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Autour de la peine de mort (VIII)

Nous poursuivons [cf] ici notre enquête sur la question de la peine de mort, convaincus de ce qu'elle trouve son véritable éclairage, non d'interminables débats d'opinions, "pour" ou "contre", mais d'une réflexion sur la vie et sur le pouvoir.

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La création, comme saint Thomas l’a montré, est essentiellement une relation, pas un changement. Il n’y a pas, à proprement parler, un avant de la création, non plus qu’un après. La création, c’est la dépendance même de l’être créé à l’égard de son principe originaire (1). Elle dure donc tant que dure le rapport de ses termes, tant que la pensée aimante de Dieu la soutient. C’est pourquoi on peut parler de création continuée. Dieu est ainsi actuellement présent à chaque instant du temps de sa créature, présence sans laquelle celle-ci cesserait d’exister : « Comment un être quelconque aurait-il subsisté, si toi, tu ne l’avais voulu, ou aurait-il été conservé sans avoir été appelé par toi ? » (Sag. 11,25). Ce qui est vrai de toutes choses l’est, tout spécialement, de la vie humaine : « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être » écrit saint Luc, avec cette précision surprenante : « Nous sommes de sa race » (Actes 17,28).


Sacrée dans sa Source, la vie est sacrée dans son être et son devenir. Elle l’est dans la créature parce qu’elle y demeure, fécondée par son « milieu nourricier », intrinsèquement chargée de présence divine. « Maître qui aimes la vie – lit-on encore dans le livre de la sagesse – ton esprit incorruptible est dans tous les êtres » (Sag. 11-26 ; 12-1). La vie est d’autant plus sacrée en l’homme qu’elle y est libre et consciente, à l’image de la Vie incréée. Sacrée, elle est alors réservée, mise à part, intouchable (2).


Cette sacralité, notons-le, ne s’attache pas seulement à la vie du corps, celle qui émeut tant d’hommes qui ne croient pourtant pas à l’existence d’une âme immortelle. Elle illumine toute manifestation de vie humaine, avec des graduations différentes, de celle de l’esprit à celle de la famille. Ainsi, par exemple, le mariage est le creuset d’une forme spécifique et inviolable de vie, voulue, créée et protégée par Dieu en chacun de ses trois éléments essentiels : l’union, la fécondité et la fidélité. Dans un très beau passage de la Bible, fustigeant l’infidélité conjugale et la répudiation, et faisant allusion au mariage par lequel l’homme et la femme « ne font plus qu’une seule chair », le prophète Malachie s’écrit : « [Dieu] n’a-t-il pas fait un seul être, qui a chair et souffle de vie ? Et cet être unique, que cherche-t-il ? Une postérité donnée par Dieu ! Respect donc à votre vie, et la femme de ta jeunesse, ne la trahis point » (Mal., 2,15).


Cette sacralité de la vie naturelle est densifiée par la vocation surnaturelle de l’homme. Par la grâce sanctifiante, en effet, celui-ci reçoit une vie surnaturelle, qui le rend participant de la vie de Dieu jusqu’à en faire un fils adoptif et un héritier, frère dans le Christ,  vie qui a elle-même son principe dans l’amour du Père (Jn 6,40).


On peut donc, sur le principe, avancer sans erreur que porter atteinte à la vie d’un homme, individuelle ou familiale, c’est faire trébucher sa marche vers Dieu, lui arracher, par une usurpation d’autorité ou de pouvoir, son temps et son histoire, qui sont le lieu du progrès de sa conversion et de son amour (3). Donner injustement la mort, c’est aussi porter une main sacrilège sur la création dont on est pourtant partie. Dans son film Fahrenheit 9-11, Michael Moore recueillait cette confidence : « Quand on tue un homme, on tue quelque chose de soi-même ». C’est pourquoi le Docteur angélique estimait que parmi tous les maux qui puissent être faits à un homme, il n’est en pas de plus grand que de le tuer (4). Mais on gagnerait à réfléchir, quand on est “contre” la peine de mort, qu’il est autant de façon de le tuer qu’il est pour lui de façon de vivre, en particulier dans sa vie morale, sa vie intellectuelle, sa vie familiale ou sa vie conjugale.


(à suivre)

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(1) Somme contre les gentils, L. II chap. 18 ; « La création n’est rien d’autre, dans la créature, qu’une certaine relation au créateur comme au principe de son être »
(Ia, q. 45, art. 3).

(2) E. Benveniste, Op. cit., t. 2, pp. 179 ss.

(3) « La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte “l’action créatrice de Dieu” et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique fin » (Instruction Donum vitæ, 22 février 1987, introd., n° 5).

(4) Les commandements, N.E.L.1970, n° 131, p. 160.

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