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Mgr Jacques Berthelet : Réflexions sur l'Eglise (extraits)

   Pour s'enrichir de l'universalité de l'Eglise et des enseignements des évêques étrangers, nous vous invitons à faire halte au Canada, pour découvrir des extraits de la riche réflexion menée, par étapes, par Mgr Berthelet, évêque de Saint Jean Longueuil, sur l'Eglise. Pour lire l'intégralité de ces textes, vous pourrez vous reporter au site de l'évéché (Ici).

Réflexion sur l'Eglise - 1ère partie
"À tous les moments cruciaux de son histoire, l'Église a voulu réfléchir sur sa nature et sa mission. Ce n'est qu'en prenant une conscience renouvelée du mystère de l'Église que nous pouvons raviver notre sens de l'appartenance, raffermir notre communion et servir à sa mission.


ImageLe Concile Vatican II nous offre sans doute la réflexion de base la plus développée sur ce mystère de l'Église, d'abord dans sa constitution Lumen Gentium et dans Gaudium et Spes mais aussi dans chacun des documents qui y ont été promulgués. C'est donc en me référant constamment à ces textes du Concile Vatican II, que j'élaborerai ces réflexions.


Dès les premières lignes de la Constitution Lumen Gentium, dans son chapitre sur Le mystère de l'Église, le Concile présente l'Église comme sacrement de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain. Cette expression reviendra au deuxième chapitre sur Le Peuple de Dieu où l'Église est désignée comme le sacrement visible de cette unité salutaire (LG, II, 9). Elle est encore
désignée dans le dernier chapitre comme sacrement universel du salut (LG, VII, 48).


Cette désignation de l'Église comme sacrement ouvre à une intelligence renouvelée du mystère de l'Église. C'est par cette catégorie que nous sommes invités à entrer dans l'intelligence du mystère de l'Église. Quelle est donc l'intention du Concile ? « L'Église étant, dans le Christ, en quelque sorte, sacrement, c'est-à-dire à la fois, le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain, elle se propose de préciser davantage, pour ses fidèles et pour le monde entier (...) sa propre nature et sa mission universelle. À ce devoir qui est celui de l'Église, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut en effet que tous les humains (...)  réalisent également leur pleine unité dans le Christ » (LG I,  1). Il faut donc comprendre que c'est parce que l'Église est sacrement de l'union avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain, qu'il y a urgence à préciser sa nature et sa mis
sion et à faire en sorte que se réalise entre les hommes, l'unité dans le Christ.  Autrement dit, si l'on comprend bien ce qu'est l'Église, l'on entre dans une démarche d'unité et de communion. Il y a là un programme ambitieux non seulement pour le renouveau interne de l'Église mais pour sa responsabilité œcuménique et sa vocation missionnaire.
(...)


L'Église est donc sacrement du salut : elle en est le signe et elle en est l'instrument. Telle est sa nature et telle est sa mission, à tous les niveaux de son existence. Or cette nature et cette mission, elle la vit dans le Christ son Sauveur et par la g
râce de l'Esprit Saint qui lui a été donné. C'est le Christ qui établit un lien, une communion entre l'humanité et Dieu. Et cette unité, par le Christ, l'Église la tire de l'unité du Père, et du Fils et du Saint-Esprit (LG I, 4).  Et toute la Constitution s'emploiera à expliquer cela."


Réflexions sur l'Eglise - 2e partie

"Il est vrai que notre Église, toute l’Église, vit des moments difficiles et rencontre des défis majeurs. Nous n’avons pas évité ces défis, nous les avons même confrontés courageusement. Au milieu des années ’90, nous avons notamment pris en considération, avec une large participation des fidèles, l’avenir des communautés chrétiennes. Et à la Pentecôte de l’année 1998, les évêques du Québec publiaient un message préparé par le groupe de travail sur l’avenir des communautés chrétiennes dont je cite le passage suivant, car il me paraît exprimer l’esprit dans lequel nous pouvons vivre la présente épreuve : «Acceptons donc, en premier lieu, de nous serrer les coudes pour éprouver le réconfort de notre foi commune  (Ro 1, 12). Conscients de nos  peurs et de nos résistances, demandons au Souffle de Dieu la liberté du cœur. Puis consentons à écouter pour vrai les reproches et les appels que l’Esprit, tel un souffleur, nous fait entendre à travers tout ce qui se brasse de difficile et de beau chez nous. L’écoute attentive nous disposera à voir et à reconnaître les bourgeons neufs.»

(...)

L’Esprit souffle par plusieurs voix, mais de façon éminente par celle de Jésus. «Alors qu’on croyait lui avoir coupé le Souffle en le faisant mourir sur la croix, il nous a rendu le Souffle du haut même de la croix». Un de ses premiers gestes comme Ressuscité fut de souffler sur ses Apôtres. Le Souffle de Dieu prend plusieurs visages. Il a soufflé sur la communauté réunie à la Pentecôte pour en faire l’Église.  L’Église est une communion avant d’être une mission, mais elle ne peut être mission sans être communion. Le souffle de Dieu crée la communion, aujourd’hui comme dans les premières communautés chrétiennes.

(...)

Mon devoir, comme évêque, est de faire l’impossible pour que notre Église soit communion au cœur de la grande communion. Je n’ai pas d’autre raison d’être comme évêque. Paul VI souhaitait que l’Église se fasse conversation (Ecclesiam suam) ; Jean-Paul II affirmait que «L’homme est la première route et la route fondamentale de l’Église » (Redemptor hominis) et Benoît XVI (je cite toujours les premières encycliques de chacun des derniers papes) : « Toute l’activité de l’Église est l’expression d’un amour qui cherche le bien intégral de l’homme; l’amour est donc le service que l’Église réalise pour aller constamment au-devant des souffrances et des besoins des hommes ». (Deus caritas est).

