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Européennes : la fessée des politiciens

I.- Nos parlementaires, dont la sollicitude n’épargne aucun domaine, ont été interrogés sur la question – capitale en soi et décisive en cette période de crise - de savoir s’il convenait de légiférer sur… la fessée. Pour l’interdire, naturellement, ou « l’encadrer ». Histoire de s’immiscer encore un peu plus dans le gouvernement des familles. L’affaire, comme on sait, a été reportée.

Heureux report pour les uns, fâcheux pour les autres. Il fallait que la fessée fût encore assez libre pour permettre aux Français d’en infliger une belle, bien claquante, aux politiciens du jour par la vertu de ces dernières élections. Ces politiciens auraient cependant apprécié de pouvoir déclarer cette fessée-là, en particulier, attentatoire à leur dignité.

En vérité, ils n’ont guère besoin de loi positive pour s'en préserver. Une loi non écrite leur suffit, à laquelle ils sont fidèles. Elle consiste à juger que la censure dont ils sont l’objet est la marque, au minimum, d’un malentendu, d’un défaut de pédagogie [«nous n'avons pas su convaincre les Français»], au maximum d’un manquement [chez les citoyens, naturellement] aux exigences de la démocratie.

II.- Ainsi en est-il, en particulier, de ce gouvernement. Rappelons, comme nous n’avons cessé de le faire, que M. Hollande, qui occupe le poste de Président de la République, n’a été élu que par 39 % des Français inscrits sur les listes électorales, et que sa majorité parlementaire représente un peu moins de 22 % de ce même corps électoral. Le chef de cette minorité agissante, qui a moins été élu pour lui-même que par rejet de son prédécesseur, a fait montre d’un tel amateurisme et d’une telle légèreté dans l’exercice du pouvoir qu’il ne représente désormais à peu près plus rien en dehors du champ, tout de même assez réduit, des fournisseurs de scooters. D’un point de vue démocratique, ce constat, fort alarmant, devrait conduire l’intéressé et les siens à la plus grande humilité, sinon à la démission, ce que M. Valls appelle élégamment « descendre de la voiture ».

Mais il n’en est rien. La voiture est confortable, même en dérapage incontrôlé. Le même M. Valls, qui parle pourtant de « séisme », de « moment grave », n’en ose pas moins ce commentaire stupéfiant au regard de la fessée reçue : « Ce n’est pas la première fois que ceux qui gouvernent connaissent l’impopularité ». En conséquence, il n’est pas question de changer de politique, ni surtout de partir. La foi démocratique ne va pas jusque-là. La recette proposée est dans la réforme territoriale et dans une baisse des impôts, dont M. Valls nous annonce, comme si son gouvernement n’en était pas la cause saignante, qu’ils « sont devenus insupportables pour les classes populaires et moyennes ». Oh, divine surprise !

M. Valls et ses amis – ce doit être un mot d’ordre – parlent aujourd’hui, le cœur sur la main, de « crise d’identité du pays », de « crise morale », sans paraître réaliser l’indécence d’un tel diagnostic de leur part, fossoyeurs de toute morale familiale et publique et de toute identité française. Ils ne paraissent surtout pas saisir que les résultats électoraux ne font pas jaillir aux yeux de tous, avec le Front national, le monstre menaçant qu’ils caricaturent mais la profonde lassitude dont ils sont eux-mêmes l’objet : eux, leurs orientations, leurs idéologies, leur amoralisme précisément, leur incompétence et, au bout du compte, leur indécrottable aveuglement.

III.- La droite, comme à l’accoutumée, n’est pas en reste. Fessée elle aussi, quoi qu’en de moindres proportions, mais fessée tout de même, elle ne se reproche que d’être divisée, insuffisamment pédagogue, tout autant surprise. Si d’ailleurs la colère des Français est perçue par elle, elle est exclusivement orientée vers le parti au pouvoir. Ainsi M. Copé [mais comment s’en étonner ? « (…) et ses roulements d’yeux, et son ton radouci, n’imposent qu’à des gens qui ne sont point d’ici »…] fait mine de n’y voir qu’une exaspération très forte « contre la politique conduite dans notre pays par le président Hollande », comme si ces élections n’avaient pas humilié la formation qu’il dirige !

Le mot le plus significatif est celui de Mme Kosciusko-Morizet, qui parle de la nécessité de « constituer l'alternative à une gauche qui désespère les Français, et une extrême droite qui prospère sur ce désespoir ». L’alternative, l'unique, naturellement, elle seule et les siens sont susceptibles de l’incarner, entre deux maux. La dialectique auto-justifiante est aisée. L’arrogance assez sotte du propos a néanmoins le mérite d’être compensée par une certaine lucidité : si cette « alternative » est à « constituer », c’est qu’elle n’existe pas. C’est bien précisément ce que les Français reprochent à cette droite sans foi ni raison, si proche idéologiquement de la gauche qu’elle prétend combattre, comme une fesse droite est proche d’une fesse gauche, également exposées à la fessée reçue.

IV.- Tant que gauche et droite ne comprendront pas que c'est leur idéologie et leurs orientations destructrices du tissu social [amoralisme, démagogie, haine du passé, argent-roi, culpabilisme, médiocrité culturelle, fascination parisienne pour les déviances, etc.] qui sont cause du désespoir des Français ; tant qu’elles s’obstineront à en rejeter aveuglément la responsabilité sur l’autre camp, voire sur le peuple français plus ou moins accusé du péché de ne pas les comprendre et de dériver dans le «populisme» ; tant qu’elles fonctionneront comme des oligarchies anti-démocratiques, ne faisant mine de se souvenir du peuple français que lors des échéances électorales ; tant qu’elles n’auront à proposer, pour s’en tenir aux dernières décennies, que le chiraquisme affairiste, le sarkozisme vulgaire ou la bêtise pépère de la « présidence normale », rien ne changera.

Ni pour eux, ni pour les Français. Les charbons ardents ne feront que s’accumuler, qui finiront par ensevelir les politiciens sous la cendre. L’histoire devrait avoir appris à ces derniers que de telles issues ne sont pas seulement théoriques et que les sociétés civiles ne sont pas des jouets dont on dispose sans risques. Si, pour le malheur de tous, une telle issue devait un jour se présenter, le souvenir d'avoir tout fait pour anéantir l'enseignement de l'histoire leur tiendra alors davantage de remords que de consolation.

Européennes : la fessée des politiciens
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G
so good
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