaisse le statut du président de la République au niveau d’un Premier ministre, gestionnaire du quotidien et dispensateur de l’ordre public. Il est encore temps de lui redonner sa portée, qui dépasse la conjoncture."
[1] Voir l’article de Marie de Hennezel dans Le Monde du 1er mars 2007
[2] Voir l’article de Stéphane Rozès, « Présidentielle 2007 : retour de l’imaginaire politique »