28 Mai 2014
I.- La fameuse affaire Bygmalion ébranle, paraît-il, ce que l’on appelle la « classe politique ». Sur le principe, on ne peut que se satisfaire de ce que quelque chose soit encore susceptible de l’ébranler. D’ordinaire, c’est elle qui cherche plutôt à ébranler, tantôt les colonnes de la vie sociale, par de pseudo « réformes sociétales » portant atteinte à la vie ou à la famille, tantôt les libertés de pensée ou d’expression, par l’agitation des fantasmes du « populisme », du racisme ou de la discrimination.
Les souffrances et les blessures économiques ou morales qu’elle inflige à la société n’ébranlent pas la « classe politique ». Ce qui l’ébranle, ce sont ses propres affaires, lesquelles sont à la hauteur de ses idéaux – affaires de sexe et affaires, surtout, d’argent.
Comme toujours, ces affaires éclatent dans un ciel serein, de la sérénité sinon des “bonnes consciences”, du moins des consciences qui se croient hors d’atteinte de tout regard, protégées par la multitude de droits et de privilèges qu’elles s’octroient sur les autres. M. Sarkozy, qui ne craignait pas de claironner, en 2007 : « Nous conjurerons le pire en remettant de la morale dans la politique. Le mot morale ne me fait pas peur », avait sa « République irréprochable ». M. Hollande a sa « République exemplaire », dont on connaît assez les vertus. Les mauvaises odeurs et les dégoulinures ne cessent cependant pas de traverser ces façades angéliques.
II.- Ces circonstances nous valent souvent de bons mots. Nous avons toujours droit à une protestation véhémente de ce genre : « Je suis innocent ! D’ailleurs, je fais confiance à la justice de mon pays », comme s’il y avait là quelque message caché destiné à quelque frère de connivence siégeant à juste place. Et puis, malgré cela, quelques têtes devenues moins disertes tombent.
Qu’en sera-t-il de M. Copé, que M. Franz-Olivier Giesbert, son ennemi fidèle, a déjà renvoyé aux « égouts », qui seraient sa vraie « place » ? Nul ne le sait encore et il faut, ici comme ailleurs, tenir le principe de la présomption d’innocence. Mais il est difficile de ne pas garder mémoire, en attendant que la lumière soit portée sur cette affaire, de ce mot magnifique que M. Copé a eu hier : « Mon honnêteté et mon intégrité sont totales ». Heureux l’homme qui peut ainsi parler ! Mais ce n’est pas tout à fait un homme, il est vrai, c’est un politicien, ce qui le place très au-dessus du vulgaire.
À propos de bons mots, on ne saurait passer sous silence, non plus, celui d’une grande dame de la République, Mme Roselyne Bachelot, qui a fait cette déclaration télévisée, à propos de M. Copé et de l’UMP : « (…) ce type (sic) nous a menés à un véritable désastre moral. Je ne sais pas s’il était au courant ou s’il n’était pas au courant. Mais quoiqu’il en soit, il était le patron de cette entreprise humaine qu’est un parti politique, un grand parti de droite, un grand parti conservateur. Mais on en est là, j’ai les boules ! ». « Désastre moral », par rapport à quelle morale ? « Grand parti conservateur », en vue de la conservation de quoi ? Cela n’est-il pas délicieux dans cette bouche qui se réclame par ailleurs, avec les engagements que l'on sait, d’une idéologie « tolérante et progressiste » ? Et que dire de cette chute si distinguée ?
Un scandale chasse l’autre dans la République des grandes vertus. Elle avance tête haute en piétinant celles d'entre-elles qui ont eu le malheur d’avoir été démasquées, celles dont a pu révéler publiquement qu’elles « étaient au courant » de quelque chose qui ne devait pas être révélé.
Il y a143 ans, Ernest Renan en appelait à une réforme intellectuelle et morale . Son appel s'est depuis longtemps éteint dans la nuit.