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La réponse épiscopale à notre "message" et la persistance des incertitudes...

    Le message que nous avons adressé aux évêques de France [Ici], à l’approche de ce second tour des élections présidentielles, a reçu un accueil courtois – hormis de la part d’un prélat qui s’est cru obligé d’opposer à une démarche filiale et confiante une réponse blessante et méprisante.

Dans l’ensemble, les évêques qui ont répondu ont jugé que les déclarations déjà faites, soit individuelles, soit collectives, suffisaient à éclairer la conscience des fidèles. A notre avis, si ces déclarations ont rappelé, d’un point de vue général, la nécessité de ne s’engager qu’un vertu d’une conscience éclairée, sans transiger sur les points dits « non négociables », elles ne permettent pas d’élucider la situation spécifique qui résulte de la confrontation ultime de deux programmes qui comportent tous deux, à des degrés (sensiblement) divers, des remises en cause de ces points.

Rappelons les termes de notre interrogation :

Peut-on, appliquant la distinction faite par le cardinal J. Ratzinger en juillet 2004 dans son Memorandum aux évêques américains de juillet 2004, considérer que seul un vote comportant une adhésion formelle à l’un des programmes constituerait un acte immoral et que le vote pour un candidat, à seul effet d’exclure l’autre, dont le programme est réputé plus mauvais encore, pourrait être analysé comme une simple coopération matérielle éloignée, justifiée par une raison proportionnée et moralement acceptable ?

 Ou bien

Doit-on, au contraire, considérer qu’au regard de deux programmes, destinés en principe à être appliqués, qui ne différent sur la violation des exigences éthiques non négociables, que dans leur degré d’engagement dans le mal, le catholique doit refuser tout « compromis sur ces valeurs humaines essentielles », de sorte que l’abstention ou le vote blanc soient la seule expression possible d’un vote catholique ?

    Ces questions comportent des déterminations précises auxquelles ne répondent pas les prises de position antérieures. Les contacts ou entretiens que nous avons autour de nous, comme aussi les débats nourris qui ont eu lieu dans les milieux catholiques l’établissent d’ailleurs par le fait : beaucoup de fidèles, qui ont été cependant très attentifs aux déclarations des évêques, se trouvent aujourd’hui dans un extrême embarras.

Eclairer sa conscience, et agir selon cette conscience éclairée, soit. Le problème est que la zone dans laquelle il est demandé de s’engager aujourd’hui demeure dans l’ombre, et c’est une maigre consolation de s’entendre dire que la zone antérieure a été éclairée.

    Le cardinal Barbarin vient pourtant d’accorder une interview, publiée sur le site du diocèse de Lyon et dans la revue Famille chrétienne, qui offre un grand intérêt, même s’il ne dirime pas totalement notre question.

Son premier mérite est de souligner, comme nous l’avons souvent fait ici, que le vote est un acte humain. Cette expression a un sens précis en théologie morale : elle signifie qu’il s’agit d’un acte qui a nécessairement une qualification morale, soit bonne, soit mauvaise, en fonction de l’adhésion qu’elle exprime : « Pour nous tout acte humain doit avoir sa dimension spirituelle, être éclairé par la foi : l’acte politique du vote comme les autres engagements de notre vie ». Le Primat des Gaules va très loin dans cette logique :
« Mon vote à l’élection présidentielle ne doit être ni négligé ni déconsidéré (…). Lorsque le Christ nous jugera au dernier jour, il nous demandera des comptes. Pourquoi as-tu voté pour tel ou tel candidat. As-tu vraiment fait ton choix devant Dieu ou en fonction de tes petits intérêts personnels ? » Il indique à raison que « notre échéance majeure dans la foi, ce n’est pas celle du second tour de l’élection présidentielle (…) mais celle de la venue du Christ (…) et c’est en fonction de cet horizon essentiel qu’un chrétien doit faire son choix (…) ».

Mgr Barbarin en vient ensuite à la question de l’objection de conscience, pour indiquer qu’une telle situation peut « se présenter ou s’imposer à la conscience d’un électeur. Il pose alors l’acte politique de ne pas voter ou de voter blanc ». Voilà qui éclaire la question du devoir de voter, dont certains prétendent qu’il s’imposerait partout et toujours. L’abstention est, à raison, comprise en de telles circonstances comme un choix véritablement politique, et non pas comme une désertion de la cité. Ceci est très important. Mais précisément, puisqu’il s’agit d’un acte à dimension réellement politique, son auteur doit en mesurer l’incidence morale, comme celui qui opte pour le vote. « Il faut qu’il sache que, de toute façon, l’un des deux candidats sera élu. Faire le choix de l’objection de conscience, c’est encore porter une part de responsabilité et estimer que les deux candidats sont également et gravement inadéquats à cette responsabilité, ce qui est à bien réfléchir ».

