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Venez au secours de l'Abbaye de Kergonan !

Comme nous l'avions annoncé ici même [cf.], l'Abbaye bénédictine Saint-Michel de Kergonan a été victime d'un grave incendie, dans lequel l'abbatiale, notamment, a été intégralement détruite. Nous confions les religieuses à vos prières et à votre miséricorde en cette épreuve [pour les aider matériellement, voir].

Voici ce récit de l'événement, tel qu'elles ont bien voulu nous le communiquer. Qu'elles soient assurées de nos ferventes prières avec tous ceux qui, de par le monde, les soutiennent de leur amitié.

_______________

« Jeudi 19 avril 2007. Deuxième anniversaire de l’élection de Benoît XVI. A 17h, comme d’habitude, nous entrons au chœur pour le chant de Vêpres. Vers 17h20, une forte odeur de brûlé se fait sentir, plus forte que les odeurs de feu assez habituelles dans notre région. Au même moment, des bruits insolites nous parviennent de la nef des fidèles, perpendiculaire au chœur des moniales, et donc invisible pour nous : « crac ! crac ! crac !… » L’inquiétude s’empare des esprits et Sr Catherine, économe de la communauté, sort précipitamment couper l’électricité et l’arrivée de propane (chauffage). Les Vêpres s’achèvent, mais déjà quelques moniales sont sorties du chœur pour constater ce qu’elles redoutaient : il y a le feu à l’Abbaye ! La communauté peut alors voir les premières flammes sortir du toit, à l’angle de la nef et du clocher, à l’emplacement même où des travaux avaient été effectués l’après-midi. Vite, on appelle les pompiers ! Entre temps, la sacristine, Sr Jacqueline, entre dans le Sanctuaire et emporte le Saint-Sacrement, qu’elle dépose au chapitre. Déjà l’église est remplie d’une épaisse fumée blanche et, à l’autre bout de la nef, les deux sœurs qui enlèvent les barres des grandes portes ne peuvent qu’apercevoir ce qui se passe à l’autel. L’atmosphère est presque angoissante et, dans un grand silence, on sent qu’une catastrophe se prépare.

Les gendarmes arrivent 10 mn après, prévenus sans doute par des voisins. Ils demandent que toutes les sœurs se regroupent dans le jardin, à l’extérieur du bâtiment, ce qui  se fait facilement puisque nous sortions de l’Office. Notre infirmière, Sr Bénédicte va vite chercher notre ancienne, Sr Lucie, restée à l’infirmerie. Dans un réflexe presque professionnel, Sr Marie-Assumpta s’empresse de prendre, aux Archives, nos chartes de profession. Peu après, vers 18h00, les premiers camions de pompier arrivent. L’un se poste dans la cour d’honneur et déploie la grande échelle, sur laquelle monte courageusement une femme pompier, tandis que les autres camions entrent en clôture, afin de pouvoir cerner le feu. Les flammes sont maintenant hautes et vives, le toit s’embrase et l’on regarde le « spectacle », un peu atterrées par la rapidité avec laquelle le feu progresse. Le temps y est propice : chaud et sec avec un léger vent… On comprend que la chose est grave.

Mais une suite de circonstances malheureuses va retarder une action efficace des pompiers : une vanne d’eau très éloignée, une coordination entre les très nombreux pompiers venus en renfort de tout le département (de 80 à 100 sur place) qui peine à se mettre en place, des tuyaux d’eau éventrés par les camions se succédant aux abords de l’Abbaye, un sur-presseur, nécessaire pour obtenir une pression d’eau adaptée à la hauteur des flammes, qui n’arrivera qu’à 19h00, etc. Et nous assistons, impuissantes à la dévastation de notre église.

Pendant ce temps, Sr Catherine indique aux pompiers les endroits à surveiller en priorité : le chœur des moniales, avec dans son prolongement le chapitre et les ateliers, et surtout le Noviciat, au 2è étage, qui fait la jonction entre l’église et le bâtiment principal ; si le Noviciat s’enflamme, tout y passera ! Deux pompiers sont postés à cet endroit-là. Quand Sr Catherine y monte, quelques minutes plus tard (il est peut-être 18h30), la chaleur est déjà insupportable. Les deux pompiers devront redescendre précipitamment, brûlés, par les gaz, au 2è degré. C’est que la combustion de notre toit dégage une abondante production de gaz inflammables, annonciateurs d’une explosion. Personne, d’ailleurs, ne saura expliquer pourquoi tout n’a pas explosé…

Le Saint-Sacrement, peu en sûreté au chapitre, nous rejoint dehors et chacune se met à implorer du Ciel sa protection. Tout à coup, on entend une exclamation : « Oh non ! C’est pas possible ! » Le clocher, jusque là épargné, s’embrase à son tour : ces images sont vives et nettes et nous pénètrent au plus profond ; on se sent touché soi-même. Les gendarmes, voyant monter et la chaleur et l’inquiétude, préfèrent nous évacuer un peu plus loin, dans le bâtiment de la ferme. Il doit être 19h00. Là, nous récitons Complies et commençons un chapelet.

