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Jamais la politique chrétienne ne coïncidera exactement avec la politique d'un parti.
A mettre les choses au mieux, et à supposer qu'un parti politique place les intérêts du bien commun au-dessus de ses intérêts de parti, qu'il nomme par exemple aux postes importants non pas les plus dignes du parti, mais les plus dignes de la cité, il faudrait encore dire que
le parti ne vise le bien commun que sous l'angle d'une valeur politique donnée qu'il s'attache plus spécialement à faire prévaloir, et qui, si authentique et nécessaire qu'elle soit, restreint forcément sa perspective et l'oblige à rejeter au second plan le souci pratique et immédiat d'autres valeurs, authentiques et nécessaires elles aussi, que d'autres partis s'attacheront à leur tour à faire prévaloir.
Nous ne faisons ici que transposer aux partis, auxquels elle est
a fortiori applicable, une vue d'Aristote et de saint Thomas concernant les divers régimes politiques légitimes. Chacun d'eux s'attache, disent-ils, à faire prévaloir un des éléments du bien commun de la cité : unité, vertu, liberté, prospérité (ajoutons, si l'on veut : tradition ou innovation). Aucun d'eux n'est adéquat à tout le bien commun. Et c'est pourquoi le meilleur régime, selon saint Thomas, est un régime mixte.
Transposant cette vue, nous disons donc que, s'il est éminemment désirable que la
politique chrétienne soit partout reconnue,
qu'il y ait partout dans la politique des chrétiens pour la faire rayonner, aucun parti, fût-il composé entièrement de chrétiens, ne représentera adéquatement la politique chrétienne".
Cardinal Charles Journet (1891-1975), Exigences chrétiennes en politique, Egloff 1944, p. 519