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Maurice Papon et la vengeance

    Voici que Maurice Papon (1910-2007) est mort. Il avait été condamné en 1998 par la cour d’assises de Gironde à dix ans de réclusion pour complicité de crime contre l'humanité. Bénéficiant de la loi du 4 mars 2002, Papon était sorti de prison le 18 septembre 2002 en raison de son âge et de son état de santé, pour être assigné à résidence.


      On se souvient que cette mesure de clémence, pourtant légale, avait soulevé la colère de beaucoup, bien qu’elle fût par ailleurs approuvée par des personnalités telles que M. Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel, ou de l’ancienne résistante et déportée Mme Germaine Tillion.


    A présent que l’homme est mort, le brouhaha renaît et l’on crie haro sur le cadavre. M. Hollande a clamé qu’il était mort « 
vieux et libre mais sans honneur et sans dignité », d’autres qu’il était mort sans réintégrer l’humanité (sic). Et l’on débat de savoir s’il doit ou s’il peut être enterré avec sa croix de commandeur de la Légion d'honneur. Aurait-il vécu quelques siècles plus tôt que le célèbre condamné eût été jeté en fosse commune, par un petit matin froid et brumeux, sans prière et sans pardon, avec pour seul témoins quelques corbeaux venus à la ripaille.

 
    Etranges mœurs, tout de même, que les nôtres. Dans le même temps, les représentants du peuple sont appelés à intégrer dans la constitution l’abolition de la peine de mort. Et pourquoi cette noble et souveraine démarche, dites-moi ? Pour que ne revienne jamais, figurez-vous, une peine jugée barbare et inspirée... par la vengeance. La vengeance, cette méchante vengeance, à la grimace haineuse, qu'il faut éradiquer de la vie sociale.

 

     Etrange humanisme que le nôtre, qui se paye ainsi de mots et ne sait pas trouver celui qu'il faut aux portes de la mort. Etrange humanisme qui, même au-delà de ce seuil, que chacun aura un jour à franchir, dénie encore l'humanité à l'ennemi vaincu qu'il y poursuit toujours. Il faut aller encore et encore du coup de pied, pour écraser dans la boue la tête sans vie du cadavre détesté. Et l’on parle d’honneur, et l’on parle de dignité ! Quelle dérision tout de même. Au demeurant, la Vème République, drapée en ses jours dans sa blancheur à Versailles, pour y exorciser solennellement la barbarie et la vengeance, a-t-elle été jusqu'en des temps récents si peu avare de trahisons, de vols, de mensonges, de déshonneurs, et même de sang répandu, généreusement couverts de récompenses, de postes, de privilèges et de médailles, que ses politiciens puissent se montrer aujourd'hui si impitoyables  ?

    Maurice Papon n’aura pas eu la fosse commune. Du moins aura-t-il eu les corbeaux. Qu'il nous soit permis de n'en être point, et d'appeler sur lui, comme sur tout homme, la miséricorde infinie de Dieu. Concluons avec saint Thomas : « Ce n’est pas une excuse que de vouloir du mal à celui qui nous en a causé injustement, de même qu’on n’est pas excusé de haïr ceux qui nous haïssent. Un homme ne doit jamais pécher contre un autre sous prétexte que celui-ci a commencé de pécher contre lui, car c’est là se laisser vaincre par le mal » (Somme de théologie, IIa IIae, q. 108, a. 1).
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H
C'est vrai que Papon n'est pas un ange, il faut quand même le rappeler. Mais s'acharner sur un mort, gfranchement, c'est assez dégoutant. Vous auriez pu dire aussi que Badinter, que vous avez cité pour la sortie de prison, a refusé de faire partie des "corbeaux".
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F
Indépendamment du cas Papon, je me demande quand même si François Hollande réfléchit à ce qu'il dit avant de parler... Il cède à une surenchère verbale qui prive de sens ses propos. Quelle nullité tout de même pour des gens qui devraient être capables d'une certaine mesure.
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F
    Plus généralement, outre le fait qu'il est surprenant que, dans un pays  où la collaboration a été officielle et où beaucoup de politiciens ont travaillé avec d'anciens collaborateurs, il n'y ait eu qu'une ou deux  personnes poursuivies (papon, touvier...). Je trouve donc un peu facile de la part de l'ump et du ps de s'acharner sur un cadavre aussi villipendable soit-il, alors qu'il est passé en justice et a été légalement jugé. D'autant, qu'il est facile de juger soixante ans après : mais dans les moralistes d'aujourd'hui, qui mangent à tous les cocktails, combien auraient résistés ? Je doute qu'ils y en aient eu beaucoup.Cela dit, je n'excuse pas les fautes de Papon pour lesquelles il a pu être jugé. Mais j'invite les moralistes omniscients à adopter un comportement plus mesuré et à prendre garde au jugement que l'histoire pourra leur réserver dans une soixantaine d'années. Cordialement.
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