2 Février 2007
Comme nous l’avons vu dans le précédent article, la question de la peine de mort se rattache à des principes théologiques que fonde
Ces données révélées manifestent ce principe fondamental, essentiel, sur lequel il faut insister avec beaucoup de force, et qu’il faut constamment garder à l’esprit : la question de la vie ou de la mort (n'est-ce pas, au fond, la même question ?) est, d’emblée, dans l’ordre de la création, une question de pouvoir et d’autorité, comme elle le sera, plus tard, dans celui de la société politique. C’est un problème d’autorité au sens précis où ce mot [“auctor”] désigne originellement « l’acte créateur qui fait surgir quelque chose d’un milieu nourricier et qui est le privilège des dieux » (8). Ce milieu nourricier, vivant, fécond, c’est Dieu même tirant toutes choses de sa puissance, ce Dieu-poète [poietès, en grec, désigne le créateur], qui « chante l’origine des choses et par son chant “promeut à l’existence” » (9).
Cette œuvre toute entière est en effet rapportée à la Parole de Dieu, par une notation mainte fois répétée [« Et Dieu dit »], et scellée par sa bénédiction : « Dieu bénit le septième jour et le consacra car il avait alors arrêté toute l’œuvre que lui-même avait créée par son action » (11).
On peut ici relever que si la Parole est la source de l’être créé, elle est identiquement celle de la loi : « Le Seigneur a parlé avec vous face à face sur la montagne, du milieu du feu (…). Il a dit (…) » (12). Suit alors l’énoncé du décalogue, lequel n’est pas seulement une liste de règles positives mais la manifestation pédagogique du juste rapport moral de l’homme à la création et à son auteur, telle qu’elle est inscrite en chaque âme raisonnable : « Oui, la parole est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique » (13). Au terme de l’histoire, l’Amen du Christ-Verbe, témoin fidèle et véritable de la parole primordiale, « principe de la création de Dieu », fera écho au premier chant du monde (14). Dépositaire libre et responsable de l’œuvre poétique de Dieu dans l’histoire, notamment par l’exercice du pouvoir, l’homme sera alors jugé à l’aune de ses œuvres propres. L’usage qu’il aura fait du don reçu déterminera son droit à l’arbre de vie (15), métaphore paradisiaque de l’immortalité et de l’union au Christ (16) .
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(1) cf. Gen. 2,7 ; Job 33,4 ; Actes 17,28.
(2) Ez. 18,4 ; 1 Cor. 3,22.
(3) Is. 38,5.
(4) Mat. 6,27.
(5) 1 Sam. 2,6 ; 2 Rois 5,7.
(6) Jn 11,43.
(7) Jn 19,30.
(8) E. Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-européennes, Ed. de Minuit, 1969, t. 2, p. 149.
(9) E. Benveniste, Op. cit. t. 2, p. 40.
(10) Gn 2,4.
(11) Gn 2,3.
(12) Dt 5,4-5.
(13) Dt 30,14.
(14) Ap. 3,14 ; 22,12-14.
(15) Ap. 22,14.
(16) S. Augustin, La cité de Dieu, L. XIV, chap. 26, Nouvelle Bibliothèque Augustinienne (4,1), 1994.