    Sur le fond, cependant, on n’en sait pas davantage. Chacun est renvoyé, une fois de plus, à sa conscience, mais ceci n’est pas une nouveauté, en soi, par rapport à d’autres circonstances électorales. Mgr Barbarin se borne ensuite à des considérations d’expérience pratique, pour rappeler qu’en 1974, alors que les deux candidats étaient favorables à l’avortement, « la majorité des chrétiens avaient quand même voté ». Nous le savons bien mais la question n’est pas là.

Si l’histoire doit servir à quelque chose, la vraie et seule question est de savoir s’ils ont eu moralement raison de le faire et si les évêques ont alors eu raison de ne pas les engager, dès cette époque, dans la voie d’une objection de conscience active plutôt que de se borner à dénoncer l’avortement comme « un échec », étant rappelé qu’il a fallu attendre plus de trente ans pour que quatre d’entre eux acceptent de soutenir, cette année, une manifestation publique contre l’avortement.

En outre, l’exemple des élections de 1974 n’est-il pas, précisément, le contre-exemple par excellence ? Ne peut-on pas dire, à leur sujet, ce qu’on peut légitimement craindre de dire de celle qui nous occupe, à savoir qu’une masse de catholiques a collaboré activement à la mise en œuvre d’un programme, criminel en l’occurrence, et en toute hypothèse incompatible avec les exigences de la foi et le respect de la loi naturelle ? Peut-on seulement suggérer qu’une fois effectués quelques rappels généraux sur la foi et la fidélité au Christ, les fidèles sont libres moralement de s’engager dans une telle voie ? C’est cela le point formellement débattu. Il est inopérant de rappeler que des catholiques ont pu voter en 1974 pour un candidat favorable à l’avortement s’ils n’ont pu le faire qu’à leur déshonneur.

En définitive, si le rappel des principes généraux évoqués suffit aussi à éclairer la conscience des fidèles pour ce second tour, au regard de l’impossibilité morale, devant le Christ, de soutenir ou de promouvoir des “points non négociables”, on ne voit pas qu’il soit possible de se prononcer autrement que par l’expression d’une objection de conscience. Est-ce cela le sens du message épiscopal ? Dans la négative, comment concilier ce rappel et la faculté matériellement laissée de promouvoir un programme faisant violence à la loi naturelle ? Dans l’affirmative, pourquoi ne pas le dire et pourquoi refuser cet éclairage de nature à fortifier le jugement droit ?
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O
Il me semble que les catholiques qui ont voté pour Valéry Giscard d'Estaing ignoraient qu'il était pour l'avortement. En tout cas il n'avait pas annoncé son intention de le légaliser. À vérifier, mais cela rend un peu inopportun l'exemple du cardinal.
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L
Il semble, au contraire, que l'avortement ait constitué une promesse électorale explicite de la campagne électorale de M. Giscard d'Estaing en 1974. C'est ce que retient, en particulier, l'Histoire(s) du MLAC (1973-1975) (1) de Michelle Zancarini-Fournel (2).Toute information plus précise sera la bienvenue._______________(1) MLAC : Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception.(2) Cf. http://clio.revues.org/document624.html#bodyftn20
C
La loi sur l'avortement est une loi de droite mais la loi Neïertz qui punit de délit d'entrave et la loi Aubry qui punit les pressions morales sont des lois  de gauche qui restreignent la liberté.<br /> Le mouvement pro life aux USA a un réel pouvoir parceque les américains ont plus de liberté d'expression, non ?<br /> Quand aux évêques il me semble de sagesse qu'ils ne se prononcent  pas formellement d'une part parceque leurs propos ont de fortes chances d'etre déformés ou mal interpretés par la presse et aussi parceque le problème est si complexe que très peu de personnes ont la conscience suffisamment formée pour pouvoir comprendre la question entièrement (j'ai l'impression qu'il faut être un grand théologien pour décider de voter en conscience)...Je me range d'ailleurs dans cette catégorie, je ne sais pas encore ce que je vais faire mais le problème est cornélien et  n'a pas de solution satisfaisante !
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A
tout à fait d'accord. Les évêques ont fait un grand pas en s'engageant comme ils l'ont fait, surtout ceux qui n'ont pas craint de s'engager en dehors de leur déclaration collecitve. Mais après ça, coup de frein. C'est bien dommage. Ce n'est pas violer les consciences que de dire : non, vous ne pouvez pas, à nos yeux, choisir l'un ou l'autre des candidats ou, au contraire, de dire : votre choix est encore possible, dans telle ou telle limite.
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