(...)

Avec le temps, j’ai acquis la conviction que la prière ne changeait pas Dieu mais changeait notre cœur!  Si nous prions les uns les autres, les uns avec les autres, les uns pour les autres, nos cœurs changeront et le cœur de Dieu, qui est miséricorde, nous donnera le Souffle, la force de poursuivre la route en aimant jusqu’au bout."

 

Réflexions sur l'Eglise - 3e partie

" (...) Après avoir parlé de la fonction sacerdotale du peuple de Dieu, la Constitution aborde sa fonction prophétique qui est participation à la fonction prophétique du Christ. Il s'agit bien ici du Peuple tout entier qui porte cette fonction prophétique par le témoignage de sa foi et de sa charité. C'est ici que le Concile  affirme que «la collectivité des fidèles, ayant l'onction du Saint, ne peut se tromper dans la foi; ce don particulier qu'elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, «des évêques jusqu'aux derniers des fidèles laïcs », elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel » (LG II, 12). Ce sensus fidei est donc celui de toute l'Église, et non pas seulement celui d'une fraction de celle-ci; il n'a rien d'un courant de pensée ou d'opinion même largement partagée : il est le fruit d'une action de l'Esprit qui crée la communion de foi entre tous. (...)".

 

Réflexions sur l'Eglise - 4e partie

" (...) La catholicité implique aussi une mission pour l'Église. Le Concile «enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l'Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême, c'est la nécessité de l'Église elle-même (...) qu'il nous a confirmée en même temps » » (LG 14). De là vient la question de savoir comment  nous sommes incorporés à l'Église et quels sont les liens entre l'Église et les chrétiens non catholiques, avec les non chrétiens et avec les non croyants. Là aussi apparaît la mission de l'Église et son caractère missionnaire.
Le Concile se tourne d'abord vers les fidèles catholiques leur rappelant que la voie du salut implique non seulement le baptême mais, avec le don de l'Esprit, l'acceptation de l'ensemble des moyens de salut institués dans l'Église.

Le Concile se tourne ensuite vers les chrétiens non catholiques pour reconnaître que des liens d'unités existent avec ces Églises ou ces communautés ecclésiales. Ces éléments communs constituent un appel à une unité plénière. « Ainsi, l'Esprit suscite en tous les disciples du Christ le désir et l'action qui tendent à l'union paisible de tous, suivant la manière que le Christ a voulue, en un troupeau unique sous l'unique Pasteur. À cette fin, l'Église notre mère ne cesse de prier, d'espérer et d'agir, exhortant ses fils à se purifier et à se renouveler pour que, sur le visage de l'Église, le signe du Christ brille plus clair ». (LG 15) Ici se trouve la base de ce qui sera développé dans le décret sur l'œcuménisme. (...)".


Réflexions sur l'Eglise - 5e partie

" (...) Dans sa catéchèse du 14 mars 2006, le Pape Benoît XVI rendait compte ainsi du choix des Douze : « Dans leur existence même, les Douze - appelés de provenances diverses - deviennent un appel adressé à tout Israël afin qu'il se convertisse et se laisse rassembler dans l'alliance nouvelle, plein et parfait accomplissement de l'ancienne alliance. En leur confiant, au cours de la Cène, avant la Passion, le devoir de célébrer son mémorial, Jésus indique qu'il voulait transférer à toute la communauté, en la personne de ses chefs, la mission d'être, dans l'histoire, le signe et l'instrument du rassemblement eschatologique, commencé en lui.  En un certain sens, nous pouvons dire que la dernière Cène est précisément l'acte de fondation de l'Église, car il se donne lui-même et crée ainsi une nouvelle communauté, une communauté unie dans la communion avec Lui-même. À travers cette lumière, on comprend la façon    dont le Ressuscité leur confère - à travers le don de l'Esprit - le pouvoir de remettre les péchés (cf. Jn 20, 23). Les douze Apôtres représentent ainsi le signe le plus évident de la volonté de Jésus concernant l'existence et la mission de son Église, la garantie qu'il existe aucune opposition entre le Christ et l'Église : ils sont inséparables, en dépit des péchés des hommes qui composent l'Église.


Le slogan qui était à la mode il y a quelques années : « Jésus oui, l'Église non » est donc totalement inconciliable avec l'intention du Christ.  Ce Jésus individualiste choisi est un Jésus de pure fantaisie. Nous ne pouvons pas avoir Jésus sans la réalité qu'il a créée et dans laquelle il se transmet. Entre le Fils de Dieu fait chair et son Église, il existe une continuité profonde, inséparable et mystérieuse, en vertu de laquelle le Christ est présent aujourd'hui dans son peuple.


Il est toujours notre contemporain, il est toujours contemporain de l'Église construite sur le fondement des Apôtres, il est vivant dans la succession des Apôtres.


Et sa présence dans la communauté, dans laquelle Lui-même se donne à nous, est le motif de notre joie. Oui, le Christ est avec nous, le Royaume de Dieu vient ».


Nous poursuivrons cette réflexion en comprenant la constitution hiérarchique du Peuple de Dieu dans une perspective de communion et de mission. C'est en effet cette perspective qui rend compte le mieux du sens théologique du mot hiérarchie et de sa mise en œuvre."

+ Mgr Jacques Berthelet

Evêque de Saint-Jean-Longueuil

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