Pendant ce temps, les pompiers s’organisent et s’attaquent avec vigueur et efficacité au feu dévastateur. Ils feront preuve, tout au long de ce désastre, d’un courage, d’un sens du devoir et du service qui feront notre admiration. Déjà, les amis et voisins arrivent à l’Abbaye, tous consternés et attristés.

Le Père Prieur de Sainte-Anne, accompagné de deux frères, vient nous assurer du soutien fraternel de toute la communauté : ce n’est que le premier acte d’une aide, tant spirituelle qu’humaine et matérielle, dont nos frères vont nous entourer durant plusieurs semaines, nous accueillant très généreusement pour la liturgie  et les repas. De tout cela nous ne savons que rendre grâce. Les marques de soutien nous arrivent maintenant sans discontinuer : le sous-préfet, venu de Lorient, notre Maire, M. Gérard Pierre, et tous les maires du Littoral, notre évêque, Mgr Raymond Centène, le Père Abbé de Sainte-Anne, Dom Philippe Piron, notre Recteur, le Père André Lambert et tant d’autres, connus ou anonymes. Le mercredi suivant, le TRP Père Abbé de Solesmes, Dom Philippe Dupont, viendra, à son tour, nous assurer de son soutien paternel.

Il est 20h00 passées quand nous quittons la ferme et nous rendons à l’hôtellerie, toujours avec le Saint-Sacrement. Là, nous pouvons nous restaurer grâce au repas que le frère Armel nous à fait parvenir des cuisines de Sainte-Anne. Les pompiers commencent à maîtriser le feu et l’on ne craint plus pour le vieux bâtiment. Mais ils n’arrivent toujours pas à étouffer les flammes qui dansent encore sur le toit du chœur des moniales, déjà percé en plusieurs endroits afin de libérer les gaz et d’éviter tout nouveau risque d’explosion. Impossible de dire le nombre de litres d’eau déversés à cet endroit et sur la sacristie, jusque là épargnée par le feu : les pompiers devront écoper une partie de la nuit pour éviter que les infiltrations ne causent à leur tour de sérieux dégâts dans notre crypte.

Il faut songer à un hébergement pour la nuit : on se répartit en trois groupes : qui dans notre hôtellerie, qui à l’hôtellerie des moines, qui chez une proche voisine. Seule Sr Catherine demeure à l’Abbaye, entourée de 25 à 30 pompiers qui, toute la nuit, vont arroser, arroser, arroser pour éviter que le feu, qui couve sous la braise, ne reprenne. Ils ne partiront que le lendemain à 18h00… La nuit sera courte pour tout le monde.

Dès le vendredi, les appels et mails de soutien nous parviennent de toute la France et même de l’étranger. Ce n’est que vers 15h00 que nous sommes autorisées à pénétrer dans le bâtiment. Nous pouvons alors constater les dégâts. Dans l’église, la vision est apocalyptique ! Elle n’est plus qu’un champ de gravats fumants. Les arches de la toiture gisent à terre la tête en bas, tous les bancs sont calcinés, la chaleur – qui a pu atteindre les 1200° - a fait sauter les chapiteaux de granit ; les cloches à moitié fondues sont tombées sur l’autel de pierre et l’ont éventré, les grilles noires sont blanches et tous les vitraux ont bougé ; les tuyaux de l’orgue sont à moitié fondus. Demeure, sur le mur du fond, impassible et solide, notre grand Calvaire qui semble s’être joué de tout. Comment est-il encore là ?… Il nous apparaît comme le symbole de la protection divine dont nous avons été entourées et fait déjà naître en nos cœurs l’Espérance d’une Vie nouvelle. Stat Crux dum volvitur orbis (le monde tourne, la Croix demeure stable). Au noviciat, le spectacle est saisissant : dévasté par la chaleur, il devra être totalement refait : tout y est recouvert d’une épaisse suie noire, qui s’incruste partout ; les gaines électriques ont fondu et les fils se balancent sur les murs ; le vernis des portes s’est liquéfié ; les fenêtres les plus proches du grenier (entièrement brûlé par le feu) ont commencer à fondre : l’atmosphère y est irrespirable. Sur les deux niveaux inférieurs, l’eau s’est infiltrée et presque un tiers du bâtiment (dont notre infirmerie) est sinistré. La suie a pénétré toute la maison et, dès le samedi, il nous faut retrousser nos manches pour commencer, aidées de nombreux volontaires et amis, un sérieux ménage, au moins dans les parties non directement touchées. Déjà commence le ballet des experts et architectes venus enquêter et constater.

Peu à peu, nous nous organisons : offices et repas à Sainte-Anne. Très vite, nous reprenons le chant des Vêpres dans notre chapitre (où le Saint-Sacrement a été installé), en attendant de pouvoir aménager le grand parloir en chapelle, comme cela était le cas jusqu’en 1970, date de la Dédicace de notre église. Le lendemain de l’incendie, nous entendions à la messe l’Evangile de la multiplication des pains. Alors que les apôtres n’ont rien en main, Jésus leur demande de nourrir la foule ; ils en sont déroutés. L’évangéliste écrit alors : « Il disait cela pour les mettre à l’épreuve ; Lui savait ce qu’il allait faire. » De tout mal, Dieu peut et veut tirer un bien plus grand. Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le Nom du Seigneur soit béni. A lui notre action de grâces pour toujours.. »
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